Café, thé, tisane, chocolat chaud… Faut-il vraiment se méfier de sa tasse fumante ? Le problème n’est pas la boisson chaude en elle-même. Depuis 2016, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) considère la consommation régulière de boissons à plus de 65 °C comme « probablement cancérogène pour l’être humain », en raison principalement d’un lien avec le cancer de l’œsophage. Une nuance essentielle : boire occasionnellement une gorgée trop chaude ne signifie pas que l’on développera un cancer. C’est l’exposition thermique répétée qui est étudiée.
Le matin, le geste est presque automatique.
On prépare un café.
On fait infuser un thé.
On verse de l’eau bouillante sur une tisane.
Et parfois, on commence à boire immédiatement.
Mais à partir de quelle température une boisson devient-elle trop chaude pour être consommée régulièrement ?
La réponse retenue par le CIRC est précise :
🌡️ au-dessus de 65 °C, une boisson est considérée comme « très chaude ».
Et c’est sa température au moment où elle est bue qui intéresse les chercheurs.
☕ Le café est-il cancérogène ?
C’est probablement le premier malentendu à éviter.
Le CIRC ne considère pas que le café provoque un cancer parce qu’il s’agit de café.
Lors de sa réévaluation de 2016, l’agence n’a pas trouvé de preuves permettant de classer la consommation de café comme cancérogène pour l’être humain.
En revanche, elle a classé la consommation de boissons très chaudes, quelle que soit leur nature, dans le groupe 2A :
« probablement cancérogène pour l’homme ».
Autrement dit, le facteur préoccupant est avant tout :
🔥 la température.
Pas spécifiquement le café.
Pas spécifiquement le thé.
Pas spécifiquement la tisane.
🌡️ Pourquoi précisément 65 °C ?
Le CIRC définit une boisson « très chaude » comme une boisson consommée à une température supérieure à 65 °C.
Cela ne signifie pas qu’il existe une frontière biologique absolue entre :
64,9 °C = sans risque
et
65,1 °C = dangereux.
La biologie ne fonctionne évidemment pas comme un interrupteur.
Cette température constitue plutôt un repère utilisé pour caractériser l’exposition thermique dans les données scientifiques.
Le risque éventuel dépend probablement aussi :
de la fréquence de consommation ;
du nombre de boissons ;
de la température réelle ;
de la vitesse à laquelle on boit ;
de la durée de l’habitude ;
et des autres facteurs de risque de cancer de l’œsophage.
🔥 Que se passe-t-il dans l’œsophage ?
L’œsophage est le conduit qui transporte les aliments et les boissons de la bouche vers l’estomac.
Lorsque nous avalons régulièrement des liquides extrêmement chauds, sa muqueuse est exposée à une agression thermique répétée.
L’hypothèse biologique est que ces microtraumatismes répétés peuvent :
endommager les cellules ;
provoquer une inflammation ;
stimuler leur réparation et leur renouvellement ;
et créer, au fil du temps, un environnement plus favorable à l’apparition d’altérations cellulaires.
Ce n’est donc pas nécessairement une molécule présente dans le thé ou le café qui est en cause.
C’est la chaleur elle-même qui pourrait participer au processus.
Des travaux expérimentaux et épidémiologiques soutiennent cette hypothèse.
🧬 Quel cancer est concerné ?
Le signal scientifique concerne principalement :
le cancer de l’œsophage.
Plus précisément, une grande partie des données concerne le carcinome épidermoïde de l’œsophage.
Il existe toutefois plusieurs types de cancers de l’œsophage, notamment :
le carcinome épidermoïde ;
et l’adénocarcinome.
Ils ne présentent pas exactement les mêmes facteurs de risque ni la même répartition géographique.
📊 Les personnes qui boivent très chaud ont-elles réellement davantage de cancers ?
Plusieurs études réalisées dans des populations où le thé ou le maté sont traditionnellement consommés à très haute température ont observé une association entre exposition thermique importante et cancer de l’œsophage.
Une étude menée au Malawi et en Tanzanie a notamment analysé plusieurs éléments :
la température ;
le délai avant de boire ou manger ;
la vitesse de consommation ;
et la fréquence des sensations de brûlure.
Les personnes cumulant les expositions thermiques les plus élevées présentaient davantage de carcinomes épidermoïdes de l’œsophage que celles ayant les expositions les plus faibles.
Mais il s’agit d’une donnée épidémiologique.
