Tatouages et cancer : les encres présentent-elles réellement un risque ?

Tatouages et cancer : les encres présentent-elles réellement un risque ?

Les pigments d’un tatouage ne restent pas tous dans la peau : certains peuvent migrer vers les ganglions lymphatiques. Plusieurs encres ont également contenu des substances préoccupantes, dont certaines sont classées cancérogènes. Des études récentes ont donc cherché à savoir si les personnes tatouées développaient davantage certains cancers. Les premiers résultats interrogent, notamment concernant les lymphomes, mais ils ne permettent toujours pas d’établir que les tatouages causent le cancer.

Les tatouages sont devenus extrêmement courants.

Et pendant longtemps, leurs principaux risques connus concernaient surtout les infections, les allergies ou les réactions inflammatoires.

Publicité

Mais une autre question intéresse désormais les chercheurs :

que deviennent les pigments injectés sous la peau pendant plusieurs dizaines d’années ?

Et surtout :

peuvent-ils favoriser l’apparition d’un cancer ?

La réponse actuelle est beaucoup plus nuancée que certains titres pourraient le laisser penser.

L’encre ne reste pas uniquement dans le tatouage

Lorsqu’un tatouage est réalisé, des pigments sont injectés dans le derme, sous l’épiderme.

Une partie reste emprisonnée localement, ce qui rend le dessin permanent.

Mais pas la totalité.

Des particules de pigments peuvent être captées par les cellules immunitaires puis migrer, notamment par le système lymphatique.

On retrouve ainsi des pigments dans les ganglions lymphatiques situés à proximité des zones tatouées. Le CIRC souligne que cette migration signifie que l’exposition ne doit pas nécessairement être considérée comme exclusivement cutanée.

C’est précisément ce phénomène qui intéresse aujourd’hui les chercheurs.

Que contiennent les encres de tatouage ?

Une encre n’est pas simplement constituée d’une « couleur ».

Elle peut contenir différents pigments, solvants et autres composants.

Les analyses toxicologiques ont notamment identifié dans certaines encres des substances préoccupantes telles que :

  • certains métaux ;
  • des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;
  • certaines amines aromatiques ;
  • différentes impuretés issues de la fabrication.

Certaines substances retrouvées dans les encres ont par ailleurs été classées comme cancérogènes, probablement cancérogènes ou peut-être cancérogènes dans d’autres contextes d’exposition.

Mais il faut immédiatement apporter une nuance essentielle.

Substance cancérogène dans une encre ≠ tatouage cancérogène

Savoir qu’une substance peut provoquer un cancer dans certaines conditions ne nous dit pas automatiquement quel est le risque lorsqu’elle est présente à une certaine concentration dans une encre et injectée dans la peau.

La dose, la voie d’exposition, la durée et le devenir de la substance dans l’organisme sont essentiels.

À ce jour, ni le tatouage en tant que pratique ni les encres de tatouage en général n’ont été classés comme cancérogènes par le programme des Monographies du CIRC.

Pourquoi parle-t-on alors de lymphome ?

Une étude suédoise publiée en 2024 a beaucoup attiré l’attention.

Les chercheurs ont étudié des personnes âgées de 20 à 60 ans ayant reçu un diagnostic de lymphome malin entre 2007 et 2017 et les ont comparées à des témoins.

Au total, l’analyse reposait sur environ 5 600 répondants.

Les personnes tatouées présentaient dans l’analyse principale un risque relatif estimé de lymphome environ 21 % plus élevé que les personnes non tatouées.

Mais l’intervalle de confiance était large et incluait presque l’absence d’association :

IRR : 1,21 ; IC 95 % : 0,99–1,48.

Ce résultat mérite donc d’être étudié.

Il ne démontre pas que les tatouages provoquent des lymphomes.

Plus le tatouage est grand, plus le risque augmente ?

C’est ce que l’on pourrait intuitivement imaginer.

Pourtant, l’étude suédoise n’a pas retrouvé de relation claire entre la surface totale tatouée et le risque de lymphome.

Or, lorsqu’une exposition provoque une maladie, retrouver une relation dose-réponse cohérente peut constituer un argument important en faveur d’un lien causal.

Son absence ne suffit pas à innocenter une exposition, mais elle complique l’interprétation.

D’autres études donnent-elles le même résultat ?

Pas vraiment.

Et c’est précisément pourquoi il faut rester prudent.

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025 dans eClinicalMedicine a regroupé les études disponibles concernant tatouages et lymphomes.

Elle met en évidence un problème majeur : nous disposons encore de très peu d’études épidémiologiques solides.

Certaines suggèrent une association.

D’autres n’en retrouvent pas.

Et le niveau de certitude des preuves a été jugé faible à très faible pour plusieurs analyses.

