L’aspartame fait régulièrement l’objet de controverses. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé « peut-être cancérogène pour l’homme ». Pourtant, le 10 septembre 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a de nouveau conclu à l’absence de préoccupation de sécurité aux niveaux actuels d’exposition dans le cadre de son évaluation du sel d’aspartame-acésulfame. Deux conclusions contradictoires ? Pas vraiment. Tout repose sur une distinction essentielle entre « danger » et « risque ».
L’aspartame est probablement l’un des additifs alimentaires les plus connus… et l’un des plus controversés.
Boissons « zéro » ou « light », chewing-gums, desserts, produits laitiers, édulcorants de table : cet édulcorant artificiel possède un pouvoir sucrant environ 200 fois supérieur à celui du sucre.
Dans l’Union européenne, il est identifié sous le numéro E951.
Mais depuis plusieurs années, une question revient régulièrement :
l’aspartame peut-il provoquer un cancer ?
La réponse scientifique mérite davantage qu’un simple « oui » ou « non ».
Que vient réellement de décider l’Europe ?
Le 10 septembre 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié les conclusions de sa réévaluation du sel d’aspartame-acésulfame (E962).
Cet édulcorant associe deux substances :
- l’aspartame (E951) ;
- l’acésulfame K (E950).
Une fois consommé, l’E962 se dissocie en ces deux composants.
Après analyse des données disponibles, les experts européens concluent que les utilisations et niveaux d’exposition actuellement rapportés ne soulèvent pas de préoccupation en matière de sécurité.
C’est une nuance importante.
L’EFSA ne dit pas qu’une quantité illimitée d’aspartame serait sans danger.
Elle évalue le risque aux niveaux auxquels les consommateurs sont réellement exposés.
L’Europe maintient la limite de 40 mg/kg par jour
L’EFSA a également reconfirmé la dose journalière admissible (DJA) de l’aspartame :
40 mg par kilogramme de poids corporel et par jour.
Cette limite correspond à la quantité pouvant être consommée quotidiennement au cours de la vie sans risque appréciable pour la santé selon les connaissances disponibles.
Pour une personne de 70 kg, cela correspond théoriquement à :
2 800 mg d’aspartame par jour.
Mais attention : la DJA n’est pas un objectif de consommation.
C’est une limite toxicologique de sécurité, construite avec des marges de sécurité.
L’EFSA indique par ailleurs que les estimations actuelles d’exposition des différentes classes d’âge restent inférieures aux DJA établies.
Mais alors, pourquoi l’OMS avait-elle parlé de cancérogène ?
C’est ici que naît une grande partie de la confusion.
En juillet 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), agence spécialisée de l’OMS, a classé l’aspartame dans le :
Groupe 2B — « peut-être cancérogène pour l’homme ».
Cette décision avait provoqué une avalanche de titres inquiétants.
Pourtant, elle ne signifiait pas :
« L’aspartame provoque le cancer lorsqu’on en consomme normalement. »
Le CIRC avait conclu à des indications limitées de cancérogénicité chez l’être humain, notamment concernant le carcinome hépatocellulaire, un cancer primitif du foie. Les indications étaient également limitées chez l’animal et concernant les mécanismes biologiques.
⚠️ « Cancérogène possible » ne signifie pas « risque élevé de cancer »
C’est probablement le point le plus important à comprendre.
Le CIRC cherche principalement à identifier un danger.
Autrement dit :
une substance est-elle capable, dans certaines circonstances, de provoquer un cancer ?
Une évaluation du risque pose une autre question :
quelle est la probabilité que cela arrive aux niveaux auxquels les humains sont réellement exposés ?
Ce ne sont pas les mêmes questions.
La classification du CIRC indique donc principalement le niveau de preuve scientifique concernant un danger cancérogène potentiel, et non l’importance du risque individuel associé à une consommation donnée.
Et l’OMS n’avait pas recommandé d’interdire l’aspartame
Autre élément souvent oublié : parallèlement au classement du CIRC en 2023, le comité d’experts FAO/OMS chargé d’évaluer les additifs alimentaires — le JECFA — avait lui aussi étudié l’aspartame.
Sa conclusion ?
Les données disponibles ne justifiaient pas de modifier la dose journalière admissible.
Le JECFA a donc maintenu :
0 à 40 mg/kg de poids corporel par jour.
