Un cancer capable de passer naturellement d’un animal à un autre : cela semble impossible. Pourtant, des chercheurs viennent d’en apporter une nouvelle preuve chez des poissons vivant dans un lac situé entre le Québec et les États-Unis.
La découverte, publiée le 22 juillet 2026 dans la revue scientifique Nature, concerne la barbotte brune (Ameiurus nebulosus), un poisson d’eau douce chez lequel d’étranges tumeurs noires étaient observées depuis plusieurs années.
Les analyses génétiques montrent quelque chose d’exceptionnel : il ne s’agit pas simplement de poissons développant indépendamment le même cancer. Ce sont les cellules cancéreuses elles-mêmes qui semblent passer d’un poisson à l’autre.
Une découverte fascinante pour la recherche sur le cancer, mais qui nécessite immédiatement une précision importante :
Chez l’être humain, le cancer n’est pas une maladie contagieuse.
Alors comment un tel phénomène peut-il exister chez certains animaux ? Et que peut-il nous apprendre sur nos propres cancers ?
Tout commence par d’étranges taches noires
Depuis 2012, des pêcheurs et biologistes avaient remarqué des lésions cutanées inhabituelles chez des barbottes brunes du lac Memphrémagog, qui s’étend entre le Vermont, aux États-Unis, et le Québec, au Canada.
Des observations ultérieures avaient montré qu’une proportion importante des poissons pouvait être touchée.
Les chercheurs ont d’abord envisagé plusieurs explications, notamment une pollution environnementale ou une infection virale.
Mais l’analyse génétique des tumeurs a révélé une situation beaucoup plus étonnante.
Les cellules tumorales prélevées sur différents poissons présentaient une signature génétique commune et différente de celle de leurs hôtes.
Les chercheurs ont ainsi conclu qu’il s’agissait d’un cancer clonal transmissible.
Qu’est-ce qu’un cancer transmissible ?
Dans un cancer classique, une cellule de notre propre organisme accumule des modifications génétiques, se multiplie de manière incontrôlée et donne naissance à une tumeur.
Cette tumeur peut ensuite produire des métastases dans d’autres parties du même organisme.
Dans un cancer transmissible, quelque chose d’encore plus inhabituel se produit :
des cellules cancéreuses vivantes quittent leur premier hôte, atteignent un autre individu et réussissent à s’y développer.
La lignée cancéreuse se comporte alors presque comme un parasite constitué de cellules tumorales.
C’est extrêmement rare dans la nature.
Une première chez les poissons
Cette découverte est particulièrement importante car il s’agit du premier cancer transmissible identifié chez un poisson et dans un environnement d’eau douce.
Avant cette étude, des cancers naturellement transmissibles avaient notamment été identifiés chez :
- le chien ;
- le diable de Tasmanie ;
- plusieurs espèces de mollusques bivalves, comme certaines moules, palourdes et coques.
La barbotte brune rejoint donc un groupe extrêmement restreint d’animaux chez lesquels des cellules cancéreuses ont acquis la capacité de passer naturellement d’un individu à l’autre.
Comment les poissons se transmettent-ils ces cellules cancéreuses ?
C’est justement l’une des grandes questions qui restent ouvertes.
Les chercheurs ne connaissent pas encore précisément le mécanisme de transmission.
Le comportement des poissons lors de la reproduction pourrait éventuellement favoriser le passage de cellules tumorales entre individus, mais cette hypothèse doit encore être étudiée.
La découverte ne signifie donc pas que nous comprenons déjà parfaitement comment ce cancer circule.
Elle ouvre au contraire un nouveau champ de recherche.
Pourquoi notre système immunitaire empêche-t-il normalement cela ?
Notre système immunitaire possède notamment la capacité de reconnaître les cellules qui n’appartiennent pas à notre organisme.
