Malgré la vaccination contre le HPV et l’existence d’un dépistage capable de repérer des lésions avant même qu’elles ne deviennent cancéreuses, 41 % des cancers du col de l’utérus en Belgique seraient encore diagnostiqués aux stades III ou IV. Un constat interpellant alors qu’environ 600 femmes reçoivent chaque année ce diagnostic dans notre pays. Depuis 2025, la Belgique a justement modifié sa stratégie de dépistage en donnant une place centrale au test HPV.
Le cancer du col de l’utérus possède une particularité importante.
Contrairement à beaucoup d’autres cancers, nous connaissons très bien son principal responsable : une infection persistante par certains papillomavirus humains, les HPV.
Nous disposons également de deux moyens particulièrement efficaces pour agir :
💉 la vaccination contre le HPV
et
🔬 le dépistage permettant de détecter le virus et les lésions précancéreuses.
Malgré cela, de nombreux cancers sont encore découverts tardivement en Belgique.
De nouveaux chiffres communiqués par le ministre fédéral de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, en réponse à une question parlementaire de la députée Nawal Farih (CD&V), indiquent que :
41 % des cancers du col de l’utérus sont détectés aux stades III ou IV.
Autrement dit, environ 4 diagnostics sur 10 surviennent alors que la maladie est déjà localement avancée ou s’est davantage propagée.
Environ 600 nouveaux cancers chaque année en Belgique
Selon les chiffres rapportés à l’occasion de cette réponse parlementaire, environ :
600 femmes
reçoivent chaque année en Belgique un diagnostic de cancer du col de l’utérus.
Plus d’une centaine en décèdent.
Mais un autre chiffre permet de comprendre tout l’intérêt du dépistage :
près de 8 000 femmes reçoivent chaque année un diagnostic de lésions précancéreuses.
Ces lésions ne sont pas encore des cancers.
Certaines peuvent régresser spontanément, tandis que d’autres peuvent évoluer vers un cancer si elles persistent et ne sont pas prises en charge.
Le dépistage permet précisément de les identifier avant l’apparition d’un cancer invasif.
Que signifie exactement « détecté tardivement » ?
L’expression peut prêter à confusion.
Dans les chiffres belges communiqués en septembre 2026, elle correspond aux cancers diagnostiqués aux :
stades III et IV.
Cela ne signifie pas que toutes ces femmes présentent nécessairement des métastases dans des organes éloignés.
Au stade III, le cancer peut notamment avoir atteint certaines structures voisines ou certains ganglions lymphatiques.
Le stade IV correspond à une maladie qui s’est étendue davantage, avec différentes situations possibles selon le sous-stade.
Cette distinction est importante.
« Stade avancé » ne signifie donc pas automatiquement « cancer incurable ».
Des traitements à visée curative peuvent encore être proposés dans certaines maladies localement avancées.
Mais globalement, plus un cancer est diagnostiqué tôt, plus les traitements peuvent être simples et plus les perspectives thérapeutiques sont favorables.
Pourquoi le cancer du col peut-il évoluer silencieusement ?
Les lésions précancéreuses provoquent généralement peu ou pas de symptômes.
Les premiers stades d’un cancer peuvent également rester discrets.
C’est précisément pourquoi le dépistage est si important.
Il ne faut pas attendre d’avoir des symptômes pour se faire dépister.
Lorsque des symptômes apparaissent, il ne s’agit d’ailleurs plus véritablement de « dépistage » : des examens diagnostiques doivent être réalisés.
Quels symptômes doivent conduire à consulter ?
Certains signes peuvent notamment justifier un avis médical :
- des saignements vaginaux inhabituels ;
- des saignements après un rapport sexuel ;
- des saignements après la ménopause ;
- des pertes vaginales inhabituelles ou persistantes ;
- des douleurs pelviennes persistantes ;
- des douleurs pendant les rapports sexuels.
Ces symptômes sont beaucoup plus souvent provoqués par autre chose qu’un cancer.
Mais ils méritent d’être évalués.
Et surtout :
en présence de symptômes, il ne faut pas attendre le prochain dépistage prévu.
🦠 Le HPV est responsable de la grande majorité des cancers du col
Les papillomavirus humains sont extrêmement fréquents.
La plupart des personnes sexuellement actives rencontreront un HPV au cours de leur vie.
Dans l’immense majorité des cas, le système immunitaire élimine spontanément l’infection.
Le problème survient lorsqu’une infection par certains HPV dits à haut risque persiste pendant plusieurs années.
Elle peut alors provoquer progressivement des modifications cellulaires :
infection HPV
↓
infection persistante
↓
lésion précancéreuse
↓
cancer invasif
Cette évolution prend généralement plusieurs années.
C’est cette longue période qui rend le dépistage particulièrement efficace.
Il existe une fenêtre pendant laquelle une anomalie peut être détectée et traitée avant qu’un véritable cancer ne se développe.
L’OMS et le CIRC considèrent d’ailleurs le HPV comme la cause essentielle du cancer du col de l’utérus à l’échelle mondiale.