Elle ne permet pas de prédire le risque d’une personne qui boit son café un peu trop chaud le matin.
⚠️ « Probablement cancérogène » : qu’est-ce que cela signifie réellement ?
Le classement Groupe 2A du CIRC est régulièrement mal compris.
Il ne signifie pas :
❌ que boire chaud provoquera probablement un cancer ;
❌ que le risque est énorme ;
❌ qu’une tasse à plus de 65 °C est comparable en danger à n’importe quelle autre substance du groupe 2A ;
❌ qu’une quantité précise de café chaud déclenche un cancer.
Le classement indique avant tout le niveau de preuve scientifique concernant la capacité d’une exposition à provoquer un cancer.
Il ne mesure pas directement l’importance du risque dans les conditions réelles de la vie quotidienne.
📉 De combien le risque augmente-t-il ?
C’est justement l’une des grandes incertitudes.
Le CIRC indique qu’il n’est actuellement pas possible de déterminer précisément :
combien de boissons très chaudes il faudrait consommer ;
pendant combien d’années ;
ni quelle proportion des cancers de l’œsophage leur est directement attribuable.
Il serait donc trompeur d’affirmer qu’une tasse très chaude augmente le risque de X % pour tout le monde.
Le risque dépend probablement fortement des habitudes et des populations étudiées.
🇪🇺 Et en Europe ?
C’est une nuance importante.
Une grande partie des études ayant conduit au classement du CIRC provenait de régions du monde où les boissons sont traditionnellement consommées très chaudes, notamment certaines régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud.
Dans une grande étude européenne EPIC portant sur plus de 442 000 personnes, les chercheurs n’ont pas observé d’association significative entre la quantité de thé ou de café consommée et le risque global de cancer de l’œsophage.
Mais cette étude évaluait principalement la consommation de thé et de café, pas uniquement une exposition précisément mesurée à des températures supérieures à 65 °C.
La distinction reste donc essentielle :
boire beaucoup de café n’est pas la même exposition que boire régulièrement un liquide brûlant.
🇧🇪 Et en Belgique ?
Le cancer de l’œsophage existe évidemment aussi en Belgique.
Le Registre belge du Cancer publie désormais des données détaillées pour l’année d’incidence 2024, avec une ventilation selon le sexe, l’âge et les Régions.
Mais les données belges disponibles ne permettent pas d’attribuer une proportion précise de ces cancers à la consommation de boissons très chaudes.
Il serait donc incorrect d’estimer un nombre de cancers belges provoqués par le café ou le thé chaud.
🚬 Quels sont les autres facteurs de risque du cancer de l’œsophage ?
C’est essentiel pour remettre la température des boissons en perspective.
Dans de nombreux pays, le tabac et l’alcool constituent des facteurs de risque majeurs, particulièrement pour le carcinome épidermoïde de l’œsophage.
D’autres facteurs peuvent intervenir selon le type de cancer, notamment :
le reflux gastro-œsophagien chronique ;
l’œsophage de Barrett ;
l’obésité, particulièrement pour l’adénocarcinome ;
certains troubles rares de l’œsophage ;
l’âge ;
et certaines habitudes alimentaires ou environnementales.
Les facteurs de risque peuvent également se combiner.
🍷 Un vin chaud ou un grog pose-t-il le même problème ?
La température peut évidemment jouer si la boisson est consommée extrêmement chaude.
Mais lorsqu’une boisson contient de l’alcool, un autre facteur entre en jeu :
l’alcool lui-même est un cancérogène établi.
Sa consommation est associée causalement à plusieurs cancers, dont celui de l’œsophage.
Il ne faudrait donc pas conclure qu’un alcool consommé tiède devient sans risque.
🫖 Et le thé ?
Même principe.
Ce n’est pas le fait qu’une boisson soit du thé qui explique le signal observé par le CIRC.
Le problème étudié est surtout la consommation du liquide à une température très élevée.
Un thé que l’on laisse refroidir ne correspond donc pas à la même exposition thermique qu’un thé avalé immédiatement après infusion.
🧉 Pourquoi parle-t-on souvent du maté ?
Parce que dans certaines régions d’Amérique du Sud, le maté est traditionnellement consommé à des températures particulièrement élevées.
Ces populations ont fourni une partie importante des données permettant d’étudier le lien entre chaleur et cancer de l’œsophage.
Les études ont notamment montré que le risque augmentait avec la température à laquelle le maté était consommé, indépendamment de la quantité bue.
