Le radon : ce gaz naturel méconnu qui augmente le risque de cancer du poumon

Le radon : ce gaz naturel méconnu qui augmente le risque de cancer du poumon

Invisible, inodore et sans goût, le radon peut s’accumuler dans nos maisons sans que nous nous en rendions compte.

Ce gaz radioactif est pourtant un facteur de risque de cancer du poumon reconnu depuis plusieurs décennies.

En Belgique, la question est particulièrement importante : certaines régions de Wallonie présentent naturellement davantage de radon en raison de la composition de leur sous-sol. Dans certaines zones à risque, 5 à 10 % des habitations dépassent le niveau de référence belge de 300 Bq/m³.

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Mais d’où vient exactement le radon ? Comment peut-il provoquer un cancer ? Votre habitation est-elle concernée ? Et surtout, comment savoir si vous êtes exposé ?

Qu’est-ce que le radon ?

Le radon est un gaz radioactif d’origine naturelle.

Il provient de la désintégration radioactive de l’uranium naturellement présent dans les roches et les sols.

À l’extérieur, le radon se disperse généralement rapidement dans l’atmosphère et atteint de faibles concentrations.

Le problème apparaît lorsqu’il remonte du sous-sol et pénètre dans un bâtiment.

Il peut alors s’accumuler dans les espaces fermés, particulièrement lorsque la ventilation est insuffisante.

Comment le radon entre-t-il dans une maison ?

Le radon provenant du sous-sol peut pénétrer par différentes ouvertures ou défauts d’étanchéité situés au contact du sol.

Il peut notamment passer par :

  • les fissures dans les dalles ou les murs ;
  • les passages de canalisations ;
  • certaines jonctions entre les murs et le sol ;
  • les caves et vides sanitaires ;
  • d’autres ouvertures en contact avec le terrain.

La concentration intérieure dépend donc à la fois de la géologie du terrain et des caractéristiques du bâtiment.

Deux maisons voisines peuvent ainsi présenter des concentrations différentes. L’AFCN souligne notamment qu’un bâtiment correctement ventilé et disposant d’une dalle étanche peut présenter moins de radon qu’un bâtiment moins étanche ou insuffisamment ventilé situé sur le même type de sous-sol.

Pourquoi le radon peut-il provoquer un cancer ?

Le danger vient principalement de ce qui se produit lorsque le radon se désintègre.

Il génère des particules radioactives qui peuvent être inhalées.

Une partie de ces particules se dépose alors au niveau des voies respiratoires. Le rayonnement émis peut endommager l’ADN des cellules pulmonaires.

Lorsque l’exposition est répétée pendant de nombreuses années, l’accumulation de ces dommages augmente la probabilité qu’une cellule devienne cancéreuse.

Le lien entre radon et cancer du poumon est-il réellement démontré ?

Oui.

Il s’agit d’un risque cancérogène solidement établi.

Les premières observations importantes provenaient notamment de mineurs exposés à de fortes concentrations de radon.

Mais les recherches ont ensuite montré que le risque concernait également les concentrations rencontrées dans les habitations.

Une importante analyse européenne publiée dans le British Medical Journal, regroupant 13 études cas-témoins, 7 148 personnes atteintes d’un cancer du poumon et 14 208 témoins, a mis en évidence une augmentation progressive du risque avec l’exposition résidentielle au radon.

L’Organisation mondiale de la Santé estime aujourd’hui que le risque de cancer du poumon augmente d’environ 16 % pour chaque augmentation de 100 Bq/m³ de l’exposition moyenne à long terme.

Cela ne signifie pas qu’une personne vivant à 100 Bq/m³ a « 16 % de risque d’avoir un cancer ». Il s’agit d’une augmentation relative du risque de cancer du poumon liée à l’exposition, et le risque individuel dépend notamment du tabagisme.

Existe-t-il un niveau de radon totalement sans risque ?

Les données scientifiques ne permettent pas d’identifier un seuil en dessous duquel le risque serait totalement nul.

Le risque augmente progressivement avec l’exposition.

Cela explique pourquoi les autorités utilisent des niveaux de référence permettant de déterminer à partir de quelle concentration des mesures correctrices deviennent particulièrement importantes.

Radon et cigarette : une combinaison particulièrement dangereuse

C’est un élément essentiel.

Le radon peut provoquer un cancer du poumon chez les fumeurs comme chez les non-fumeurs, mais l’association entre tabac et radon augmente considérablement le risque.

L’OMS estime que le risque lié au radon est beaucoup plus important chez les personnes qui fument.

Cela ne diminue absolument pas l’importance du radon chez les non-fumeurs.

Le radon est notamment reconnu comme une cause majeure de cancer pulmonaire chez les personnes n’ayant jamais fumé.

🇧🇪 Et en Belgique ?

C’est ici que le sujet devient particulièrement important.

La Belgique n’est pas uniformément exposée au radon.

Le sud du pays est davantage concerné

Selon l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN), la géologie explique une grande partie des différences observées dans notre pays.

