Mutations EGFR, ALK, KRAS… pourquoi analyser la tumeur change aujourd’hui le traitement du cancer ?

Mutations EGFR, ALK, KRAS… pourquoi analyser la tumeur change aujourd’hui le traitement du cancer ?

Pendant longtemps, le traitement d’un cancer dépendait principalement de l’organe touché et du stade de la maladie. Aujourd’hui, les médecins peuvent également étudier certaines caractéristiques moléculaires de la tumeur. EGFR, ALK, KRAS, BRAF, HER2, ROS1… Derrière ces noms complexes se cache une évolution majeure de l’oncologie : mieux connaître la tumeur pour, dans certaines situations, mieux choisir le traitement.

Deux patients peuvent avoir un cancer situé dans le même organe, au même stade, mais recevoir des traitements différents.

Pourquoi ?

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Parce qu’un cancer du poumon, du sein ou du côlon n’est pas une maladie parfaitement identique d’un patient à l’autre.

Les cellules cancéreuses peuvent présenter des modifications génétiques ou moléculaires différentes. Certaines de ces anomalies jouent un rôle dans la croissance de la tumeur et peuvent parfois constituer une cible pour un médicament.

C’est tout l’enjeu du profilage moléculaire de la tumeur.

Une mutation dans la tumeur, qu’est-ce que cela signifie ?

Notre ADN contient des milliers de gènes qui donnent aux cellules les instructions nécessaires à leur fonctionnement.

Au cours de la vie d’une cellule, des modifications peuvent apparaître dans cet ADN.

On les appelle souvent des mutations, même si les spécialistes parlent plus largement d’altérations ou de variants moléculaires, car toutes les anomalies recherchées ne sont pas des mutations au sens strict.

Dans une cellule cancéreuse, certaines de ces modifications peuvent contribuer à dérégler les mécanismes contrôlant normalement sa multiplication, sa survie ou sa destruction.

Imaginez une voiture dont l’accélérateur resterait bloqué.

Une anomalie moléculaire peut parfois jouer un rôle comparable : elle active continuellement un signal indiquant à la cellule de croître ou de se multiplier.

Lorsque les chercheurs identifient précisément ce mécanisme, ils peuvent parfois développer un médicament capable de le bloquer.

C’est le principe de nombreuses thérapies ciblées.

EGFR, ALK, KRAS… que signifient tous ces noms ?

Ces acronymes désignent des gènes ou des protéines impliqués dans le fonctionnement des cellules.

Ils sont particulièrement connus dans le cancer du poumon non à petites cellules, où plusieurs anomalies moléculaires peuvent aujourd’hui influencer le choix du traitement.

EGFR

EGFR est un récepteur impliqué dans la croissance cellulaire.

Certaines mutations du gène EGFR peuvent maintenir ce système anormalement actif et favoriser la multiplication des cellules cancéreuses.

Lorsque certaines mutations EGFR sont identifiées, des médicaments spécifiquement conçus pour bloquer cette voie peuvent être proposés dans des situations déterminées.

ALK

Dans certains cancers du poumon, le gène ALK peut être impliqué dans un réarrangement génétique.

Une protéine anormale est alors produite et peut contribuer à la croissance du cancer.

Il existe aujourd’hui plusieurs médicaments capables de cibler cette anomalie.

KRAS

KRAS est l’un des gènes les plus fréquemment altérés dans les cancers humains.

Pendant de nombreuses années, les mutations KRAS ont été considérées comme particulièrement difficiles à cibler.

La situation évolue.

Des médicaments ciblant certaines mutations précises, notamment KRAS G12C, ont ouvert de nouvelles possibilités thérapeutiques dans certaines indications.

Mais une mutation KRAS n’est pas nécessairement une mutation KRAS G12C : la modification exacte compte.

Il n’y a pas que EGFR, ALK et KRAS

Le nombre de biomarqueurs susceptibles d’avoir une importance thérapeutique augmente régulièrement.

Dans le cancer du poumon, par exemple, on peut rencontrer selon les situations des anomalies concernant :

ROS1, BRAF, MET, RET, NTRK, HER2…

Les recommandations européennes intègrent aujourd’hui plusieurs de ces altérations dans la réflexion thérapeutique du cancer du poumon non à petites cellules, même si toutes ne disposent pas nécessairement d’un traitement ciblé autorisé dans toutes les situations.