Si des cellules provenant d’une autre personne pénètrent dans notre corps, elles sont généralement identifiées comme étrangères et éliminées.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les patients ayant reçu une transplantation d’organe doivent prendre des médicaments immunosuppresseurs : sans eux, le système immunitaire chercherait à détruire l’organe provenant du donneur.
Pour devenir transmissible, une lignée cancéreuse doit donc réussir un exploit biologique considérable : survivre hors de son hôte initial, pénétrer dans un autre organisme et échapper suffisamment à ses défenses immunitaires pour continuer à se multiplier.
Comprendre comment certaines cellules animales y parviennent intéresse particulièrement les chercheurs.
Peut-on attraper le cancer d’une autre personne ?
Non.
Dans la vie quotidienne, le cancer ne se transmet pas d’une personne à une autre.
On ne peut pas attraper un cancer :
- en touchant une personne malade ;
- en l’embrassant ;
- en partageant un repas ;
- en utilisant les mêmes toilettes ;
- en vivant sous le même toit ;
- en prenant quelqu’un dans ses bras.
Le National Cancer Institute rappelle que le cancer n’est pas une maladie contagieuse. Des transmissions de cellules cancéreuses ont exceptionnellement été documentées dans des circonstances médicales très particulières, notamment certaines transplantations d’organes ou de tissus. Elles ne correspondent absolument pas à une transmission dans les contacts ordinaires.
Mais certaines infections peuvent provoquer des cancers
C’est une distinction fondamentale.
Un virus transmissible peut favoriser l’apparition d’un cancer sans que le cancer lui-même soit transmissible.
L’exemple le plus connu est le papillomavirus humain (HPV).
Certains types de HPV peuvent provoquer, lorsqu’une infection persiste pendant plusieurs années, des modifications cellulaires susceptibles d’aboutir à certains cancers.
Le HPV est notamment impliqué dans des cancers :
- du col de l’utérus ;
- de l’anus ;
- du pénis ;
- de la vulve et du vagin ;
- de certaines régions de la gorge.
D’autres agents infectieux peuvent également favoriser certains cancers, notamment les virus des hépatites B et C ou la bactérie Helicobacter pylori.
Ce qui se transmet est l’infection, pas le cancer.
Et les moules ?
La découverte chez les poissons rappelle un phénomène déjà observé chez plusieurs mollusques bivalves.
Des lignées cancéreuses transmissibles circulent notamment chez certaines populations de moules et d’autres coquillages.
Dans ces situations, des cellules tumorales peuvent passer d’un animal à l’autre dans l’environnement marin.
Mais cela ne signifie absolument pas que manger des moules puisse transmettre un cancer à l’être humain.
Ces cancers transmissibles sont adaptés à leurs espèces hôtes et aucune donnée scientifique n’indique que leur consommation transmettrait un cancer humain.
🇧🇪 Qu’est-ce que cette découverte change en Belgique ?
Pour la population belge, cette découverte ne modifie aucune recommandation concernant le risque de cancer.
Elle permet cependant de rappeler une distinction importante en matière de prévention.
En Belgique, certaines infections transmissibles sont effectivement associées à un risque ultérieur de cancer.
C’est notamment le cas du HPV.
Depuis 2025, le dépistage belge du cancer du col de l’utérus repose notamment sur un test HPV primaire tous les cinq ans entre 30 et 64 ans, tandis que la vaccination contre le HPV constitue l’un des principaux outils de prévention.
La Fondation contre le Cancer rappelle également l’importance de prévenir ou traiter certaines infections cancérigènes comme le HPV, les hépatites B et C ou Helicobacter pylori.
La découverte canadienne ne signifie donc pas qu’une nouvelle menace contagieuse pèse sur la Belgique.
Elle nous aide surtout à mieux comprendre les mécanismes fondamentaux qui empêchent normalement un cancer de passer d’un individu à un autre.
Pourquoi cette découverte intéresse-t-elle la recherche contre le cancer humain ?
