Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents en Belgique. Pourtant, il possède une particularité importante : il peut souvent être détecté avant même l’apparition des premiers symptômes, parfois au stade de lésions précancéreuses.
Le test existe. Il est simple. Il est gratuit pour les personnes concernées par les programmes organisés de dépistage.
Et pourtant, une partie importante de la population ne le réalise toujours pas.
Alors, pourquoi le dépistage du cancer colorectal est-il si important ? Comment fonctionne le test ? Et surtout, pourquoi ne faut-il pas attendre d’avoir des symptômes pour agir ?
Un cancer fréquent en Belgique
Le cancer colorectal touche le côlon ou le rectum.
Avec près de 8 000 nouveaux diagnostics par an, il fait partie des cancers les plus fréquents dans notre pays. Les données belges montrent également que le stade auquel la maladie est découverte joue un rôle majeur dans les chances de survie.
Mais derrière ces chiffres se cache une particularité essentielle.
Le cancer colorectal ne se développe généralement pas du jour au lendemain.
Dans de nombreux cas, son évolution commence par une petite lésion de la paroi du côlon ou du rectum, appelée polype ou adénome. Certaines de ces lésions peuvent progressivement évoluer vers un cancer.
Cette transformation peut prendre plusieurs années.
Et c’est précisément cette période qui rend le dépistage si utile.
Pourquoi dit-on que le meilleur traitement est parfois le dépistage ?
La formule peut sembler provocatrice.
Un dépistage n’est évidemment pas un traitement.
Mais dans le cas du cancer colorectal, il peut permettre de découvrir une anomalie avant qu’elle ne provoque des symptômes, voire d’identifier certaines lésions avant leur transformation en cancer.
C’est ce qui distingue le dépistage d’une consultation motivée par un problème de santé.
Lorsqu’une personne consulte parce qu’elle présente des saignements, des douleurs, une modification persistante du transit ou une anémie, il ne s’agit plus réellement de dépistage : il s’agit de rechercher la cause de symptômes déjà présents.
Le dépistage, lui, s’adresse à des personnes qui se sentent généralement en bonne santé.
Et c’est justement tout son intérêt.
Le cancer colorectal peut évoluer sans provoquer de symptômes
L’une des difficultés de ce cancer est qu’il peut rester silencieux pendant longtemps.
Une personne peut avoir une lésion ou un cancer à un stade précoce sans ressentir de douleur particulière et sans observer de changement évident.
C’est pourquoi attendre de « sentir quelque chose » n’est pas une stratégie de prévention suffisante.
Lorsque des symptômes apparaissent, ils peuvent notamment prendre la forme :
- de sang visible dans les selles ;
- d’une modification inhabituelle et persistante du transit ;
- de douleurs abdominales ;
- d’une fatigue inexpliquée ;
- d’une anémie ;
- d’une perte de poids sans raison évidente.
La présence de l’un de ces signes ne signifie pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer. Mais elle mérite un avis médical.
Important : une personne qui présente des symptômes ne doit pas attendre le prochain test de dépistage. Elle doit en parler à un médecin.
Détecté tôt, le pronostic est très différent
Tous les cancers colorectaux ne sont pas découverts au même stade.
Lorsqu’une tumeur reste localisée à la paroi du côlon ou du rectum, les possibilités de traitement et les chances de survie sont très différentes de celles d’un cancer ayant atteint des ganglions ou d’autres organes.
Les données belges les plus récentes confirment que la survie dépend fortement du stade au diagnostic. Pour les cancers colorectaux diagnostiqués au stade I, la survie à cinq ans dépasse 90 %.
Voilà pourquoi quelques mois ou quelques années peuvent faire une différence majeure.
Le dépistage ne promet pas qu’aucun cancer n’apparaîtra.
Il augmente la possibilité de le découvrir plus tôt.
Le test recherche du sang invisible dans les selles
En Belgique, le dépistage organisé repose principalement sur un test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles, souvent appelé FIT ou iFOBT.
Le principe est simple.
Certaines lésions du côlon ou du rectum peuvent provoquer de très petits saignements. Ceux-ci sont parfois invisibles à l’œil nu.
Le test recherche donc la présence de traces de sang dans un petit prélèvement de selles.