Les roches des Ardennes contiennent davantage d’uranium et sont souvent plus fracturées, facilitant la migration du radon depuis le sous-sol.

Les zones présentant un risque plus élevé se trouvent principalement au sud du sillon Sambre-et-Meuse, notamment dans les arrondissements de :

  • Verviers ;
  • Bastogne ;
  • Neufchâteau ;
  • Dinant ;
  • Marche ;

ainsi que dans certaines zones du Brabant wallon.

Des situations locales particulières existent également ailleurs.

C’est pourquoi une carte donne une indication du risque géographique, mais elle ne permet pas de connaître la concentration réelle d’une maison particulière.

🇧🇪 Quelle est la concentration moyenne en Belgique ?

Selon l’AFCN, la concentration moyenne de radon dans les habitations belges est d’environ 46 Bq/m³.

Mais cette moyenne cache d’importantes différences.

Dans certaines communes du Brabant wallon ainsi que dans les provinces de Liège et de Luxembourg considérées comme zones à risque, 5 à 10 % des habitations dépassent le niveau de référence de 300 Bq/m³.

Qu’est-ce que le Bq/m³ ?

La concentration de radon est exprimée en becquerels par mètre cube d’air (Bq/m³).

Le becquerel mesure une désintégration radioactive par seconde.

Ainsi, une concentration de 300 Bq/m³ signifie que l’on mesure, en moyenne, 300 désintégrations radioactives par seconde dans chaque mètre cube d’air.

Ce chiffre peut sembler abstrait, mais il permet de comparer les mesures et de déterminer quand une intervention est recommandée.

Comment savoir s’il y a du radon chez soi ?

C’est probablement le message le plus important de cet article :

On ne peut ni voir, ni sentir, ni goûter le radon. Il faut le mesurer.

La mesure peut être réalisée à l’aide d’un petit détecteur passif placé dans l’habitation.

L’AFCN recommande des mesures sur une période suffisamment longue afin d’obtenir une estimation représentative de l’exposition réelle.

Chaque année, environ 3 000 familles belges mesurent ainsi le taux de radon dans leur habitation dans le cadre de la campagne organisée autour de cette problématique.

Quand faut-il particulièrement penser à faire un test ?

La mesure est particulièrement intéressante si :

  • vous habitez dans une zone belge connue pour son potentiel radon ;
  • votre logement possède une cave ou des pièces directement en contact avec le sol ;
  • vous achetez ou rénovez une habitation située dans une région à risque ;
  • une concentration élevée a été détectée dans des bâtiments voisins ;
  • vous souhaitez simplement connaître votre exposition réelle.

Mais vivre hors d’une zone considérée comme fortement exposée ne garantit pas une concentration nulle.

Que faire si le taux est trop élevé ?

Découvrir une concentration élevée de radon ne signifie pas qu’il faut quitter son habitation.

Il existe différentes solutions permettant de réduire les concentrations.

Selon la situation, elles peuvent notamment consister à :

  • améliorer la ventilation ;
  • limiter les voies d’entrée du radon ;
  • améliorer l’étanchéité entre le bâtiment et le sous-sol ;
  • ventiler certains espaces comme les caves ou vides sanitaires ;
  • mettre en place des systèmes techniques spécifiques lorsque les concentrations sont importantes.

La solution doit être adaptée au bâtiment et au niveau mesuré.

L’OMS souligne que des méthodes efficaces et durables existent aussi bien pour réduire le radon dans les bâtiments existants que pour empêcher son accumulation dans les nouvelles constructions.

Ouvrir ses fenêtres suffit-il ?

Aérer peut diminuer temporairement la concentration de radon à l’intérieur.

Mais lorsque la concentration est importante, ouvrir occasionnellement les fenêtres ne constitue pas nécessairement une solution durable.

Il faut comprendre comment le radon pénètre dans le bâtiment et mettre en œuvre une stratégie adaptée.

Une nouvelle mesure après les travaux permet ensuite de vérifier leur efficacité.

Le radon provoque-t-il d’autres cancers ?

À ce jour, le lien scientifique clairement établi concerne principalement le cancer du poumon.

L’OMS indique qu’aucun risque concernant un autre type de cancer n’a été confirmé avec le même niveau de preuve.

Il faut donc éviter d’attribuer au radon des maladies pour lesquelles les données scientifiques ne permettent pas d’établir un lien.

Le radon provoque-t-il des symptômes ?

Non, et c’est justement ce qui le rend difficile à détecter.

Une exposition élevée au radon ne provoque généralement pas de symptômes immédiats permettant de savoir que l’on est exposé.

Le risque concerne surtout l’exposition chronique pendant plusieurs années.

Il ne faut donc pas attendre de ressentir quelque chose pour effectuer une mesure.

Faut-il avoir peur du radon ?

Le message n’est pas de créer de l’inquiétude.

Le radon est un risque environnemental connu, mesurable et sur lequel il est possible d’agir.

C’est précisément ce qui rend son dépistage intéressant.