Les cancers transmissibles constituent de véritables expériences naturelles d’évolution.
Certaines de ces lignées cancéreuses réussissent à survivre pendant de très longues périodes en passant successivement d’un organisme à l’autre.
Les étudier pourrait aider les scientifiques à mieux comprendre :
- comment une cellule cancéreuse échappe au système immunitaire ;
- comment une tumeur évolue génétiquement ;
- comment certaines cellules survivent dans un nouvel environnement ;
- comment les cancers développent des mécanismes d’adaptation ;
- comment les défenses immunitaires reconnaissent normalement les cellules étrangères.
Cela ne signifie pas qu’un nouveau traitement contre le cancer humain découlera directement de cette découverte.
Mais chaque nouveau modèle biologique peut apporter des informations précieuses sur le fonctionnement des cellules cancéreuses.
Ce qu’il faut retenir
La découverte d’un cancer transmissible chez des poissons du lac Memphrémagog est scientifiquement remarquable.
Pour la première fois, des chercheurs ont identifié chez un poisson d’eau douce une lignée de cellules cancéreuses capable de passer naturellement d’un individu à l’autre.
Mais cette découverte ne doit pas provoquer d’inquiétude concernant les cancers humains.
Le cancer n’est pas contagieux chez l’être humain dans les contacts de la vie quotidienne.
Certaines infections peuvent augmenter le risque de développer ultérieurement un cancer, mais dans ce cas, c’est le virus ou la bactérie qui se transmet — pas la tumeur.
Cette différence est essentielle pour comprendre correctement ce que signifie cette découverte.
FAQ
Le cancer est-il contagieux chez l’être humain ?
Non. Un cancer ne se transmet pas par les contacts quotidiens avec une personne malade.
Peut-on embrasser une personne atteinte d’un cancer ?
Oui. Embrasser, toucher ou prendre dans ses bras une personne atteinte d’un cancer ne transmet pas sa maladie.
Pourquoi certains cancers sont-ils transmissibles chez les animaux ?
Dans de très rares cas, des lignées de cellules cancéreuses ont développé la capacité de survivre après leur passage vers un autre animal et d’échapper à ses défenses immunitaires.
Le cancer découvert chez ces poissons peut-il contaminer l’être humain ?
Aucune donnée scientifique n’indique que ce cancer soit transmissible à l’être humain.
Peut-on attraper un cancer en mangeant du poisson ou des moules ?
Un cancer transmissible observé chez un animal ne signifie pas que sa tumeur puisse infecter l’être humain par l’alimentation. Les cancers transmissibles connus sont des phénomènes biologiques spécifiques à certaines espèces.
Le HPV est-il un cancer contagieux ?
Non. Le HPV est un virus transmissible. Certaines infections persistantes par des HPV à haut risque peuvent favoriser l’apparition d’un cancer plusieurs années plus tard. Ce n’est donc pas le cancer qui est transmis.
Existe-t-il d’autres infections pouvant favoriser un cancer ?
Oui. Les hépatites B et C peuvent notamment favoriser le cancer du foie et Helicobacter pylori certains cancers de l’estomac. La prévention, la vaccination lorsqu’elle existe, le dépistage et le traitement de ces infections peuvent contribuer à prévenir certains cancers.
Pour aller plus loin
La découverte d’un cancer transmissible chez des poissons est spectaculaire, mais elle ne signifie pas que le cancer devient une maladie contagieuse chez l’être humain. Elle permet surtout de mieux comprendre le rôle du système immunitaire, l’évolution des cellules cancéreuses et la différence fondamentale entre un cancer transmissible et une infection pouvant favoriser l’apparition d’un cancer.
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À retenir : les cancers transmissibles existent chez quelques espèces animales, mais le cancer humain ne se transmet pas lors des contacts de la vie quotidienne. Certaines infections, comme le HPV ou les hépatites B et C, peuvent en revanche augmenter le risque de développer ultérieurement certains cancers : c’est l’infection qui se transmet, et non le cancer.