Le CIRC résume actuellement la situation de manière assez claire : les études fournissent quelques indications d’une possible association avec certains cancers hématologiques, mais leurs limites méthodologiques empêchent de tirer des conclusions fermes.

Et le cancer de la peau ?

Là aussi, la réponse est intéressante.

Une étude franco-internationale publiée fin 2025 dans le Journal of the National Cancer Institute, impliquant le CIRC, a étudié les données de la cohorte française Constances.

Elle comprenait environ :

13 000 personnes tatouées
et
100 000 personnes non tatouées.

Les chercheurs n’ont retrouvé aucune association entre le simple fait d’être tatoué et le développement d’un cancer cutané, qu’il s’agisse notamment du mélanome ou des cancers cutanés non mélanocytaires.

Un résultat concernant les personnes ayant les plus grandes surfaces tatouées suggérait même un risque inférieur, mais il reposait sur très peu de cancers et ne doit surtout pas être interprété comme un effet protecteur du tatouage.

Pourquoi est-il si difficile de répondre ?

Pour démontrer qu’un tatouage augmente réellement le risque de cancer, il faudrait idéalement suivre pendant des décennies de très grandes populations tatouées et non tatouées.

Il faudrait également connaître :

  • l’âge au premier tatouage ;
  • le nombre de tatouages ;
  • leur superficie ;
  • les couleurs utilisées ;
  • la composition exacte des encres ;
  • l’époque à laquelle le tatouage a été réalisé ;
  • les éventuels détatouages au laser ;
  • les autres facteurs de risque de cancer.

Or, beaucoup de ces informations manquent dans les études actuelles.

Il existe également un problème temporel évident.

Un cancer peut mettre plusieurs décennies à se développer, alors que la généralisation massive du tatouage dans la population est relativement récente.

Le CIRC lance justement de grandes études

Face à ces incertitudes, le Centre international de recherche sur le cancer a lancé des programmes spécifiquement consacrés aux conséquences à long terme du tatouage.

Parmi eux figure notamment CRABAT — Cancer Risk Attributable to the Body Art of Tattooing.

Le CIRC travaille également sur la cohorte Tattoo inK.

L’objectif est de mieux comprendre les liens éventuels entre tatouages et cancers sur de grandes populations suivies dans le temps.

Les premières estimations prospectives de risque issues de ces cohortes sont attendues autour de 2030.

Autrement dit, la question scientifique est loin d’être abandonnée.

Elle est actuellement en pleine investigation.

L’Europe a déjà renforcé la réglementation

L’incertitude concernant le risque de cancer ne signifie pas qu’aucune précaution n’est prise.

Depuis le 5 janvier 2022, l’Union européenne applique dans le cadre du règlement REACH des restrictions concernant de nombreuses substances dangereuses dans les encres de tatouage et de maquillage permanent.

L’objectif est notamment de limiter l’exposition à certaines substances :

  • cancérogènes ;
  • mutagènes ;
  • toxiques pour la reproduction ;
  • sensibilisantes ou irritantes ;
  • ainsi qu’à certains métaux et autres composés préoccupants.

Cela ne signifie pas que les encres conformes aux normes européennes sont garanties « sans aucun risque à vie ».

Mais les encres utilisées aujourd’hui en Europe ne sont pas nécessairement comparables à celles utilisées il y a vingt ou trente ans.

Faut-il faire retirer son tatouage par précaution ?

Non.

Les connaissances actuelles ne justifient pas de recommander aux personnes tatouées de faire retirer leurs tatouages dans l’objectif de prévenir un cancer.

Le détatouage au laser n’est d’ailleurs pas un geste anodin et ne signifie pas nécessairement que tous les pigments disparaissent instantanément de l’organisme.

Une personne déjà tatouée ne doit donc pas paniquer à la lecture des études récentes.

Et si un grain de beauté se trouve sous un tatouage ?

C’est une autre problématique.

Un tatouage peut parfois compliquer l’observation des modifications de la peau, particulièrement lorsqu’un pigment recouvre un nævus ou une lésion cutanée.

Lorsqu’on envisage un tatouage, il est donc préférable d’éviter de tatouer directement sur un grain de beauté.

Et une modification inhabituelle dans une zone tatouée mérite exactement la même attention qu’ailleurs :

  • changement de couleur ;
  • modification de forme ;
  • augmentation de taille ;
  • saignement ;
  • plaie qui ne guérit pas ;
  • nouvelle lésion persistante.

Dans le doute, un dermatologue peut examiner la zone.

Et le tatouage réparateur après un cancer du sein ?

C’est une question particulièrement pertinente après notre article consacré au tatouage 3D de l’aréole après une mastectomie.

Les données actuelles ne permettent pas d’affirmer que le tatouage réparateur provoquerait un cancer ou favoriserait une récidive.

