« Profite, ça va te changer les idées. »
La phrase part souvent d’une bonne intention.
Mais peut-on vraiment mettre le cancer dans une valise… et le laisser à la maison ?
Partir quelques jours. Changer d’air. Voir la mer, retrouver sa famille, marcher en montagne ou simplement dormir ailleurs.
Pour beaucoup, les vacances sont associées à une pause. Une parenthèse pendant laquelle on essaie d’oublier le travail, les contraintes et les soucis du quotidien.
Mais lorsqu’un cancer est entré dans une vie, prendre des vacances ne signifie pas nécessairement prendre des vacances de la maladie.
Le corps peut rester fatigué. Les rendez-vous continuent d’exister dans l’agenda. Les médicaments voyagent dans la valise. Et les pensées, elles, ne disparaissent pas toujours avec le changement de décor.
Alors, peut-on vraiment décrocher du cancer ?
La réponse est sans doute différente pour chaque personne.
Changer de lieu ne suffit pas toujours à changer ses pensées
Il arrive que l’on attende beaucoup des vacances.
« Une fois partis, on pourra souffler. »
« Ça nous fera oublier tout ça. »
« Là-bas, on ne parlera plus du cancer. »
Puis les vacances commencent… et le cancer est toujours là.
Une douleur inhabituelle peut réveiller une inquiétude. Une cicatrice reste visible dans le miroir. La fatigue impose de renoncer à une activité. Un prochain scanner revient soudainement à l’esprit.
Certaines personnes parviennent réellement à penser moins à la maladie pendant quelques heures ou quelques jours. D’autres non.
Les deux réactions sont normales.
Lorsqu’il devient difficile de trouver un peu de répit face à la peur, au stress ou à l’incertitude, un accompagnement peut parfois aider. Oncostar permet de trouver des professionnels sensibilisés aux réalités du cancer, notamment dans les domaines de la gestion des émotions, du stress et de l’anxiété.
Le cancer peut provoquer des émotions très différentes, qui évoluent avec le temps et parfois d’un jour à l’autre. Il n’existe pas une seule bonne manière de vivre cette période.
Le paradoxe des vacances : vouloir profiter… et ne pas y arriver
Les vacances peuvent créer une pression inattendue.
Il faut profiter.
Il faut être heureux d’être là.
Il faut créer de beaux souvenirs.
Il faut oublier les traitements.
Cette obligation de profiter peut devenir lourde.
Une personne touchée par le cancer peut se sentir coupable de ne pas être assez enthousiaste. Un proche peut être déçu de constater que le changement d’air n’a pas tout effacé.
Mais une semaine de vacances n’annule pas ce que la personne traverse.
On peut être heureux de regarder la mer et inquiet pour le prochain examen.
On peut rire à table et avoir peur quelques minutes plus tard.
On peut profiter d’une journée et avoir besoin de dormir le lendemain.
Ces émotions ne s’annulent pas. Elles peuvent coexister.
Et si décrocher ne voulait pas dire oublier ?
Peut-être que l’objectif des vacances ne devrait pas être d’oublier le cancer.
Car essayer de ne surtout pas y penser peut parfois donner encore plus de place à la maladie.
Décrocher peut simplement vouloir dire :
- ne pas parler du cancer pendant quelques heures ;
- retrouver une activité que l’on aime ;
- regarder autre chose que les murs d’un hôpital ;
- se réveiller sans devoir immédiatement courir à un rendez-vous ;
- partager un repas ;
- rire sans se demander si l’on a le droit ;
- retrouver, même brièvement, une sensation de normalité.
Le repos psychologique ne ressemble pas toujours à un grand moment de bonheur.
Parfois, une petite parenthèse suffit.
Les vacances ne doivent pas devenir une performance
Avant la maladie, certaines personnes pouvaient marcher toute une journée, visiter plusieurs villes en une semaine ou organiser chaque minute de leurs vacances.
Pendant ou après un cancer, le corps peut imposer un autre rythme.
La fatigue liée au cancer et aux traitements peut persister. Certaines activités peuvent devenir plus difficiles. Le soleil, la chaleur, les infections ou les déplacements peuvent aussi nécessiter davantage de précautions selon la situation médicale.
Adapter ses vacances n’est pas les rater.
Faire une sieste pendant que les autres vont se promener n’est pas gâcher la journée.
Choisir une destination plus proche n’est pas renoncer à voyager.
Rester à l’hôtel pendant une activité n’est pas un échec.
Les bonnes vacances sont celles qui respectent la réalité du moment.
Respecter son rythme peut aussi signifier adapter l’activité physique, apprendre à mieux gérer certains effets secondaires ou simplement accepter que le corps ne réponde pas comme avant. Les soins de support et l’activité physique adaptée après un cancer peuvent aider certaines personnes à retrouver progressivement davantage de confort et de confiance dans leurs capacités.
Les proches aussi peuvent avoir besoin de souffler
Le cancer ne touche pas uniquement la personne malade.
Les proches peuvent eux aussi vivre l’inquiétude, la fatigue, la colère ou le sentiment d’impuissance. Le National Cancer Institute rappelle que la maladie peut profondément affecter la famille et l’entourage.