Il se réalise à domicile.
En pratique, il faut effectuer le prélèvement selon les instructions fournies avec le kit, puis l’envoyer pour analyse.
Le dépistage organisé est proposé tous les deux ans aux personnes de 50 à 74 ans en Belgique, selon les modalités propres à chaque région.
Un test positif ne signifie pas que vous avez un cancer
C’est une crainte fréquente.
Si le test détecte du sang, cela ne signifie pas automatiquement qu’un cancer est présent.
D’autres causes peuvent expliquer un saignement.
Mais un résultat positif signifie qu’un examen complémentaire est nécessaire.
La coloscopie permet alors d’examiner l’intérieur du côlon et du rectum. Elle peut permettre d’identifier l’origine du saignement, de repérer une lésion et, dans certains cas, de retirer directement certains polypes.
Il est donc important de distinguer deux étapes :
le test de selles sert à repérer les personnes qui doivent bénéficier d’examens complémentaires ; la coloscopie permet d’explorer le côlon plus précisément.
En Wallonie, le test est gratuit et accessible
Pour les personnes âgées de 50 à 74 ans concernées par le programme organisé en Wallonie, le test peut être obtenu gratuitement.
Il est notamment possible de se le procurer :
- via le programme de dépistage ;
- auprès d’un médecin ;
- ou en pharmacie, selon les modalités prévues.
Le test est à réaliser tous les deux ans lorsque la personne remplit les conditions du programme.
Pour commander un kit en Wallonie :
Demander un kit gratuit de dépistage du cancer colorectal
À Bruxelles, les personnes âgées de 50 à 74 ans peuvent également accéder gratuitement au dépistage organisé. Le test peut notamment être obtenu en pharmacie.
Les modalités étant différentes selon la région de résidence, il est important de se référer au programme officiel correspondant.
Le problème n’est plus seulement le test : c’est la participation
Nous savons depuis longtemps que le dépistage du cancer colorectal peut réduire la mortalité.
Le défi est ailleurs.
Il faut que les personnes concernées réalisent réellement le test.
Les programmes organisés n’obtiennent pas partout la même participation. Les données disponibles montrent des différences importantes entre régions et entre pays européens. La Flandre atteint une participation proche de 50 %, tandis que les performances sont plus faibles en Wallonie et à Bruxelles.
À l’échelle européenne, une participation élevée est considérée comme essentielle pour qu’un programme de dépistage produise pleinement ses effets sur la santé publique.
Autrement dit, disposer d’un bon test ne suffit pas.
Encore faut-il le faire.
Pourquoi tant de personnes ne participent-elles pas ?
Les raisons peuvent être très différentes.
Certaines personnes n’ont jamais entendu parler du programme.
D’autres pensent que l’absence de symptômes signifie qu’elles ne sont pas concernées.
Il peut également y avoir :
- de la gêne face au prélèvement de selles ;
- la peur du résultat ;
- une mauvaise compréhension du fonctionnement du test ;
- le sentiment de ne pas être à risque ;
- l’oubli du kit reçu ;
- la crainte d’une éventuelle coloscopie.
Ces freins sont compréhensibles.
Mais le principe même du dépistage est de rechercher une anomalie avant qu’elle ne devienne visible ou symptomatique.
Se sentir bien ne signifie donc pas que le test est inutile.
C’est même précisément lorsque l’on ne ressent rien que le dépistage organisé prend tout son sens.
Le médecin généraliste peut jouer un rôle essentiel
Un courrier, une campagne d’information ou un message sur les réseaux sociaux peuvent sensibiliser.
Mais une question simple posée en consultation peut parfois être beaucoup plus efficace :
« Avez-vous fait votre test de dépistage du cancer colorectal ? »
Le médecin généraliste connaît l’âge, les antécédents personnels et familiaux ainsi que l’état de santé de son patient.
Il peut également déterminer si le dépistage organisé est adapté ou si une autre surveillance est nécessaire.
Car tout le monde ne relève pas du même parcours.
Une personne ayant des antécédents familiaux importants, certaines maladies digestives ou des symptômes peut nécessiter une stratégie différente.
Et si un membre de ma famille a eu un cancer colorectal ?
