Une vaste étude française publiée dans le BMJ a mis en évidence une légère augmentation du risque de méningiome intracrânien chez les femmes utilisant de façon prolongée une pilule contraceptive contenant 75 µg de désogestrel. Le signal apparaît surtout après plus de cinq années d’utilisation continue et augmente avec la durée. Mais le risque absolu reste très faible et ne justifie pas d’arrêter seule sa contraception.
Le désogestrel est un progestatif utilisé dans différentes contraceptions hormonales.
Comme d’autres médicaments hormonaux, ses effets à long terme font l’objet d’une surveillance régulière.
Une étude française de grande ampleur apporte aujourd’hui des informations importantes sur une question particulière :
une utilisation prolongée du désogestrel peut-elle favoriser l’apparition d’un méningiome ?
La réponse semble être oui, légèrement, dans certaines conditions d’utilisation.
Mais les chiffres doivent être correctement interprétés.
Qu’est-ce qu’un méningiome ?
Le méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes entourant le cerveau et la moelle épinière.
Contrairement à ce que l’expression « tumeur cérébrale » pourrait laisser penser, le méningiome ne se développe généralement pas à partir des cellules du cerveau lui-même.
Et surtout :
la grande majorité des méningiomes ne sont pas cancéreux.
Ils peuvent néanmoins devenir problématiques en fonction de leur taille et de leur localisation.
Un méningiome peut notamment provoquer :
- des maux de tête ;
- des troubles visuels ;
- des crises d’épilepsie ;
- une faiblesse d’un membre ;
- des troubles neurologiques.
Certains nécessitent une surveillance, d’autres une chirurgie ou un traitement complémentaire.
Pourquoi les hormones sont-elles impliquées ?
Les méningiomes sont beaucoup plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.
De nombreuses tumeurs expriment également des récepteurs à la progestérone.
Depuis plusieurs années, un lien entre certains traitements progestatifs et le développement de méningiomes est bien documenté.
Le risque n’est cependant pas identique pour tous les progestatifs.
Des augmentations particulièrement importantes ont notamment été observées avec certains traitements tels que l’acétate de cyprotérone, le nomégestrol ou la chlormadinone.
La question était donc de savoir ce qu’il en était du désogestrel, très utilisé en contraception.
Une étude portant sur plus de 92 000 femmes
L’étude publiée en juin 2025 dans le BMJ a utilisé les données du Système national des données de santé français (SNDS).
Les chercheurs ont identifié :
8 391 femmes ayant subi une chirurgie pour un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023.
Chacune a été comparée à dix femmes sans méningiome, appariées notamment selon l’année de naissance et la région de résidence.
Au total :
92 301 femmes ont été étudiées.
Les chercheurs ont ensuite analysé l’utilisation de contraceptifs contenant :
- du désogestrel 75 µg ;
- du lévonorgestrel 30 µg ;
- ou du lévonorgestrel associé à un œstrogène.
Pour une utilisation courte, aucun signal particulier
C’est l’un des résultats les plus rassurants.
Chez les femmes utilisant le désogestrel sur une courte durée, les chercheurs n’ont pas observé d’augmentation statistiquement significative du risque.
Le rapport de cotes était de :
OR 1,02 — IC 95 % : 0,77 à 1,34.
Autrement dit, le risque était pratiquement identique à celui observé chez les femmes ne prenant pas ce contraceptif.
Le signal apparaît surtout après cinq ans
La situation devient différente lorsque l’utilisation se prolonge.
Pour une utilisation continue de cinq à sept ans, l’étude retrouve :
environ +51 % de risque relatif
OR : 1,51 — IC 95 % : 1,17 à 1,94.
Et après sept années ou davantage :
le risque relatif était approximativement doublé
OR : 2,09 — IC 95 % : 1,51 à 2,90.
Ces chiffres peuvent sembler inquiétants.
Mais ils doivent absolument être mis en perspective avec le risque absolu.
« Risque doublé » ne signifie pas qu’une femme sur deux développera une tumeur
C’est une distinction fondamentale.
Un doublement d’un événement extrêmement rare peut toujours correspondre à un événement extrêmement rare.
Les chercheurs estiment qu’il faudrait environ :
67 300 utilisatrices du désogestrel pour observer un cas supplémentaire de méningiome nécessitant une chirurgie
lorsque l’ensemble des durées d’utilisation est considéré.
Pour une utilisation de plus de cinq ans, l’estimation était d’environ :
17 300 utilisatrices pour un cas supplémentaire.
Le risque associé au désogestrel apparaît donc nettement inférieur à celui observé avec plusieurs autres progestatifs déjà connus pour augmenter le risque de méningiome.
C’est pourquoi parler d’un faible risque est important.
L’âge semble également compter
Le risque absolu de méningiome augmente naturellement avec l’âge.
