En 2021, alors que la vaccination contre le Covid-19 débutait à grande échelle, une question préoccupait particulièrement les personnes atteintes d’un cancer :
Le vaccin fonctionne-t-il aussi bien lorsque le système immunitaire est fragilisé par la maladie ou par les traitements ?
En Belgique, des chercheurs de l’Universitair Ziekenhuis Antwerpen, en collaboration avec Sciensano, ont lancé l’étude B-VOICE pour tenter d’y répondre.
Les premiers résultats ont montré que la réponse n’était pas simplement « oui » ou « non ».
La majorité des patients étudiés développaient des anticorps après la vaccination. Mais chez certains d’entre eux, la réponse était plus lente ou moins importante que chez les personnes sans cancer, en particulier avec certains traitements.
Cinq ans plus tard, que faut-il réellement retenir de cette étude ?
D’abord, à quoi servent les anticorps ?
Lorsqu’une personne reçoit un vaccin, son système immunitaire apprend à reconnaître un agent infectieux.
Il peut alors mobiliser plusieurs mécanismes de défense.
Les anticorps sont des protéines capables de reconnaître une cible précise. Dans le cas du Covid-19, ils peuvent notamment contribuer à empêcher le virus d’entrer dans les cellules.
Mais ils ne constituent qu’une partie de notre système de défense.
Le corps peut également faire intervenir :
- les lymphocytes B, qui participent à la production d’anticorps et à la mémoire immunitaire ;
- les lymphocytes T, qui peuvent reconnaître et éliminer certaines cellules infectées ;
- d’autres mécanismes de l’immunité.
C’est un point essentiel pour comprendre les résultats chez les personnes atteintes d’un cancer.
Ce que l’étude belge B-VOICE a découvert
L’étude belge a suivi des personnes atteintes d’un cancer recevant différents types de traitements.
Après deux doses du vaccin à ARN messager BNT162b2, les chercheurs ont observé que la réponse en anticorps pouvait être retardée et diminuée chez certains patients.
Cette diminution était notamment observée chez des personnes recevant certains traitements comme la chimiothérapie ou le rituximab, un médicament qui agit sur les lymphocytes B.
Cela ne signifiait pas que tous les patients atteints d’un cancer répondaient mal au vaccin.
Au contraire, les résultats ont surtout montré une grande diversité des réponses immunitaires.
Pourquoi le cancer peut-il modifier la réponse à un vaccin ?
Le terme « cancer » regroupe de nombreuses maladies très différentes.
Une personne atteinte d’un cancer du sein traité par hormonothérapie ne se trouve pas dans la même situation immunitaire qu’une personne atteinte d’une leucémie ou d’un lymphome.
La réponse au vaccin peut notamment dépendre :
- du type de cancer ;
- du stade de la maladie ;
- du traitement reçu ;
- du moment de la vaccination par rapport aux traitements ;
- de l’âge ;
- de l’état général du patient.
Certaines thérapies anticancéreuses ont relativement peu d’effet sur la capacité à produire des anticorps.
D’autres agissent directement sur les cellules du système immunitaire.
C’est particulièrement important pour certains cancers du sang et pour les traitements qui ciblent les lymphocytes B. Les données accumulées depuis 2021 confirment que les réponses vaccinales sont très variables selon la maladie et le traitement.
Moins d’anticorps ne signifie pas « aucune protection »
C’est probablement le message le plus important de cet article.
On pourrait être tenté de penser :
Peu d’anticorps = vaccin inutile.
Ce raisonnement est trop simple.
Les chercheurs de B-VOICE ont également étudié l’immunité cellulaire, notamment la réponse des lymphocytes T.
Après deux doses, la réponse en anticorps était réduite chez certains patients atteints d’un cancer, tandis que leur réponse cellulaire pouvait être davantage comparable à celle observée chez des personnes sans cancer.
Un dosage sanguin des anticorps ne raconte donc pas toute l’histoire.
Il mesure une partie de la réponse immunitaire, mais pas nécessairement l’ensemble de la protection d’une personne.
Et les doses supplémentaires ?
Après les premiers résultats, une nouvelle question s’est posée :
Une dose supplémentaire pouvait-elle aider les patients qui avaient moins bien répondu ?
Les chercheurs belges ont poursuivi leurs travaux.
Le suivi de la cohorte B-VOICE a montré qu’une troisième dose pouvait augmenter les taux d’anticorps chez de nombreux patients. Les études menées ensuite ont confirmé l’intérêt des rappels pour renforcer la réponse immunitaire de nombreuses personnes immunodéprimées, même si certains groupes restent moins répondeurs.
Là encore, il n’existe pas une réponse identique pour tous les patients.
Pourquoi certains cancers du sang restent-ils particulièrement concernés ?
Les cancers hématologiques, comme certaines leucémies, certains lymphomes ou le myélome, peuvent toucher directement les cellules qui participent à la défense immunitaire.
Le traitement peut également jouer un rôle majeur.
Le rituximab, par exemple, cible les cellules B. Or, ces cellules participent à la fabrication des anticorps.
Il est donc biologiquement compréhensible qu’une personne recevant ce type de traitement puisse produire moins d’anticorps après une vaccination.