Les antécédents familiaux peuvent modifier le niveau de risque.
Le nombre de proches concernés, leur degré de parenté et l’âge auquel le cancer a été diagnostiqué sont notamment importants.
Dans certaines familles, une surveillance plus précoce ou différente du programme standard peut être proposée.
Il ne faut donc pas simplement attendre d’atteindre l’âge du dépistage organisé si plusieurs membres de la famille ont été touchés ou si un proche a développé la maladie jeune.
Dans cette situation, parlez-en à votre médecin.
Pourquoi parle-t-on davantage des cancers colorectaux chez les personnes jeunes ?
Depuis plusieurs années, des chercheurs observent une augmentation de l’incidence du cancer colorectal chez des adultes plus jeunes dans plusieurs pays.
La Belgique fait également l’objet de recherches sur cette évolution. Une étude publiée en 2026 s’est spécifiquement intéressée aux tendances d’incidence et de mortalité selon l’âge dans notre pays.
Cela ne signifie pas que tous les jeunes adultes doivent réaliser le même dépistage que les personnes de 50 à 74 ans.
Mais cette évolution rappelle une règle essentielle :
des symptômes persistants doivent être pris au sérieux, quel que soit l’âge.
Un saignement dans les selles ne doit pas être systématiquement attribué aux hémorroïdes sans évaluation médicale.
Une modification durable du transit ne doit pas être ignorée pendant des mois.
Et une anémie inexpliquée mérite d’en rechercher la cause.
Dépistage et prévention : ce n’est pas exactement la même chose
On utilise parfois les deux mots comme s’ils étaient synonymes.
Ils ne le sont pas tout à fait.
La prévention cherche à réduire le risque de développer une maladie.
Le dépistage cherche à détecter une maladie ou une lésion précancéreuse le plus tôt possible chez une personne qui ne présente pas de symptômes.
Dans le cancer colorectal, les deux approches sont complémentaires.
Certains facteurs liés au mode de vie sont associés au risque de cancer colorectal. Mais aucune habitude alimentaire, aucune activité physique et aucun mode de vie ne peuvent garantir qu’une personne ne développera jamais la maladie.
Une bonne hygiène de vie ne remplace donc pas le dépistage.
👉 Sur Oncostar, nous avons également consacré un article aux différentes formes de dépistage et à leur organisation en Belgique
Le message à retenir
Le cancer colorectal est fréquent.
Mais il possède une caractéristique importante : il peut souvent être détecté tôt, parfois avant l’apparition des symptômes.
Le test de dépistage est simple, réalisé à domicile et proposé gratuitement aux personnes concernées par les programmes organisés.
Un résultat positif ne signifie pas automatiquement qu’un cancer est présent.
Et surtout, l’absence de symptômes ne signifie pas que le dépistage est inutile.
Si vous avez entre 50 et 74 ans, demandez-vous simplement :
Quand ai-je réalisé mon dernier test de dépistage du cancer colorectal ?
Et si vous ne connaissez pas la réponse, c’est peut-être une bonne question à poser à votre médecin ou à votre pharmacien.
Pour aller plus loin
Le dépistage du cancer colorectal s’inscrit dans une démarche plus large de prévention et de détection précoce des cancers. Pour approfondir ces sujets, découvrez également :
- Dépistage du cancer en Belgique : quels examens, pour qui et à quel âge ?
- Sucre et cancer : ce que l’on sait vraiment
- Cancer et système immunitaire : comment notre organisme se défend-il ?
Sources
- Belgian Cancer Registry – Chiffres belges sur le cancer colorectal, les stades au diagnostic et la survie
- AVIQ – Informations officielles sur le dépistage du cancer colorectal en Wallonie
- Centre Communautaire de Référence – Commander un kit gratuit de dépistage du cancer colorectal en Wallonie
- Vivalis – Dépistage du cancer colorectal en Région de Bruxelles-Capitale
- Belgian Cancer Registry – Survie des cancers colorectaux détectés dans le cadre du dépistage organisé
- Belgian Cancer Registry – Évolution du cancer colorectal chez les adultes jeunes en Belgique
- Organisation mondiale de la Santé – Cancer colorectal : prévention, dépistage et facteurs de risque