Dans l’étude, l’excès de risque associé au désogestrel était particulièrement pertinent chez les femmes de 45 ans et plus.
Les auteurs rapportent des incidences de méningiome d’environ :
3,1 pour 100 000 femmes entre 20 et 44 ans
contre
11 pour 100 000 entre 45 et 54 ans.
Une même augmentation relative du risque n’a donc pas nécessairement les mêmes conséquences en valeur absolue à 25 ans et à 50 ans.
Le risque semble diminuer après l’arrêt
Autre observation rassurante : l’étude n’a plus retrouvé d’excès de risque un an après l’arrêt du désogestrel.
Il s’agit d’une observation épidémiologique importante.
Elle ne signifie pas qu’un éventuel méningiome déjà présent disparaîtrait automatiquement après l’arrêt du médicament.
Mais elle renforce l’intérêt d’une réévaluation régulière de la contraception lorsqu’elle est utilisée pendant de nombreuses années.
Et le lévonorgestrel ?
Les résultats étaient différents.
Les chercheurs n’ont retrouvé aucun excès de risque de méningiome avec le lévonorgestrel oral, utilisé seul ou associé à un œstrogène, quelle que soit la durée étudiée.
Une étude française antérieure avait également fourni des résultats rassurants concernant les dispositifs intra-utérins au lévonorgestrel.
Attention toutefois : cela ne signifie pas que toutes les contraceptions contenant un progestatif sont interchangeables.
Le choix dépend de nombreux facteurs médicaux individuels.
Tous les progestatifs n’ont donc pas le même risque
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de ces travaux.
L’expression « contraception hormonale » regroupe des molécules et des dosages très différents.
Dans les précédentes études françaises, le risque de méningiome était beaucoup plus élevé avec certains progestatifs.
À titre de comparaison, les chercheurs estimaient qu’il fallait environ 518 utilisatrices d’acétate de cyprotérone à forte dose pour observer un méningiome nécessitant une chirurgie attribuable à l’exposition, contre environ 67 000 avec le désogestrel 75 µg dans cette nouvelle analyse.
Les ordres de grandeur sont donc très différents.
Est-ce une preuve que le désogestrel provoque des méningiomes ?
L’étude apporte un signal solide, mais il faut conserver une nuance méthodologique.
Il s’agit d’une étude observationnelle cas-témoins.
Elle peut mettre en évidence une association, mais ne possède pas la capacité d’un essai randomisé à démontrer à elle seule une relation de cause à effet.
Plusieurs éléments renforcent néanmoins la plausibilité de l’association :
- le risque augmente avec la durée d’utilisation ;
- il devient surtout visible après plusieurs années ;
- certaines localisations de méningiomes semblent davantage concernées ;
- le lien entre hormones progestatives et méningiomes est biologiquement plausible ;
- le signal n’est plus observé après l’arrêt.
Les auteurs considèrent donc que leurs résultats justifient une surveillance particulière des utilisations prolongées.
Faut-il arrêter sa pilule au désogestrel ?
Non, pas de sa propre initiative.
Pour une femme utilisant actuellement du désogestrel, ces résultats ne constituent pas une raison de paniquer ou d’interrompre brutalement sa contraception.
Une grossesse non prévue possède elle aussi des conséquences médicales et personnelles importantes.
La bonne démarche consiste plutôt à discuter avec son médecin, gynécologue ou sage-femme de plusieurs éléments :
Depuis combien de temps est-ce que je prends du désogestrel ?
Quel âge ai-je ?
Ai-je utilisé auparavant d’autres progestatifs associés au méningiome ?
Cette contraception reste-t-elle la plus adaptée à ma situation ?
Une réévaluation devient particulièrement pertinente lorsqu’un traitement est utilisé de manière continue depuis plus de cinq ans.
Faut-il faire une IRM cérébrale quand on prend du désogestrel ?
Les résultats de cette étude ne signifient pas que toutes les utilisatrices doivent automatiquement passer une IRM.
Le risque absolu reste très faible.
Une surveillance médicale spécifique peut en revanche être discutée en fonction :
- de la durée d’utilisation ;
- de l’âge ;
- des traitements progestatifs antérieurs ;
- des antécédents de méningiome ;
- et d’éventuels symptômes neurologiques.
Un examen d’imagerie ne doit donc pas être décidé uniquement sur la base d’un article lu sur internet.
Quels symptômes doivent conduire à consulter ?
La plupart des maux de tête, vertiges ou troubles visuels ne sont évidemment pas dus à un méningiome.
Mais des symptômes neurologiques nouveaux, inhabituels ou persistants méritent une évaluation médicale.
