Des marques de maillot bien visibles, une peau très bronzée et parfois même des coups de soleil montrés comme la preuve de vacances réussies : sur les réseaux sociaux, les « tan-lines » séduisent à nouveau de nombreux adolescents et jeunes adultes.
Depuis plusieurs mois, le bronzage intense revient en force sur les réseaux sociaux. Certains jeunes surveillent l’indice UV, organisent leurs séances d’exposition, utilisent des huiles pour bronzer plus rapidement et comparent la progression de leurs marques de maillot.
Le phénomène est parfois désigné sous le nom de « tanmaxxing » : l’objectif n’est plus simplement de profiter du soleil, mais de maximiser volontairement son bronzage.
Les marques de maillot deviennent alors un résultat à montrer.
Le problème ?
Une tan-line n’est pas seulement une différence de couleur entre deux zones de peau. Elle montre que la peau exposée a réagi aux rayons ultraviolets.
Et lorsque cette recherche du bronzage pousse à prolonger les expositions, à rechercher les heures où l’indice UV est élevé ou à éviter la protection solaire, les risques augmentent.
Pourquoi les « tan-lines » reviennent-elles à la mode ?
Les tendances liées au bronzage ne sont pas nouvelles.
Pendant longtemps, une peau bronzée a été associée aux vacances, au bien-être ou à une apparence jugée « en bonne santé ».
Ces dernières années, les messages de prévention avaient pourtant contribué à rendre la protection solaire plus présente dans les habitudes de nombreuses familles.
Mais les tendances peuvent changer rapidement.
En 2026, plusieurs médias et spécialistes observent un retour de la recherche volontaire d’un bronzage intense chez les adolescents et les jeunes adultes. Sur les réseaux sociaux, certains contenus montrent des routines minutées d’exposition au soleil, le suivi de l’indice UV et des marques de maillot présentées comme une preuve de progression.
Le risque est que ces images transforment progressivement une exposition excessive aux UV en comportement banal, voire désirable.
Or, le bronzage n’est pas un indicateur de bonne santé.
Que se passe-t-il réellement lorsqu’une peau bronze ?
Lorsqu’une peau est exposée aux rayons ultraviolets, elle tente de se protéger.
Les cellules produisent davantage de mélanine, le pigment qui contribue à la couleur de la peau. C’est cette réaction qui provoque le bronzage.
Mais ce changement de couleur intervient en réponse à une agression.
Les UV peuvent endommager l’ADN des cellules de la peau. Une partie de ces dommages peut être réparée par l’organisme.
Mais pas toujours.
Au fil des expositions, certaines altérations peuvent s’accumuler.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les rayonnements ultraviolets constituent un facteur de risque majeur des cancers de la peau.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle d’ailleurs qu’il n’existe rien de « sain » dans le bronzage provoqué par les UV.
Une tan-line est-elle dangereuse en elle-même ?
La marque de maillot n’est pas une maladie.
Mais elle constitue le signe visible que certaines zones de la peau ont reçu davantage de rayonnement UV que d’autres.
Plus le contraste est important, plus l’exposition a généralement été importante.
Le danger augmente surtout lorsque l’objectif devient de rendre cette ligne toujours plus visible.
Cela peut encourager à :
- rester volontairement longtemps au soleil ;
- s’exposer lorsque l’indice UV est élevé ;
- rechercher le soleil aux heures les plus intenses ;
- utiliser des huiles accélérant le bronzage sans protection suffisante ;
- ne pas remettre de crème solaire ;
- considérer un coup de soleil comme une étape normale avant le bronzage.
C’est cette accumulation d’expositions et de dommages qui pose problème.
Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement concernés ?
La peau des enfants et des adolescents mérite une attention particulière.
L’Organisation mondiale de la Santé considère les enfants et les adolescents comme particulièrement vulnérables aux effets nocifs des rayonnements UV. Elle rappelle également que les coups de soleil pendant l’enfance augmentent le risque de cancer de la peau plus tard dans la vie.
Il existe également une autre difficulté.
Un cancer de la peau ne se développe généralement pas quelques jours après une exposition excessive.
Les conséquences peuvent apparaître des années ou des décennies plus tard.
Pour un adolescent, le risque futur peut donc sembler abstrait.
La tan-line, elle, est immédiate.
Elle est visible.
Elle peut être photographiée et partagée.