Les vacances peuvent alors faire apparaître une question difficile :
A-t-on le droit de prendre du plaisir quand quelqu’un que l’on aime est malade ?
Certains proches culpabilisent de partir quelques jours.
D’autres n’osent plus organiser une activité sans la personne malade.
D’autres encore ont tellement pris l’habitude de surveiller, aider et anticiper qu’ils ne savent plus comment se reposer.
Pourtant, avoir besoin d’une pause ne signifie pas abandonner l’autre.
Un proche reste une personne.
Les proches peuvent eux aussi avoir besoin d’écoute, de soutien ou d’un espace où déposer ce qu’ils traversent. Vous pouvez également découvrir les organisations et associations qui accompagnent les personnes touchées par le cancer et leurs proches en Belgique.
Il peut aimer, soutenir et accompagner tout en ayant besoin de retrouver un peu d’énergie.
Partir peut aussi faire peur
Les vacances éloignent parfois de l’hôpital, de l’oncologue ou de l’équipe soignante.
Et cette distance peut inquiéter.
Que se passe-t-il si je me sens mal ?
Que faire si j’ai de la fièvre ?
Puis-je prendre l’avion ?
Comment transporter mes médicaments ?
Suis-je correctement assuré ?
Ces questions sont légitimes.
Selon le traitement, l’état de santé et la destination, un voyage peut demander une préparation particulière. La Fondation contre le Cancer rappelle qu’il est possible de voyager dans de nombreuses situations, mais que certains traitements ou déplacements nécessitent une organisation avec l’équipe médicale.
Avant un départ, il peut notamment être utile de vérifier :
- si le moment du voyage est compatible avec les traitements ;
- comment emporter et conserver les médicaments ;
- quels documents médicaux garder avec soi ;
- ce que couvre réellement l’assurance voyage ;
- qui contacter en cas de problème ;
- si certaines précautions sont nécessaires pour le soleil, les infections ou les déplacements.
Les recommandations doivent toujours être adaptées à la situation individuelle. Les ressources spécialisées conseillent de préparer le voyage avec l’équipe soignante et de vérifier les questions liées aux médicaments, aux documents médicaux et à l’assurance.
Parfois, les meilleures vacances sont plus simples qu’avant
Le cancer peut modifier la manière de voyager.
Un long séjour devient quelques jours.
Un avion devient une destination accessible en voiture.
Un programme chargé devient une journée sans horaire.
Un voyage à l’étranger devient un week-end dans les Ardennes ou à la côte belge.
Cela peut d’abord ressembler à une perte.
Mais certaines personnes découvrent aussi une autre manière de profiter : moins spectaculaire, moins organisée, parfois plus attentive au moment présent.
Il n’existe pas de vacances « réussies » selon un modèle unique.
Et si l’on ne peut pas partir ?
Les réseaux sociaux donnent parfois l’impression que tout le monde est ailleurs en été.
À la mer.
À la montagne.
Au soleil.
Mais le cancer peut aussi empêcher de partir.
À cause des traitements, de la fatigue, des finances, d’une hospitalisation ou simplement parce que la personne ne se sent pas capable de voyager.
Cela peut être particulièrement difficile à vivre.
Créer une parenthèse ne nécessite pourtant pas toujours de partir loin.
Un repas dehors.
Une journée sans rendez-vous.
Une promenade.
Une visite.
Un téléphone mis de côté pendant quelques heures.
Un endroit différent.
Ce n’est pas la distance parcourue qui détermine la valeur d’un moment.
Il n’est pas obligatoire d’être positif pendant les vacances
Le soleil ne fait pas disparaître la peur.
Un beau paysage ne supprime pas l’incertitude.
Et une photo souriante ne raconte jamais toute une journée.
Une personne touchée par le cancer n’a pas à transformer chaque instant en « leçon de vie ».
Elle a le droit de profiter.
Elle a le droit d’être triste.
Elle a le droit de parler de sa maladie.
Elle a aussi le droit de ne pas en parler.
Elle a le droit de changer d’avis.
Les vacances ne sont pas un test de courage ou de positivité.
Ce qu’il faut retenir
Peut-on vraiment décrocher du cancer pendant les vacances ?
Peut-être pas complètement.
Et ce n’est pas grave.
L’objectif n’est pas nécessairement d’oublier la maladie, de redevenir « comme avant » pendant une semaine ou de profiter de chaque seconde.
Parfois, partir permet simplement de créer un peu d’espace autour du cancer.
Un espace pour respirer.
Pour retrouver une personne que l’on aime.
Pour faire quelque chose qui n’a rien à voir avec la maladie.
Pour se rappeler que, même lorsqu’un cancer prend beaucoup de place, il ne résume jamais toute une personne ni toute une vie.
Les vacances ne mettent pas toujours le cancer sur pause.
Mais elles peuvent parfois offrir quelques moments où la maladie prend un peu moins de place.
Pour aller plus loin
- Trouver un professionnel pour vous accompagner face au cancer
- Découvrir les organisations et associations autour du cancer en Belgique
- Activité physique, récupération et soins de support en oncologie