Cancer du sein : la radiothérapie pourrait-elle aider l’immunothérapie à mieux fonctionner ?

Une équipe de recherche de l’Institut Jules Bordet, membre de l’Hôpital Universitaire de Bruxelles, vient de publier des résultats encourageants dans la prestigieuse revue scientifique Nature Medicine.

L’étude, baptisée NeoCheckRay, explore une nouvelle manière d’utiliser la radiothérapie afin de rendre certains cancers du sein plus sensibles à l’immunothérapie.

Même si cette approche n’est pas encore destinée à tous les patients, elle ouvre une piste de recherche particulièrement prometteuse.


Pourquoi certains cancers répondent-ils mal à l’immunothérapie ?

L’immunothérapie est devenue l’un des grands progrès de la cancérologie ces dernières années.

Son principe consiste à aider le système immunitaire à reconnaître puis à attaquer les cellules cancéreuses.

Cependant, tous les cancers ne réagissent pas de la même manière.

Certaines tumeurs sont qualifiées de « chaudes », car elles sont déjà infiltrées par des cellules immunitaires.

À l’inverse, d’autres sont dites « froides » : le système immunitaire les reconnaît peu ou pas du tout.

C’est notamment le cas de nombreux cancers du sein ER positifs (ER+) et HER2 négatifs (HER2−), qui représentent le sous-type le plus fréquent.


L’idée des chercheurs belges

Les chercheurs du Bordet se sont posé une question simple :

Et si la radiothérapie pouvait « réveiller » le système immunitaire avant l’immunothérapie ?

Traditionnellement, la radiothérapie est utilisée pour détruire les cellules cancéreuses grâce à des rayonnements très ciblés.

Mais certaines recherches suggèrent qu’elle pourrait également modifier le microenvironnement tumoral, c’est-à-dire tout ce qui entoure la tumeur.

En détruisant certaines cellules cancéreuses, la radiothérapie pourrait libérer des signaux permettant au système immunitaire de mieux identifier la tumeur.

Autrement dit, elle pourrait transformer un cancer « froid » en une tumeur davantage reconnue par les défenses naturelles de l’organisme.


L’étude NeoCheckRay

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont mené un essai clinique randomisé de phase II auprès de 147 patientes atteintes d’un cancer du sein précoce à haut risque ER+ / HER2−.

Toutes les participantes ont reçu les traitements standards avant la chirurgie.

Certaines ont également bénéficié :

  • d’une radiothérapie stéréotaxique hautement ciblée ;
  • d’une immunothérapie (durvalumab) ;
  • ou d’une combinaison de deux immunothérapies (durvalumab + oleclumab).

L’objectif était d’observer si cette stratégie augmentait les réponses complètes de la tumeur avant l’opération.


Des résultats encourageants

Les chercheurs ont observé une amélioration du taux de réponse complète pathologique, c’est-à-dire l’absence de cellules cancéreuses détectables dans les tissus prélevés lors de la chirurgie.

Les résultats étaient les suivants :

  • 16,7 % avec le traitement standard ;
  • 29,4 % avec la combinaison radiothérapie + durvalumab ;
  • 33,3 % avec radiothérapie + durvalumab + oleclumab.

Ces résultats sont encourageants et montrent que cette stratégie mérite d’être étudiée plus largement.

Cependant, les auteurs rappellent qu’il s’agit d’un essai de phase II et que les bénéfices devront être confirmés dans des études de plus grande ampleur avant d’envisager une modification des traitements standards.


Pourquoi cette étude est-elle importante ?

Cette recherche est intéressante pour plusieurs raisons.

D’abord, elle ne repose pas sur un médicament totalement nouveau.

Elle cherche à optimiser des traitements déjà utilisés, en modifiant leur ordre d’administration et leur combinaison.

Ensuite, si cette stratégie est confirmée, elle pourrait permettre à davantage de patientes de bénéficier de l’immunothérapie.

Enfin, cette publication dans Nature Medicine, l’une des revues médicales les plus reconnues au monde, souligne la qualité scientifique du travail réalisé par les équipes belges.


Que signifie « microenvironnement tumoral » ?

Autour d’une tumeur ne se trouvent pas uniquement des cellules cancéreuses.

On y retrouve également :

  • des cellules immunitaires ;
  • des vaisseaux sanguins ;
  • des cellules de soutien ;
  • différentes protéines.

Cet ensemble est appelé microenvironnement tumoral.

Aujourd’hui, les chercheurs savent que cet environnement joue un rôle majeur dans la manière dont un cancer évolue… mais aussi dans la réponse aux traitements.

L’objectif de nombreuses recherches est donc de rendre cet environnement plus favorable à l’action du système immunitaire.


Ce que cette étude ne montre pas

Il est important de rappeler plusieurs points.

Cette étude :

  • ne signifie pas que tous les cancers du sein pourront être traités par immunothérapie ;
  • ne démontre pas que la radiothérapie guérit davantage de patientes à elle seule ;
  • ne conduit pas, à ce stade, à un changement des recommandations médicales.

Les chercheurs eux-mêmes précisent que des essais cliniques plus importants sont encore nécessaires.


Une nouvelle illustration de la recherche belge

L’Institut Jules Bordet est reconnu depuis de nombreuses années pour son expertise en cancérologie.

Cette publication illustre une nouvelle fois la capacité de la recherche belge à contribuer au développement de traitements innovants.

Elle montre également que les progrès en cancérologie passent souvent par une meilleure utilisation de traitements déjà disponibles, en cherchant les combinaisons les plus efficaces.


Le message à retenir

La recherche belge ouvre une piste prometteuse pour certains cancers du sein.

En utilisant la radiothérapie non seulement pour détruire la tumeur, mais aussi pour stimuler le système immunitaire, les chercheurs espèrent améliorer l’efficacité future de l’immunothérapie.

Même si cette stratégie doit encore être confirmée, elle illustre parfaitement les progrès constants réalisés dans la compréhension des cancers du sein et dans le développement de traitements toujours plus personnalisés.


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Sources

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