Les analyses publiées jusqu’en 2025 continuent de montrer que les personnes atteintes de certaines maladies hématologiques constituent un groupe particulièrement hétérogène et parfois moins répondeur, même si les doses supplémentaires peuvent améliorer la réponse chez une partie d’entre elles.
Cinq ans plus tard, l’étude belge reste-t-elle utile ?
Oui.
Pas parce que nous vivons encore la même situation qu’en 2021, mais parce que B-VOICE a permis de mieux comprendre une question beaucoup plus large :
Pourquoi une vaccination ne provoque-t-elle pas exactement la même réponse immunitaire chez tous les patients ?
Les recherches belges se sont d’ailleurs poursuivies au-delà des premiers résultats. Sciensano a continué à participer à des travaux sur la réponse immunitaire, la protection et la sécurité de la vaccination chez les personnes atteintes d’un cancer.
En 2025, une nouvelle analyse issue du suivi de patients vaccinés atteints d’un cancer a encore cherché à mieux comprendre le lien entre le niveau d’anticorps et la protection contre l’infection.
Faut-il faire mesurer ses anticorps après une vaccination ?
Pas automatiquement.
Un dosage d’anticorps peut répondre à certaines questions scientifiques ou médicales précises, mais il ne permet pas toujours de déterminer à lui seul si une personne est « protégée » ou « non protégée ».
Pourquoi ?
Parce que la protection dépend également :
- de l’immunité cellulaire ;
- du variant du virus en circulation ;
- du temps écoulé depuis la vaccination ou une infection ;
- de l’état immunitaire de la personne.
La décision de réaliser un test ou d’adapter une stratégie vaccinale doit donc être discutée avec l’équipe médicale lorsque la situation le justifie.
En 2026, faut-il encore parler du Covid aux patients atteints d’un cancer ?
Oui, mais différemment qu’en 2021.
Le Covid-19 n’occupe plus la même place dans la vie quotidienne, et les stratégies de vaccination ont évolué. En Belgique, les recommandations pour la saison 2025-2026 continuaient à accorder une attention particulière aux personnes présentant un risque accru de forme sévère.
Pour une personne atteinte d’un cancer, la question ne devrait donc pas être :
« Tous les patients doivent-ils faire exactement la même chose ? »
Mais plutôt :
« Quelle recommandation correspond à mon cancer, à mon traitement et à ma situation actuelle ? »
L’oncologue, l’hématologue ou le médecin traitant reste le meilleur interlocuteur pour répondre à cette question.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
Les résultats de B-VOICE ne signifient pas :
- que les vaccins contre le Covid ne fonctionnent pas chez les personnes atteintes d’un cancer ;
- que tous les cancers diminuent la réponse vaccinale ;
- qu’un faible taux d’anticorps signifie automatiquement une absence de protection ;
- qu’il faut modifier ou interrompre un traitement anticancéreux pour recevoir un vaccin ;
- qu’un patient doit multiplier les doses sans avis médical.
L’étude montre surtout que la réponse immunitaire doit être comprise de manière personnalisée.
Le message à retenir
L’étude belge B-VOICE a montré dès 2021 que certaines personnes atteintes d’un cancer pouvaient produire moins d’anticorps après deux doses de vaccin contre le Covid-19.
Mais cinq années de recherche ont permis de préciser le message.
La majorité des patients peuvent développer une réponse immunitaire. Cette réponse varie cependant selon le cancer et les traitements. Les anticorps ne représentent qu’une partie de la protection, et les doses supplémentaires ont permis d’améliorer la réponse chez de nombreuses personnes.
La principale leçon est peut-être plus large que le Covid lui-même : deux patients atteints d’un cancer ne possèdent pas nécessairement le même système immunitaire ni la même réponse à une vaccination.
C’est pourquoi les conseils personnalisés de l’équipe médicale restent essentiels.
Pour aller plus loin sur Oncostar
- Vitamine D et cancer : quel rôle dans les soins de support ?
- Existe-t-il vraiment un vaccin universel contre le cancer ?
- Les soins de support en oncologie : accompagner la personne pendant et après le cancer
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Sources
- Sciensano – Premiers résultats belges de l’étude B-VOICE sur la vaccination Covid-19 chez les patients atteints d’un cancer
- B-VOICE – Réponse immunitaire après deux doses du vaccin BNT162b2 chez des patients atteints d’un cancer
- PubMed – Reduced humoral immune response after BNT162b2 vaccination in cancer patients
- B-VOICE – Réponse en anticorps avant et après une troisième dose
- Clinical Cancer Research – Réponses immunitaires humorales et cellulaires après vaccination
- Sciensano – Projet belge REAL-V sur la protection et la sécurité vaccinale chez les patients atteints d’un cancer
- Sciensano – Programme belge BelCoVac
- Revue scientifique 2025 – Vaccination Covid-19 et cancers hématologiques
- Scientific Reports 2025 – Anticorps et protection contre le Covid-19 chez les patients atteints d’un cancer
- Conseil Supérieur de la Santé – Stratégie belge de vaccination Covid-19 pour la saison 2025-2026