Il estimait que les preuves d’une association entre consommation d’aspartame et cancer chez l’être humain n’étaient pas convaincantes.
Autrement dit, dès 2023, deux organismes liés à l’OMS pouvaient simultanément dire :
« il existe un danger cancérogène possible »
et
« aux niveaux d’exposition autorisés, les données ne justifient pas de modifier la limite de sécurité ».
Ces affirmations ne sont pas nécessairement contradictoires.
Combien faudrait-il en consommer pour dépasser la limite ?
L’OMS avait donné en 2023 un exemple particulièrement parlant.
Pour un adulte de 70 kg, avec une canette de boisson contenant environ 200 à 300 mg d’aspartame, il faudrait consommer plus de 9 à 14 canettes par jour pour dépasser la DJA de 40 mg/kg — en supposant qu’aucune autre source d’aspartame ne soit consommée.
La quantité réelle varie évidemment fortement selon les produits.
Il ne faut donc pas transformer ce calcul en recommandation de consommation.
Mais il permet de comprendre la différence entre la présence d’un danger potentiel et l’exposition réelle à ce danger.
Que disait déjà l’EFSA sur l’aspartame ?
L’aspartame lui-même avait fait l’objet d’une réévaluation complète par l’EFSA en 2013.
Après analyse des études animales et humaines disponibles, l’agence européenne avait conclu que l’aspartame et ses produits de dégradation étaient sûrs pour la population générale aux niveaux d’exposition considérés.
La DJA de 40 mg/kg/jour avait été maintenue.
La publication de septembre 2026 porte donc principalement sur E962, et non sur une nouvelle réévaluation complète indépendante de l’E951.
C’est une distinction importante lorsqu’on interprète les titres d’actualité.
L’aspartame est-il donc totalement innocent ?
La formulation scientifique la plus correcte serait :
aux niveaux actuels d’exposition, les autorités européennes ne considèrent pas que l’aspartame présente une préoccupation de sécurité pour la population générale.
Cela ne signifie pas que toute question scientifique est définitivement close.
Le classement du CIRC reposait justement sur certaines observations nécessitant davantage de recherches.
L’OMS soulignait en 2023 que de meilleures études seraient nécessaires pour préciser l’existence éventuelle d’un risque cancérogène.
La science ne fonctionne pas en déclarant une substance « bonne » ou « mauvaise » pour toujours.
Elle réévalue régulièrement les données disponibles.
Une exception importante : la phénylcétonurie
Il existe cependant une population pour laquelle les recommandations habituelles concernant l’aspartame ne s’appliquent pas :
les personnes atteintes de phénylcétonurie (PCU).
L’aspartame est notamment dégradé en phénylalanine.
Les personnes atteintes de cette maladie métabolique doivent contrôler très strictement leur apport en phénylalanine.
C’est pourquoi les aliments contenant de l’aspartame portent un avertissement spécifique.
Remplacer le sucre par de l’aspartame est-il forcément meilleur pour la santé ?
C’est encore une autre question.
La sécurité toxicologique d’un édulcorant ne signifie pas nécessairement que sa consommation apporte un bénéfice pour la santé.
Un produit peut être considéré comme sûr dans les quantités autorisées sans pour autant devenir un aliment à privilégier.
L’alimentation doit être considérée dans son ensemble :
- qualité nutritionnelle ;
- quantité de boissons sucrées ou édulcorées ;
- consommation de fruits, légumes et fibres ;
- poids et santé métabolique ;
- alcool ;
- activité physique ;
- tabagisme.
Pour la prévention du cancer, il serait donc réducteur de concentrer toute l’attention sur un seul additif.
Et pour une personne atteinte d’un cancer ?
À l’heure actuelle, il n’existe pas de recommandation générale demandant aux patients atteints d’un cancer de supprimer systématiquement l’aspartame de leur alimentation.
Un patient peut évidemment choisir de ne pas en consommer.
Mais il n’existe pas de preuve clinique démontrant que supprimer l’aspartame traite un cancer, améliore l’efficacité de la chimiothérapie ou diminue le risque de récidive.
Pendant les traitements, les priorités nutritionnelles peuvent d’ailleurs être très différentes selon la situation : maintenir les apports énergétiques et protéiques, prévenir la dénutrition, préserver la masse musculaire ou adapter l’alimentation aux effets secondaires.