Et cette logique dépasse largement le cancer du poumon.

Dans différents cancers, on peut rechercher d’autres biomarqueurs comme HER2, BRCA1/BRCA2, BRAF, MSI/dMMR, NTRK ou d’autres anomalies moléculaires.

Les analyses à réaliser dépendent donc du type de cancer et de la situation clinique.

Pourquoi analyser la tumeur peut-il changer le traitement ?

Prenons deux patients atteints d’un cancer du poumon apparemment similaire.

L’analyse moléculaire révèle chez le premier une anomalie ciblable d’EGFR.

Chez le second, cette anomalie n’est pas présente.

Même si le diagnostic général semble similaire, la stratégie thérapeutique peut être différente.

Le premier patient pourrait, si toutes les conditions sont réunies, bénéficier d’un traitement ciblant EGFR.

Le second devra être orienté vers une autre stratégie thérapeutique.

C’est un changement majeur dans la manière de considérer le cancer.

On ne demande plus seulement :

« Où se trouve la tumeur ? »

On cherche aussi à savoir :

« Quelles sont les caractéristiques biologiques de cette tumeur ? »

Comment recherche-t-on ces mutations ?

Tout commence généralement par un prélèvement de la tumeur obtenu lors d’une biopsie ou d’une intervention chirurgicale.

Le laboratoire peut ensuite rechercher certains biomarqueurs.

Plusieurs techniques existent.

Lorsqu’il faut analyser simultanément de nombreux gènes, il est notamment possible d’utiliser le NGS – Next-Generation Sequencing, ou séquençage de nouvelle génération.

Cette technologie permet d’analyser de nombreuses régions de l’ADN – et selon les tests de l’ARN – à partir d’un même échantillon.

En Belgique, le NGS a progressivement été intégré au diagnostic clinique de routine en oncologie et en hémato-oncologie. Sciensano coordonne notamment des travaux concernant son utilisation, les recommandations techniques et cliniques ainsi que l’évaluation de la qualité des laboratoires.

Et la biopsie liquide ?

Il n’est pas toujours possible d’obtenir facilement suffisamment de tissu tumoral.

Dans certaines situations, une biopsie liquide peut être envisagée.

Contrairement à son nom, il ne s’agit pas de prélever directement un morceau de la tumeur.

Une prise de sang permet de rechercher notamment des fragments d’ADN tumoral circulant libérés dans le sang.

Cette approche peut avoir différentes utilisations selon le cancer et le contexte clinique.

Mais elle ne remplace pas systématiquement la biopsie classique.

La quantité d’ADN tumoral présente dans le sang peut notamment être insuffisante pour détecter certaines anomalies.

Mutation de la tumeur ne veut pas forcément dire mutation héréditaire

C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes pour les patients.

Découvrir une mutation génétique dans une tumeur ne signifie pas automatiquement qu’elle est présente depuis la naissance ou qu’elle peut être transmise à ses enfants.

Il faut distinguer :

les mutations somatiques, apparues dans les cellules de la tumeur au cours de la vie ;

et

les mutations germinales, présentes dès la naissance dans l’ensemble des cellules de l’organisme et susceptibles, dans certaines situations, d’être transmises.

Certaines découvertes réalisées lors de l’analyse d’une tumeur peuvent néanmoins conduire l’équipe médicale à proposer une consultation d’oncogénétique ou des analyses complémentaires.

Trouver une mutation signifie-t-il qu’un traitement existe ?

Non.

C’est une nuance essentielle.

Une analyse moléculaire peut identifier une anomalie sans qu’il existe actuellement de médicament permettant de la cibler efficacement dans le cancer concerné.

Et même lorsqu’un médicament existe, plusieurs questions doivent encore être posées :

Est-il indiqué pour ce type de cancer ?

À quel stade de la maladie ?

À quelle ligne de traitement ?

A-t-il reçu une autorisation européenne ?

Est-il remboursé en Belgique dans cette indication ?

Existe-t-il un essai clinique permettant d’y accéder ?

Mutation détectée ne signifie donc pas automatiquement traitement disponible.