Mais puisqu’il est réalisé sur une zone ayant subi une chirurgie et parfois une radiothérapie, des précautions spécifiques sont nécessaires.

Il faut notamment attendre une cicatrisation suffisante, tenir compte de l’état de la peau et utiliser des pigments conformes à la réglementation.

Le projet devrait idéalement être discuté avec l’équipe qui suit la reconstruction.

👉 Après un cancer du sein : comprendre le tatouage 3D de l’aréole

Ce qu’il faut retenir

🖋️ Les pigments d’un tatouage peuvent migrer de la peau vers les ganglions lymphatiques. Certaines encres peuvent également contenir ou avoir contenu des substances présentant un potentiel cancérogène.

🔬 Quelques études ont observé une possible association avec certains lymphomes, mais les résultats restent insuffisants et parfois contradictoires pour établir un lien causal.

☀️ Une grande étude française publiée en 2025 n’a pas retrouvé d’association entre le simple fait d’être tatoué et le risque de cancer de la peau.

🇪🇺 L’Union européenne limite depuis 2022 de nombreuses substances dangereuses dans les encres de tatouage.

À retenir : en 2026, la réponse scientifique à « les tatouages causent-ils le cancer ? » est : nous ne disposons pas de preuve suffisante pour l’affirmer. Certains signaux justifient cependant de poursuivre activement la recherche sur les effets à très long terme des pigments.

Pour aller plus loin

Tatouage d’aréole après un cancer du sein : se reconstruire autrement

Trouver un professionnel de santé spécialisé en oncologie

Sources scientifiques et références

🇪🇺 Réglementation européenne

ECHA — Restrictions REACH concernant les encres de tatouage
Depuis janvier 2022, l’Union européenne restreint de nombreuses substances dangereuses utilisées dans les encres.
Consulter les informations de l’ECHA

🌍 Références internationales

CIRC/IARC — Tattooing and cancer: FAQ
Le CIRC présente l’état actuel des connaissances sur les tatouages, la migration des pigments et le risque potentiel de cancer.
Consulter la FAQ scientifique du CIRC

CIRC/IARC — Programme de recherche sur tatouages et cancer
Présentation des recherches CRABAT et des travaux sur les conséquences à long terme du tatouage.
Découvrir le programme du CIRC

📚 Études scientifiques majeures

Nielsen C et al. — Tattoos as a risk factor for malignant lymphoma (2024)
Étude cas-témoins suédoise à l’origine du signal concernant certains lymphomes.
Consulter l’étude en accès libre

Systematic review and meta-analysis — Tattoos and lymphoma (2025)
Analyse regroupant les principales études disponibles et soulignant le faible niveau de certitude actuel.
Consulter la méta-analyse

Mo T et al. — Tattoos and risk of cutaneous melanoma and non-melanoma skin cancer in France (2025)
Étude menée dans la cohorte française Constances : aucune association retrouvée entre le fait d’être tatoué et le risque global de cancer cutané.
Consulter la présentation du CIRC

📖 Glossaire

Pigment : substance colorée introduite dans la peau lors d’un tatouage.

Derme : couche de la peau située sous l’épiderme dans laquelle l’encre est déposée.

Ganglion lymphatique : structure du système immunitaire filtrant notamment la lymphe. Des pigments de tatouage peuvent s’y accumuler.

Lymphome : cancer se développant à partir de cellules du système lymphatique.

HAP : hydrocarbures aromatiques polycycliques, famille de substances dont certaines possèdent des propriétés cancérogènes.

REACH : réglementation européenne encadrant la fabrication et l’utilisation des substances chimiques.

🔬 Niveau de preuve scientifique

★★★★★ Les pigments de tatouage peuvent migrer vers les ganglions lymphatiques.

★★★★★ Certaines encres peuvent contenir des substances toxicologiquement préoccupantes.

★★★★☆ Les restrictions européennes ont fortement renforcé l’encadrement de la composition des encres.

★★☆☆☆ Les tatouages pourraient être associés à certains lymphomes : signal épidémiologique à approfondir, avec un niveau de preuve actuellement faible.

★★☆☆☆ Les tatouages augmentent le risque de cancer en général : non démontré.

☆☆☆☆☆ « Un tatouage provoque le cancer » : aucune preuve scientifique ne permet actuellement une telle affirmation.

Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.

Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un avis médical. Une lésion inhabituelle située dans ou autour d’un tatouage doit être montrée à un professionnel de santé.

Partager cet article
Publicité

Professionnels pouvant vous accompagner

Oncostar référence des professionnels engagés auprès des patients et de leurs proches. Découvrez quelques profils susceptibles de vous accompagner dans votre parcours.

Vous accompagnez des patients atteints de cancer ?

Oncostar référence des professionnels de santé et des acteurs du bien-être spécialisés dans l accompagnement des patients et de leurs proches.

Rejoindre le réseau Oncostar