C’est ce décalage entre une récompense esthétique immédiate et un risque médical à long terme qui rend la prévention particulièrement complexe.
Le coup de soleil n’est pas une étape normale du bronzage
« Je brûle d’abord, puis je bronze. »
Cette phrase est encore fréquente.
Mais un coup de soleil n’est pas une étape nécessaire pour obtenir un bronzage.
Il s’agit d’une réaction inflammatoire provoquée par une exposition excessive aux UV.
La peau peut devenir :
- rouge ;
- douloureuse ;
- chaude ;
- gonflée ;
- et, dans les cas plus sévères, présenter des cloques.
Les coups de soleil répétés pendant l’enfance et l’adolescence sont associés à une augmentation du risque de développer un mélanome plus tard dans la vie.
Un coup de soleil ne doit donc jamais être considéré comme la preuve d’une « bonne journée au soleil ».
Les dégâts ne concernent pas seulement le cancer
La prévention solaire est souvent présentée uniquement sous l’angle du cancer de la peau.
Mais les effets des UV sont plus larges.
Une exposition excessive peut également favoriser :
- le vieillissement prématuré de la peau ;
- l’apparition de rides ;
- des taches pigmentaires ;
- certaines lésions précancéreuses ;
- des atteintes des yeux.
L’ironie est que certaines personnes recherchent aujourd’hui un bronzage pour des raisons esthétiques alors que les expositions répétées peuvent accélérer le vieillissement visible de la peau.
« Je mets de la crème solaire, donc je peux rester au soleil »
C’est une idée très répandue.
Mais la crème solaire ne doit pas être utilisée comme un moyen de prolonger indéfiniment l’exposition.
Elle constitue une protection complémentaire.
La stratégie la plus efficace repose sur plusieurs mesures combinées :
- rechercher l’ombre ;
- éviter les heures où les UV sont les plus intenses ;
- porter des vêtements protecteurs ;
- protéger les yeux ;
- appliquer correctement une protection solaire sur les zones exposées.
La Fondation contre le Cancer recommande notamment de limiter l’exposition directe entre 11 h et 16 h, de porter des vêtements protecteurs et d’utiliser une protection solaire à large spectre d’au moins SPF 30, renouvelée toutes les deux heures.
Peut-on bronzer avec de la crème solaire ?
Oui.
Une protection solaire ne bloque pas nécessairement 100 % des UV.
Mais ce n’est pas la bonne question.
L’objectif ne devrait pas être :
« Comment bronzer le plus possible sans brûler ? »
La question utile est plutôt :
« Comment réduire les dommages causés à ma peau lorsque je suis dehors ? »
Une protection solaire doit être appliquée généreusement et renouvelée régulièrement, notamment après la baignade, la transpiration ou le séchage avec une serviette.
Et surtout, elle ne remplace ni l’ombre ni les vêtements.
L’indice UV ne devrait pas devenir un programme de bronzage
L’indice UV est un outil de prévention.
Il permet d’estimer l’intensité du rayonnement ultraviolet et d’adapter sa protection.
Mais certaines tendances sur les réseaux sociaux détournent cette information.
Au lieu de consulter l’indice UV pour savoir quand mieux se protéger, certains jeunes l’utilisent pour déterminer quand bronzer plus rapidement.
C’est exactement l’inverse de son objectif.
Plus l’indice UV est élevé, plus les dommages peuvent survenir rapidement.
À partir d’un indice UV de 3, des mesures de protection sont recommandées.
Et les peaux foncées ?
Les personnes ayant une peau claire brûlent généralement plus facilement et présentent un risque plus élevé de certains cancers de la peau.
Mais cela ne signifie pas que les personnes ayant une peau plus foncée ne sont pas concernées.
Toutes les peaux peuvent subir les effets des rayonnements UV.
Les cancers de la peau peuvent également toucher les personnes à peau foncée.
La protection solaire ne concerne donc pas uniquement les personnes qui rougissent rapidement.
Le piège des huiles de bronzage
Certaines huiles sont utilisées pour donner un aspect brillant à la peau ou accélérer le bronzage.
Le problème apparaît lorsqu’elles offrent une protection insuffisante ou lorsqu’elles sont utilisées à la place d’un produit solaire adapté.
Une huile ne protège pas automatiquement des UV.
Il faut vérifier son indice de protection et sa capacité à protéger contre les UVA et les UVB.
Un produit qui promet un bronzage rapide ne transforme pas l’exposition aux UV en activité sans risque.