En cas de doute, mieux vaut en discuter avec un diététicien spécialisé en oncologie plutôt que d’imposer seul des restrictions alimentaires.
Ce qu’il faut retenir
🥤 L’aspartame (E951) reste autorisé dans l’Union européenne.
🇪🇺 Le 10 septembre 2026, l’EFSA a conclu que le sel d’aspartame-acésulfame (E962) ne soulève pas de préoccupation de sécurité aux niveaux actuels d’exposition. Elle a également reconfirmé pour l’aspartame une DJA de 40 mg/kg de poids corporel par jour.
🔬 En 2023, le CIRC a cependant classé l’aspartame « peut-être cancérogène pour l’homme » (groupe 2B) en raison d’indications limitées.
Ces conclusions ne sont pas aussi contradictoires qu’elles le paraissent :
le CIRC évalue principalement l’existence potentielle d’un danger ; l’EFSA et le JECFA évaluent le risque en tenant compte notamment des niveaux d’exposition.
À retenir : les données actuelles ne justifient pas d’affirmer que la consommation habituelle d’aspartame augmente le risque de cancer. Mais « considéré comme sûr aux niveaux actuels d’exposition » est scientifiquement plus juste que « totalement sans risque ».
Pour aller plus loin
Sur Oncostar :
Surpoids et cancer : un IMC élevé serait associé à 19 types de cancers
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Sources scientifiques et références
🇪🇺 Références européennes
EFSA — Aspartame (mise à jour du 10 septembre 2026)
Présentation de l’évaluation européenne de l’aspartame et de la DJA de 40 mg/kg/jour.
Consulter la page de l’EFSA
EFSA — Réévaluation du sel d’aspartame-acésulfame (E962), 10 septembre 2026
L’EFSA conclut à l’absence de préoccupation de sécurité aux niveaux actuels d’exposition.
Consulter la nouvelle évaluation
🌍 Références internationales
OMS / CIRC / JECFA — Évaluation de l’aspartame, 2023
Le CIRC classe l’aspartame dans le groupe 2B tandis que le JECFA maintient la DJA à 40 mg/kg/jour.
Consulter le communiqué de l’OMS en français
CIRC — Monographies, volume 134
Évaluation détaillée du danger cancérogène potentiel de l’aspartame.
Consulter le dossier du CIRC
JECFA — Aspartame
Base officielle FAO/OMS : DJA de 0 à 40 mg/kg de poids corporel.
Consulter l’évaluation JECFA
📖 Glossaire
Aspartame (E951) : édulcorant artificiel environ 200 fois plus sucrant que le sucre.
E962 : sel d’aspartame-acésulfame, composé associant aspartame et acésulfame.
DJA : dose journalière admissible, quantité pouvant être consommée quotidiennement pendant toute une vie sans risque appréciable selon l’évaluation toxicologique.
CIRC/IARC : agence de recherche sur le cancer de l’OMS spécialisée notamment dans l’identification des dangers cancérogènes.
EFSA : Autorité européenne de sécurité des aliments.
JECFA : comité scientifique conjoint FAO/OMS chargé notamment d’évaluer les risques liés aux additifs alimentaires.
Phénylcétonurie : maladie métabolique héréditaire imposant de contrôler très strictement l’apport en phénylalanine.
🔬 Niveau de preuve scientifique
★★★★★ La DJA de l’aspartame est actuellement fixée à 40 mg/kg/jour par l’EFSA et le JECFA.
★★★★★ Les niveaux d’exposition actuels ne soulèvent pas de préoccupation de sécurité selon l’EFSA.
★★★★★ Le CIRC classe l’aspartame comme “peut-être cancérogène” (groupe 2B). Cette classification porte sur un danger potentiel et repose sur des indications limitées.
★★☆☆☆ Une association entre consommation habituelle d’aspartame et cancer chez l’être humain : certaines observations existent, mais les données sont limitées et ne permettent pas d’établir un lien causal convaincant.
☆☆☆☆☆ « Consommer de l’aspartame donne le cancer » : cette affirmation n’est pas étayée par les données scientifiques actuelles.
Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.
Cet article est destiné à l’information générale et ne remplace pas un avis médical ou nutritionnel personnalisé.