🇧🇪 Depuis 2025, le dépistage a changé en Belgique
C’est probablement l’information la plus importante à connaître.
Depuis le 1er janvier 2025, la Belgique a profondément modifié sa stratégie de dépistage du cancer du col.
Avant 30 ans et après 30 ans, le test utilisé n’est désormais plus le même en première intention.
Entre 25 et 29 ans
Le dépistage repose toujours principalement sur :
🔬 un examen cytologique tous les 3 ans.
Le laboratoire recherche des cellules anormales dans le prélèvement cervical.
En cas d’anomalie, un test HPV peut ensuite être réalisé selon l’algorithme prévu.
Entre 30 et 64 ans
Le changement est plus important.
Le dépistage repose désormais en première intention sur :
🦠 un test HPV tous les 5 ans.
Le prélèvement est toujours réalisé au niveau du col.
Mais le laboratoire recherche d’abord la présence d’un HPV à haut risque.
Si le test est positif, le même échantillon peut ensuite être examiné afin de rechercher des anomalies cellulaires et de déterminer la suite nécessaire.
Tous les 5 ans : est-ce vraiment suffisant ?
Cela peut surprendre les femmes habituées à entendre parler d’un frottis tous les trois ans.
Mais l’allongement de l’intervalle ne correspond pas à une diminution de la surveillance.
Le test HPV primaire est plus sensible pour identifier les personnes présentant un risque de développer des lésions cervicales importantes.
C’est précisément pour cette raison que les recommandations ont évolué.
Sciensano indique que cette modification repose sur de nombreuses données scientifiques nationales et internationales.
💉 « Je suis vaccinée contre le HPV : dois-je encore me faire dépister ? »
Oui.
La vaccination réduit considérablement le risque, mais elle ne remplace pas le dépistage.
Les vaccins protègent contre les principaux types de HPV responsables des cancers, mais pas nécessairement contre tous les types oncogènes.
Une personne vaccinée doit donc continuer à suivre le calendrier de dépistage correspondant à son âge.
🩺 Faut-il obligatoirement aller chez un gynécologue ?
Non.
C’est un point particulièrement intéressant dans le débat actuel en Belgique.
Le prélèvement cervical peut également être réalisé par un médecin généraliste formé à cet examen. Sciensano indique que le prélèvement peut être effectué chez le médecin généraliste ou le gynécologue.
La députée Nawal Farih estime justement que le rôle des généralistes devrait être davantage renforcé afin de rapprocher le dépistage des femmes, notamment dans les régions où l’accès à un gynécologue est plus difficile.
Elle cite notamment le Limbourg, où certains délais d’attente pourraient atteindre plusieurs mois.
L’enjeu est important :
un dépistage théoriquement performant ne protège que s’il est réellement accessible et utilisé.
Pourquoi certaines femmes échappent-elles encore au dépistage ?
Il serait trop simpliste de considérer qu’il s’agit uniquement d’un manque d’information.
De nombreux obstacles peuvent intervenir :
absence de symptômes, donnant l’impression qu’un examen n’est pas nécessaire ;
peur ou gêne liée à l’examen gynécologique ;
mauvaise expérience médicale antérieure ;
difficulté à obtenir un rendez-vous ;
barrières linguistiques ou culturelles ;
précarité ou difficultés sociales ;
absence de médecin habituel ;
oubli ou méconnaissance du calendrier de dépistage ;
ou simplement la complexité du système.
Les femmes les moins régulièrement suivies médicalement peuvent justement être celles qui bénéficieraient le plus d’une invitation et d’un rappel systématiques.
Wallonie, Flandre, Bruxelles : le système n’est pas totalement identique
L’organisation du dépistage dépend en partie des entités fédérées.
La Fondation contre le Cancer indique qu’en Wallonie et en Flandre, les personnes concernées reçoivent des invitations selon le calendrier prévu.
À Bruxelles, la situation a historiquement été différente et le dispositif continue d’évoluer.
Sciensano centralise désormais les recommandations nationales et les informations relatives aux programmes régionaux.
L’objectif est le même partout :
identifier davantage de lésions précancéreuses et de cancers à un stade précoce.
Un test HPV positif signifie-t-il que j’ai un cancer ?
Absolument pas.
C’est probablement l’une des informations les plus importantes à transmettre avec le nouveau dépistage.
Un résultat HPV positif signifie qu’un HPV à risque a été détecté.
Il ne signifie pas :
❌ que vous avez un cancer ;
❌ que vous développerez nécessairement un cancer ;
❌ ni même nécessairement qu’une lésion précancéreuse importante est présente.
Selon le résultat et le type de HPV identifié, des examens complémentaires ou une surveillance pourront être proposés.
La majorité des infections HPV ne conduisent jamais à un cancer.
Peut-on éliminer presque complètement le cancer du col de l’utérus ?
C’est précisément l’objectif poursuivi par l’Organisation mondiale de la Santé.
Le cancer du col possède une caractéristique exceptionnelle en cancérologie :
nous disposons à la fois d’une prévention primaire efficace et d’un dépistage capable d’intervenir avant le cancer.