Le maté consommé froid n’avait pas montré le même signal dans les données examinées par le CIRC.
Cela renforce l’hypothèse selon laquelle la température elle-même joue un rôle important.
👄 « Si ça me brûle la bouche, c’est trop chaud » ?
C’est un repère pratique intéressant, même s’il ne constitue évidemment pas un thermomètre scientifique.
Une boisson provoquant régulièrement :
une sensation de brûlure ;
le besoin de souffler immédiatement ;
une douleur dans la bouche ;
ou l’impossibilité de la garder confortablement en bouche
mérite probablement simplement quelques minutes supplémentaires de refroidissement.
Dans l’étude menée en Afrique de l’Est, la fréquence des brûlures ressenties était elle-même associée à une exposition thermique plus importante et à un risque accru de carcinome épidermoïde de l’œsophage.
⏱️ Combien de temps faut-il attendre avant de boire son café ?
Il n’existe pas de nombre universel de minutes.
La température dépend :
du volume ;
de la tasse ;
de la température de départ ;
de la température ambiante ;
de la présence de lait ;
et de la manière dont la boisson a été préparée.
Le véritable objectif n’est donc pas « attendre exactement cinq minutes ».
Il est simplement d’éviter de boire régulièrement une boisson encore brûlante.
🥛 Ajouter du lait froid peut-il aider ?
Oui, de manière très simple :
cela abaisse immédiatement la température.
Mais il n’est évidemment pas nécessaire d’ajouter du lait pour réduire l’exposition.
On peut aussi :
attendre quelques minutes ;
remuer la boisson ;
la transvaser ;
ajouter un peu d’eau plus fraîche lorsque cela convient ;
ou simplement vérifier qu’elle est confortable à boire.
🌡️ Faut-il mesurer son café avec un thermomètre ?
Pour la plupart des personnes :
non.
Le seuil de 65 °C est surtout un repère scientifique.
L’objectif n’est pas de transformer chaque petit-déjeuner en expérience de laboratoire.
Le message de prévention peut être beaucoup plus simple :
si votre boisson vous brûle, laissez-la refroidir.
☕ Faut-il arrêter de boire du café ?
Non.
Les données sur les boissons très chaudes ne constituent pas une recommandation d’arrêter le café.
Lors de son évaluation, le CIRC n’a d’ailleurs pas pu classer le café comme cancérogène pour l’être humain sur la base des données disponibles.
Le café et la température à laquelle on le boit sont deux questions différentes.
🧊 Faut-il alors boire toutes ses boissons froides ?
Non plus.
Le message n’est pas :
« chaud = dangereux ».
Une boisson agréablement chaude n’est pas la même chose qu’une boisson consommée brûlante ou très chaude.
La prévention consiste simplement à éviter une exposition thermique excessive et répétée.
🧠 Une tasse trop chaude hier peut-elle provoquer un cancer ?
Non.
Le cancer est généralement le résultat d’un processus biologique complexe qui se développe au cours du temps.
Les études portent sur des habitudes répétées de consommation, parfois pendant de nombreuses années.
Une brûlure occasionnelle ne signifie donc pas qu’un cancer va apparaître.
Il n’y a aucune raison de paniquer parce qu’on s’est brûlé la langue avec son café.
❤️ Une prévention particulièrement simple
Certaines mesures de prévention du cancer nécessitent des changements importants.
Ici, le geste est presque trivial :
attendre un peu avant de boire.
Pas besoin de supprimer son café.
Pas besoin d’abandonner le thé.
Pas besoin d’acheter un appareil particulier.
Pas besoin non plus de boire froid.
Il suffit d’éviter de transformer une habitude quotidienne en exposition répétée à une chaleur suffisamment intense pour agresser les muqueuses.
Ce qu’il faut retenir
☕ Le café ou le thé ne deviennent pas cancérogènes simplement parce qu’ils sont chauds.
🌡️ Le CIRC définit comme « très chaudes » les boissons consommées à plus de 65 °C.
🧬 La consommation régulière de boissons très chaudes est classée « probablement cancérogène pour l’homme » (Groupe 2A), principalement en raison d’un lien avec le cancer de l’œsophage.
🔥 Le mécanisme suspecté repose notamment sur les agressions thermiques répétées de la muqueuse œsophagienne.
⚠️ Le classement du CIRC indique la solidité des preuves concernant un danger potentiel, pas l’importance du risque pour une personne donnée.