Et en Belgique ?

La Belgique a développé depuis plusieurs années une stratégie autour du diagnostic moléculaire et du NGS en oncologie.

Sciensano indique que les tests moléculaires jouent un rôle dans le diagnostic et le pronostic, mais également dans la sélection des patients susceptibles de bénéficier d’un traitement ciblant une altération particulière.

La qualité des analyses constitue également un enjeu important. Dans le cadre de la convention NGS avec l’INAMI, les institutions participantes doivent notamment prendre part aux évaluations externes de qualité organisées par Sciensano.

La Belgique dispose aussi du programme PRECISION, initié par la Belgian Society for Medical Oncology (BSMO) et coordonné par Sciensano.

Son objectif est notamment d’améliorer les connaissances génomiques et cliniques et d’étudier l’utilisation de traitements guidés par le profil moléculaire chez des patients atteints de tumeurs solides métastatiques. Le programme a notamment comporté une étude belge portant sur 870 patients recrutés dans 12 hôpitaux et dont le profilage était réalisé dans neuf laboratoires NGS belges.

Cela illustre une évolution profonde de l’oncologie belge : le profil moléculaire de la tumeur devient, dans certaines situations, une information supplémentaire pour guider la décision thérapeutique.

Pourquoi faut-il parfois analyser à nouveau la tumeur ?

Un cancer n’est pas nécessairement figé.

Sous la pression des traitements, certaines populations de cellules peuvent disparaître tandis que d’autres survivent.

De nouvelles altérations peuvent également apparaître et contribuer à une résistance au traitement.

Dans certaines situations, l’oncologue peut donc proposer une nouvelle biopsie ou une nouvelle analyse moléculaire lorsque la maladie évolue.

L’objectif est notamment de comprendre le mécanisme de résistance et de déterminer si une nouvelle option thérapeutique peut être envisagée.

Le profil moléculaire va-t-il remplacer les autres informations ?

Non.

La génétique de la tumeur n’est qu’une partie du puzzle.

Le choix d’un traitement dépend également :

  • du type précis de cancer ;
  • de son stade ;
  • de sa localisation ;
  • des traitements déjà reçus ;
  • de certains biomarqueurs non génétiques ;
  • de l’état général et des autres problèmes de santé du patient ;
  • des bénéfices et risques attendus ;
  • des recommandations médicales ;
  • et de la disponibilité et du remboursement du traitement.

La médecine de précision ne consiste donc pas à faire « un test ADN puis choisir un médicament ».

Il s’agit d’intégrer les informations moléculaires à l’ensemble du dossier médical du patient.

Ce qu’il faut retenir

L’analyse moléculaire des tumeurs a profondément modifié la prise en charge de certains cancers.

EGFR, ALK, KRAS, BRAF, ROS1, RET, MET, HER2… peuvent constituer, selon le cancer et l’altération identifiée, des biomarqueurs importants pour orienter le traitement.

Identifier une anomalie peut permettre de sélectionner une thérapie ciblée, d’éviter un traitement qui a peu de chances d’être efficace ou, dans certaines situations, d’orienter un patient vers un essai clinique.

Mais tous les cancers ne nécessitent pas les mêmes analyses et toutes les mutations ne disposent pas d’un traitement ciblé.

En Belgique, le NGS et les analyses moléculaires font désormais partie de la médecine de précision en oncologie, dans un cadre impliquant oncologues, anatomopathologistes, biologistes moléculaires et autres spécialistes.


Pour aller plus loin

Si une analyse moléculaire de votre tumeur est proposée, vous pouvez demander à votre oncologue :

  • Quels biomarqueurs recherchez-vous dans mon cancer ?
  • Pourquoi sont-ils importants dans ma situation ?
  • L’analyse a-t-elle identifié une anomalie pouvant être ciblée ?
  • Cette anomalie est-elle uniquement tumorale ou faut-il envisager un test génétique complémentaire ?
  • Existe-t-il un traitement ciblé disponible et remboursé en Belgique ?
  • Un essai clinique pourrait-il être pertinent ?