Sources scientifiques et références
Cet article s’appuie notamment sur la publication scientifique décrivant le cancer transmissible découvert chez la barbotte brune du lac Memphrémagog, ainsi que sur les données des principales institutions scientifiques concernant les cancers transmissibles et les infections associées au développement de certains cancers.
🔬 L’étude à l’origine de cette actualité
- Nature – 2026
Publication scientifique concernant la découverte d’une lignée de cancer transmissible chez la barbotte brune (Ameiurus nebulosus).
Consulter la publication référencée sur PubMed - Nature – Actualité scientifique
Présentation et analyse de la découverte d’un cancer transmissible chez des poissons d’eau douce.
Lire l’analyse publiée par Nature
🧬 Le cancer est-il contagieux chez l’être humain ?
- National Cancer Institute (NCI)
Le NCI revient sur plusieurs idées reçues concernant le cancer, notamment la possibilité de transmettre un cancer d’une personne à une autre.
Common Cancer Myths and Misconceptions – National Cancer Institute - Société canadienne du cancer
Explication destinée au grand public concernant la question de la contagiosité du cancer.
Le cancer est-il contagieux ?
🐚 Les autres cancers transmissibles connus chez les animaux
- National Library of Medicine / PMC
Revue scientifique consacrée aux cancers transmissibles chez les animaux et notamment aux lignées tumorales observées chez certains mollusques.
Transmissible cancers in animals – article scientifique - Nature Reviews Cancer
Les cancers transmissibles constituent des modèles exceptionnels permettant d’étudier l’évolution des cellules tumorales, leur adaptation et leur échappement au système immunitaire.
Nature Reviews Cancer
🇧🇪 Infections et prévention du cancer en Belgique
- Sciensano – Papillomavirus humain (HPV)
Informations concernant le HPV, son association avec le cancer du col de l’utérus et la prévention en Belgique.
HPV et cancer du col de l’utérus – Sciensano - Fondation contre le Cancer – Infections cancérigènes
Informations sur les infections pouvant contribuer au développement de certains cancers et sur les possibilités de prévention.
Infections cancérigènes et vaccination
📖 Quelques notions scientifiques
- Cancer transmissible : cancer dans lequel des cellules tumorales vivantes passent d’un individu à un autre et continuent à se multiplier chez leur nouvel hôte.
- Cancer clonal : population de cellules cancéreuses descendant d’une même cellule ou lignée cellulaire initiale.
- Échappement immunitaire : ensemble des mécanismes permettant à certaines cellules cancéreuses d’éviter ou de limiter leur destruction par le système immunitaire.
- Agent oncogène : agent biologique ou environnemental pouvant favoriser l’apparition d’un cancer. Certains virus et bactéries peuvent ainsi augmenter le risque de certains cancers sans transmettre directement des cellules cancéreuses.
- HPV : famille de papillomavirus humains. Certaines infections persistantes par des HPV à haut risque peuvent favoriser plusieurs cancers.
🔬 Ce que les données permettent d’affirmer
- ★★★★★ Des cancers naturellement transmissibles existent chez quelques espèces animales.
- ★★★★★ La découverte chez la barbotte brune repose sur des analyses génétiques permettant d’identifier une lignée tumorale transmissible.
- ★★★★★ Le cancer humain n’est pas contagieux lors des contacts ordinaires entre personnes.
- ★★★★★ Certaines infections transmissibles, notamment le HPV et les hépatites B et C, peuvent augmenter le risque de développer certains cancers.
- ★★★★★ Une infection associée au cancer et un cancer transmissible sont deux phénomènes biologiques différents.
Important : la découverte d’un cancer transmissible chez une espèce animale ne signifie pas que ce cancer puisse franchir la barrière des espèces ou être transmis à l’être humain.
Dernière mise à jour scientifique : août 2026.