Les bancs solaires ne sont pas une alternative plus sûre
Certains adolescents ou jeunes adultes peuvent être tentés de préparer leur bronzage avant les vacances ou de maintenir leurs tan-lines avec des UV artificiels.
Ce n’est pas une solution plus sûre.
Le nouveau Code européen contre le cancer recommande d’éviter les bancs solaires et insiste particulièrement sur la réduction de l’exposition excessive aux UV chez les enfants et les jeunes.
Sur Oncostar, nous avons déjà consacré un article spécifique aux risques des bancs solaires pour la peau.
Comment parler des tan-lines avec un adolescent ?
Dire simplement « le soleil donne le cancer » ne suffit probablement pas.
Les adolescents connaissent souvent déjà l’existence du risque.
Le problème est plutôt la perception de ce risque.
Il peut être plus utile d’expliquer que :
- une peau bronzée est une peau qui a réagi aux UV ;
- un coup de soleil correspond à une véritable lésion ;
- les dommages s’accumulent au fil du temps ;
- la crème solaire n’autorise pas une exposition illimitée ;
- une tendance esthétique de quelques semaines peut encourager des habitudes qui durent des années.
La prévention doit également éviter de culpabiliser.
Une personne qui a déjà eu des coups de soleil ou qui aime avoir la peau bronzée n’a pas « raté » sa prévention.
L’objectif est d’adopter de meilleurs réflexes à partir de maintenant.
Les bons réflexes pour profiter de l’été
Le message n’est pas de rester enfermé.
Les activités extérieures sont importantes pour la santé et le bien-être.
Mais il est possible de profiter de l’été en réduisant son exposition excessive aux UV.
Lorsque l’indice UV est élevé :
- recherchez régulièrement l’ombre ;
- évitez les longues expositions volontaires ;
- portez un t-shirt ou des vêtements protecteurs ;
- protégez votre tête et vos yeux ;
- utilisez une protection solaire adaptée ;
- renouvelez son application ;
- ne cherchez jamais volontairement le coup de soleil ;
- évitez les bancs solaires.
La protection solaire est particulièrement importante chez les enfants et les adolescents.
Quand faut-il montrer un grain de beauté ou une lésion à un médecin ?
La prévention ne s’arrête pas à la protection solaire.
Il est également important de connaître sa peau.
Une lésion ou un grain de beauté mérite un avis médical s’il :
- change de forme ;
- change de couleur ;
- augmente de taille ;
- devient très différent des autres ;
- saigne sans raison évidente ;
- ne cicatrise pas ;
- provoque des démangeaisons inhabituelles.
Ces signes ne signifient pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer.
Mais une modification persistante mérite d’être examinée.
Le message à retenir
Les « tan-lines » peuvent sembler anodines.
Elles peuvent même être présentées sur les réseaux sociaux comme un objectif esthétique ou la preuve de vacances réussies.
Mais rechercher volontairement des marques de bronzage toujours plus visibles peut encourager des comportements à risque : expositions prolongées, coups de soleil, utilisation insuffisante de protection solaire ou recherche des heures où l’indice UV est le plus élevé.
Une tan-line disparaît. Les dommages provoqués par les UV peuvent, eux, s’accumuler au fil des années.
Le bon message n’est pas d’avoir peur du soleil.
C’est de ne pas transformer une tendance en raison d’exposer volontairement sa peau à davantage de rayonnements UV.
Pour aller plus loin
Pour mieux comprendre les liens entre exposition aux UV, prévention et cancers de la peau, découvrez également :
- Bancs solaires : quels risques pour le cancer de la peau ?
- Dépistage du cancer en Belgique : quels examens, pour qui et à quel âge ?
- Cancer et système immunitaire : comment notre organisme se défend-il ?
Sources
- Organisation mondiale de la Santé – Rayonnement ultraviolet : risques pour la santé et protection
- Organisation mondiale de la Santé – Se protéger contre le cancer de la peau
- Organisation mondiale de la Santé – Effets connus des rayonnements ultraviolets sur la santé
- Fondation contre le Cancer – Cancer de la peau : prévention et protection solaire
- Fondation contre le Cancer – Les jeunes Belges ne se protègent pas assez des UV
- Code européen contre le cancer – Se protéger du soleil et éviter les bancs solaires
- Los Angeles Times – Retour des tendances de bronzage chez les adolescentes et jeunes adultes