Il peut notamment s’agir de :
- maux de tête inhabituels et persistants ;
- modification progressive de la vision ;
- crise d’épilepsie ;
- faiblesse ou troubles sensitifs d’un membre ;
- troubles neurologiques nouveaux.
La présence d’un de ces symptômes ne signifie pas qu’un méningiome est présent.
Elle justifie simplement un avis médical.
Et en Belgique ?
Cette étude a été réalisée à partir des données de santé françaises.
Elle est néanmoins pertinente pour les patientes belges puisque le désogestrel est également utilisé en contraception en Belgique.
Les décisions individuelles concernant une contraception doivent toutefois être prises en fonction des médicaments disponibles, de leurs indications et contre-indications, ainsi que des recommandations applicables en Belgique.
Pour une femme prenant une contraception au désogestrel depuis plusieurs années, la démarche la plus raisonnable n’est donc pas l’arrêt automatique, mais une discussion avec le professionnel qui prescrit ou renouvelle la contraception.
Ce qu’il faut retenir
🧠 Le méningiome est généralement une tumeur non cancéreuse des membranes entourant le cerveau.
💊 Une grande étude française retrouve un faible excès de risque de méningiome nécessitant une chirurgie avec le désogestrel 75 µg lorsqu’il est utilisé continuellement pendant plusieurs années.
⏳ Aucun signal n’a été retrouvé pour une utilisation courte. Le risque devient statistiquement significatif surtout au-delà de cinq ans et augmente avec la durée.
📊 Après sept ans ou davantage, le risque relatif était environ doublé, mais le risque absolu reste très faible.
💡 Les chercheurs estiment environ un cas supplémentaire de méningiome opéré pour 67 300 utilisatrices, toutes durées confondues, et environ un pour 17 300 après plus de cinq ans d’utilisation.
✅ Aucun excès de risque n’a été retrouvé avec le lévonorgestrel dans les situations étudiées.
À retenir : ces résultats ne justifient pas d’arrêter seule une contraception au désogestrel. Ils invitent surtout à réévaluer avec son professionnel de santé l’intérêt d’une utilisation prolongée, notamment au-delà de cinq ans.
Pour aller plus loin
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Sources scientifiques et références
📚 Étude scientifique principale
Roland N, et al. Oral contraceptives with progestogens desogestrel or levonorgestrel and risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ. 2025;389:e083981.
L’étude porte sur 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien et 83 910 témoins.
Consulter l’étude complète dans le BMJ
🇫🇷 EPI-PHARE
Désogestrel ou lévonorgestrel et risque de méningiome intracrânien
Présentation officielle de l’étude par le groupement scientifique EPI-PHARE, associant l’ANSM et l’Assurance Maladie françaises.
Consulter la synthèse EPI-PHARE
📚 Travaux complémentaires
Use of progestogens and the risk of intracranial meningioma — BMJ, 2024
Grande étude française consacrée au risque de méningiome avec plusieurs autres progestatifs.
Progestogens and meningioma — éditorial du BMJ, 2025
L’éditorial accompagnant l’étude est signé par le Pr Gilles Reuter, neurochirurgien au CHU de Liège.
📖 Glossaire
Désogestrel : hormone progestative utilisée notamment dans certaines pilules contraceptives.
Progestatif : substance dont les effets sont proches de ceux de la progestérone.
Méningiome : tumeur développée à partir des méninges. La plupart des méningiomes sont non cancéreux, mais certains peuvent nécessiter une intervention.
Risque relatif : comparaison de la fréquence d’un événement entre deux groupes.
Risque absolu : probabilité réelle qu’un événement survienne dans une population donnée.
Odds ratio (OR) : mesure statistique utilisée notamment dans les études cas-témoins pour quantifier une association entre une exposition et un événement.
🔬 Niveau de preuve scientifique
★★★★★ Certains progestatifs sont associés à une augmentation du risque de méningiome.
★★★★☆ Une utilisation continue du désogestrel 75 µg pendant plus de cinq ans est associée à un faible excès de risque de méningiome intracrânien nécessitant une chirurgie. Une importante étude nationale le montre, mais une confirmation dans d’autres populations reste souhaitable.
★★★★☆ Le risque augmente avec la durée d’utilisation, ce qui renforce la plausibilité de l’association.
★★★★☆ Le risque absolu associé au désogestrel reste très faible.
★★★★☆ Les données étudiées sont rassurantes pour le lévonorgestrel, sans excès de risque retrouvé dans cette étude.
☆☆☆☆☆ « Prendre une pilule au désogestrel provoque une tumeur cérébrale » : formulation fausse et beaucoup trop alarmiste.
Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.
Cet article est destiné à l’information générale. Il ne faut pas arrêter ou modifier une contraception hormonale sans en discuter avec un médecin, un gynécologue, une sage-femme ou un autre professionnel habilité à la prescrire.