L’OMS fonde sa stratégie mondiale d’élimination sur trois piliers :
90 % des filles vaccinées contre le HPV avant 15 ans ;
70 % des femmes dépistées avec un test performant à des âges clés ;
90 % des femmes présentant une maladie cervicale traitées de manière appropriée.
L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir zéro cancer, mais de faire devenir le cancer du col un problème de santé publique exceptionnellement rare.
Les nouvelles données belges montrent cependant qu’il reste du chemin à parcourir.
Ce qu’il faut retenir
🎗️ En Belgique, 41 % des cancers du col de l’utérus seraient encore diagnostiqués aux stades III ou IV, selon des chiffres communiqués en septembre 2026 par le ministre de la Santé publique.
🇧🇪 Environ 600 femmes reçoivent chaque année ce diagnostic et plus d’une centaine en décèdent. Près de 8 000 lésions précancéreuses sont également détectées chaque année.
🦠 Une infection persistante par certains HPV est à l’origine de la grande majorité des cancers du col.
🔬 Depuis janvier 2025, la Belgique utilise le test HPV comme examen de dépistage primaire entre 30 et 64 ans, généralement tous les cinq ans. Entre 25 et 29 ans, la cytologie reste le test primaire, tous les trois ans.
💉 Être vaccinée contre le HPV ne dispense pas du dépistage. Les deux stratégies sont complémentaires.
🩺 Le prélèvement peut être effectué par un gynécologue mais également par un médecin généraliste.
⚠️ Un test HPV positif n’est pas un diagnostic de cancer. Il indique la présence d’un HPV à risque et détermine la surveillance ou les examens complémentaires nécessaires.
À retenir : le chiffre de 41 % ne signifie pas que le dépistage du cancer du col ne fonctionne pas. Il souligne au contraire tout son intérêt. Ce cancer peut souvent être précédé pendant plusieurs années de lésions détectables et traitables. Le défi consiste donc à ce que les personnes concernées puissent réellement bénéficier, au bon moment, de la vaccination, du dépistage et du suivi d’un résultat anormal.
Pour aller plus loin
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Sources scientifiques et références
🇧🇪 Les nouveaux chiffres belges
Le Spécialiste / Belga — 21 septembre 2026
Quatre cancers du col de l’utérus sur dix sont détectés tardivement.
Lire l’article et les chiffres communiqués par le ministre de la Santé
🇧🇪 Registre belge du Cancer
Belgian Cancer Registry — Cancer Fact Sheet Cervical Cancer 2024, publiée en juillet 2026
Consulter la fiche du Registre belge du Cancer
🇧🇪 Nouvelles recommandations belges de dépistage
Sciensano — Screening cancer du col de l’utérus
Consulter les recommandations belges
Sciensano — Introduction du test HPV dans le dépistage en Belgique
Consulter le document scientifique
Fondation contre le Cancer — Dépistage et diagnostic
Consulter les informations pratiques
🌍 Références internationales
Organisation mondiale de la Santé / CIRC — Prévention des cancers et HPV
Consulter les données OMS/CIRC
International Agency for Research on Cancer — Cervical cancer
Consulter le portail scientifique du CIRC
📖 Glossaire
HPV / VPH : papillomavirus humain. Certains types dits « à haut risque » peuvent provoquer des modifications cellulaires susceptibles d’évoluer vers un cancer.
Cytologie : analyse au microscope des cellules prélevées sur le col de l’utérus.
Test HPV : examen recherchant la présence de papillomavirus à haut risque dans un prélèvement cervical.
Lésion précancéreuse : modification anormale des cellules qui n’est pas encore un cancer mais qui peut, dans certaines situations, évoluer vers celui-ci.
Colposcopie : examen permettant d’observer précisément le col de l’utérus, notamment après certains résultats anormaux au dépistage.
🔬 Niveau de preuve scientifique
★★★★★ Une infection persistante par certains HPV à haut risque est la cause essentielle du cancer du col de l’utérus.
★★★★★ Le dépistage permet d’identifier des lésions précancéreuses avant leur transformation en cancer invasif.
★★★★★ La vaccination contre le HPV réduit fortement le risque de cancer du col de l’utérus.
★★★★★ Le test HPV primaire constitue depuis janvier 2025 la stratégie belge de dépistage entre 30 et 64 ans.
★★★★☆ 41 % des cancers du col seraient diagnostiqués aux stades III ou IV en Belgique. Il s’agit de données officielles communiquées en réponse à une question parlementaire et rapportées le 21 septembre 2026 ; leur interprétation détaillée dépend notamment de la période et de la complétude des données de stadification utilisées.
☆☆☆☆☆ Un test HPV positif signifie que l’on a un cancer : faux. Une infection HPV est fréquente et la majorité des infections n’évoluent pas vers un cancer.
Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un avis médical. En présence de saignements inhabituels, notamment après un rapport sexuel ou après la ménopause, ou d’autres symptômes gynécologiques persistants, consultez un professionnel de santé sans attendre la date du prochain dépistage.