📊 On ne sait pas précisément combien de cancers de l’œsophage sont attribuables aux boissons très chaudes.
🚬🍷 Le tabac et l’alcool restent des facteurs de risque majeurs du cancer de l’œsophage dans de nombreux pays.
🇧🇪 Il n’existe pas de donnée permettant d’estimer précisément combien de cancers de l’œsophage en Belgique seraient dus aux boissons très chaudes.
❤️ Le conseil pratique est simple : si une boisson brûle la bouche, mieux vaut la laisser refroidir avant de la boire.
À retenir : inutile de bannir le café, le thé ou les tisanes. Le signal scientifique concerne surtout leur consommation répétée à une température très élevée. Laisser refroidir quelques minutes une boisson brûlante est un geste simple, sans coût et sans raison de culpabiliser si l’on s’est occasionnellement brûlé avec une tasse trop chaude.
Pour aller plus loin
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Sources scientifiques et références
🌍 Centre international de recherche sur le cancer — CIRC
En 2016, le CIRC a classé la consommation de boissons très chaudes, définies comme consommées à plus de 65 °C, dans le Groupe 2A — probablement cancérogène pour l’homme.
Consulter la fiche du CIRC sur les boissons très chaudes
Consulter l’évaluation des boissons très chaudes, du café et du maté
📚 Publication scientifique — The Lancet Oncology
Loomis D, Guyton KZ, Grosse Y, Lauby-Secretan B, El Ghissassi F, Bouvard V, et al. Carcinogenicity of drinking coffee, maté, and very hot beverages. The Lancet Oncology, 2016.
🔬 Exposition thermique et cancer de l’œsophage
Une étude réalisée au Malawi et en Tanzanie a observé une augmentation du risque de carcinome épidermoïde de l’œsophage avec plusieurs marqueurs d’exposition thermique élevée, dont la température, la rapidité de consommation et les brûlures répétées.
Consulter l’étude dans le British Journal of Cancer
🇪🇺 Cohorte européenne EPIC
Une étude portant sur plus de 442 000 Européens n’a pas retrouvé d’association significative entre la quantité de thé ou de café consommée et le risque global de cancer de l’œsophage. Elle ne répond toutefois pas exactement à la question d’une consommation régulière à plus de 65 °C.
Consulter la référence scientifique du CIRC
🇧🇪 Registre belge du Cancer
Le Registre belge du Cancer a publié en 2026 sa fiche consacrée aux cancers de l’œsophage diagnostiqués en Belgique en 2024.
Consulter les données belges sur le cancer de l’œsophage
📖 Glossaire
Œsophage : conduit musculaire reliant la gorge à l’estomac.
Carcinome épidermoïde : cancer développé à partir des cellules qui tapissent notamment une partie de l’œsophage.
Adénocarcinome : autre grande forme de cancer de l’œsophage, généralement située dans sa partie inférieure.
CIRC/IARC : Centre international de recherche sur le cancer, agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la Santé.
Groupe 2A : catégorie du CIRC signifiant « probablement cancérogène pour l’homme ». Elle décrit la solidité des preuves concernant le danger cancérogène et non le niveau de risque associé à une exposition donnée.
Exposition thermique : exposition d’un tissu à une température élevée, ici lors du passage d’aliments ou de boissons dans l’œsophage.
🔬 Niveau de preuve scientifique
★★★★☆ La consommation régulière de boissons très chaudes est probablement associée à un risque accru de cancer de l’œsophage. Le CIRC la classe dans le Groupe 2A.
★★★★☆ La température elle-même semble jouer un rôle important. Les données épidémiologiques et expérimentales soutiennent l’hypothèse d’une agression thermique répétée.
★★★☆☆ L’ampleur exacte du risque individuel reste difficile à quantifier, notamment parce que les habitudes de consommation, les températures et les autres facteurs de risque diffèrent fortement entre populations.
★★☆☆☆ Il n’est pas possible de déterminer combien de tasses très chaudes ou combien d’années de consommation suffiraient à provoquer un cancer.
★☆☆☆☆ Une brûlure occasionnelle avec un café ou un thé ne permet pas de conclure à une augmentation mesurable du risque individuel de cancer.
Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un avis médical. Une difficulté persistante à avaler, une douleur à la déglutition, une perte de poids inexpliquée ou tout autre symptôme persistant doit être discuté avec un professionnel de santé.