Sur Oncostar :

À retenir : analyser une tumeur ne sert plus uniquement à confirmer qu’il s’agit d’un cancer. Dans certaines situations, son profil moléculaire permet désormais de comprendre certains mécanismes qui la font progresser et d’identifier un traitement susceptible de les cibler.

Sources scientifiques et références

🇧🇪 Références belges

  • Sciensano – Next-Generation Sequencing dans le diagnostic de routine en Belgique
    Présentation du NGS, de son intérêt dans l’analyse moléculaire des cancers et de son intégration dans l’oncologie belge.
    Consulter Sciensano
  • Sciensano – Programme PRECISION
    Programme belge consacré au profilage moléculaire des cancers métastatiques pour aider à orienter les décisions thérapeutiques.
    Découvrir le programme PRECISION
  • Sciensano – Contrôle de qualité du NGS
    Informations concernant les évaluations externes de qualité des laboratoires réalisant des analyses NGS en Belgique.
    Consulter les informations sur les EEQ NGS
  • INAMI – Institut national d’assurance maladie-invalidité
    Informations relatives au remboursement des soins, médicaments et analyses dans le système belge.
    Consulter l’INAMI

🌍 Références internationales

  • ESMO – European Society for Medical Oncology
    Recommandations européennes concernant notamment les biomarqueurs et les traitements personnalisés des cancers.
    Consulter l’ESMO
  • National Cancer Institute – Biomarker Testing for Cancer Treatment
    Informations destinées aux patients concernant les tests de biomarqueurs et leur utilisation dans le choix des traitements.
    Consulter le NCI
  • European Medicines Agency (EMA)
    Informations sur les médicaments et thérapies ciblées autorisés au niveau européen.
    Consulter l’EMA

📖 Glossaire

  • Mutation : modification de la séquence de l’ADN.
  • Altération moléculaire : terme plus large désignant différents changements pouvant affecter un gène ou son fonctionnement.
  • Biomarqueur : caractéristique biologique mesurable pouvant contribuer au diagnostic, au pronostic ou au choix d’un traitement.
  • EGFR : gène codant un récepteur impliqué dans la croissance des cellules et pouvant être altéré dans certains cancers.
  • ALK : gène pouvant subir certains réarrangements à l’origine d’une activation anormale.
  • KRAS : gène impliqué dans la transmission de signaux contrôlant notamment la croissance cellulaire.
  • NGS : Next-Generation Sequencing, technologie permettant d’analyser simultanément de nombreuses régions génétiques.
  • Thérapie ciblée : traitement dirigé contre une caractéristique ou un mécanisme particulier des cellules cancéreuses.
  • Biopsie liquide : analyse d’un liquide biologique, généralement le sang, permettant notamment de rechercher du matériel génétique provenant de la tumeur.
  • Mutation somatique : modification acquise dans certaines cellules au cours de la vie et non nécessairement héréditaire.
  • Mutation germinale : modification génétique présente dès la naissance et pouvant, selon les cas, être transmise à la descendance.

🔬 Niveau de preuve scientifique

  • ★★★★★ Utilité des biomarqueurs pour orienter certaines thérapies ciblées : solidement établie dans plusieurs cancers.
  • ★★★★★ EGFR et ALK dans certains cancers du poumon : biomarqueurs thérapeutiques établis.
  • ★★★★★ Utilisation du NGS pour détecter simultanément plusieurs altérations moléculaires : technologie validée et intégrée à la pratique oncologique dans des indications définies.
  • ★★★★☆ KRAS G12C comme cible thérapeutique : efficacité démontrée dans certaines indications, avec un paysage thérapeutique qui continue d’évoluer.
  • ★★★★☆ Biopsie liquide : utilité clinique établie dans certaines situations, mais elle ne remplace pas systématiquement l’analyse d’un prélèvement tumoral.
  • ★★★☆☆ Profilage moléculaire très large pour tous les cancers : intérêt variable selon le type de cancer, le stade, les anomalies identifiées et l’existence d’un traitement correspondant.

Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026. Les biomarqueurs recherchés, les indications des thérapies ciblées et leurs conditions de remboursement en Belgique évoluent rapidement.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis de votre oncologue ou de votre équipe soignante. Une anomalie moléculaire ne doit jamais être interprétée isolément : sa signification dépend du cancer, du contexte clinique et du traitement envisagé.

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