Contrairement à certains risques difficiles à contrôler individuellement, mesurer son habitation permet de connaître concrètement son niveau d’exposition.

Ce qu’il faut retenir

Le radon est un gaz radioactif naturel provenant du sous-sol. Invisible et inodore, il peut pénétrer dans les bâtiments et s’y accumuler.

Une exposition prolongée augmente le risque de cancer du poumon. L’OMS estime que le radon pourrait être impliqué dans 3 à 14 % des cancers pulmonaires, selon les niveaux d’exposition et la prévalence du tabagisme dans les différents pays.

En Belgique, certaines régions de Wallonie sont particulièrement concernées en raison de leur géologie.

Mais une carte ne suffit pas pour savoir si une habitation contient beaucoup de radon.

La seule façon de connaître son exposition est de mesurer le radon dans le bâtiment.

Et lorsqu’une concentration importante est détectée, des solutions existent pour la réduire.


FAQ

Le radon est-il cancérigène ?

Oui. L’exposition prolongée au radon augmente le risque de cancer du poumon. Cette relation est solidement établie par les études épidémiologiques internationales.

Où trouve-t-on le plus de radon en Belgique ?

Les zones présentant un risque plus élevé sont principalement situées au sud du sillon Sambre-et-Meuse, notamment autour de Verviers, Bastogne, Neufchâteau, Dinant et Marche, ainsi que dans certaines zones du Brabant wallon.

Peut-on sentir le radon dans une maison ?

Non. Le radon est invisible, inodore et sans goût.

Comment savoir s’il y a du radon chez moi ?

Il faut utiliser un détecteur adapté. C’est la seule manière de connaître réellement la concentration dans une habitation.

Quelle est la limite de radon en Belgique ?

La Belgique utilise un niveau de référence de 300 Bq/m³ pour les habitations. Ce niveau de référence ne signifie toutefois pas qu’en dessous de 300 Bq/m³ le risque devient nul.

Le radon est-il dangereux pour les non-fumeurs ?

Oui. Le radon augmente également le risque de cancer du poumon chez les personnes qui n’ont jamais fumé. Le risque absolu est cependant beaucoup plus important lorsqu’il est associé au tabagisme.

Une maison récente peut-elle contenir du radon ?

Oui. La concentration dépend de la géologie, mais également de la conception, de l’étanchéité et de la ventilation du bâtiment.

Peut-on réduire le radon dans une habitation ?

Oui. Plusieurs techniques permettent de diminuer les concentrations, depuis l’amélioration de la ventilation jusqu’à des interventions visant à empêcher le radon provenant du sous-sol de pénétrer dans le bâtiment.

🇧🇪 Habitez-vous dans une zone à risque de radon ?

En Belgique, le risque d’exposition au radon varie fortement d’une région à l’autre en fonction de la composition du sous-sol.

L’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) met à disposition une carte permettant d’identifier les zones où la probabilité de trouver des concentrations élevées de radon dans les bâtiments est plus importante.

🔎 Consulter la carte du radon en Belgique

Attention : la carte indique un niveau de risque géographique, mais elle ne permet pas de connaître la concentration exacte de radon dans votre habitation.

🏠 La seule façon de savoir si votre logement est exposé est de mesurer le radon. Deux maisons voisines peuvent présenter des concentrations différentes en fonction de leur construction, de leur étanchéité et de leur ventilation.

Pour aller plus loin

Le radon est l’un des facteurs environnementaux les mieux établis du cancer du poumon. Invisible et inodore, il peut s’accumuler dans certaines habitations sans provoquer de symptômes immédiats. La bonne nouvelle : il est possible de mesurer son exposition et, si nécessaire, de la réduire.

À retenir : vivre dans une zone à potentiel radon élevé ne signifie pas que votre habitation présente nécessairement une concentration importante. À l’inverse, une maison située en dehors des zones les plus exposées n’est pas forcément dépourvue de radon. Seule une mesure permet de connaître réellement la concentration présente dans votre logement.

Sources scientifiques et références

Cet article repose sur les données des autorités belges et internationales ainsi que sur les principales études épidémiologiques consacrées à l’exposition résidentielle au radon et au cancer du poumon.

🇧🇪 Références belges

  • AFCN – Agence fédérale de Contrôle nucléaire
    Informations officielles sur l’exposition au radon dans les habitations belges, les concentrations mesurées et le niveau de référence applicable en Belgique.
    Exposition au radon en Belgique – AFCN
  • AFCN – Zones à risque en Belgique
    Informations sur la répartition géographique du radon et les régions présentant un potentiel plus élevé.
    Consulter les zones à risque de radon en Belgique
  • AFCN – Radon dans votre habitation
    Informations pratiques pour comprendre le radon, mesurer sa concentration et réduire l’exposition lorsqu’un niveau élevé est détecté.
    Dossier Radon – AFCN

🌍 Références internationales

  • Organisation mondiale de la Santé (OMS)
    Synthèse des connaissances scientifiques concernant le radon et ses effets sur la santé. L’OMS reconnaît le radon comme une cause importante de cancer du poumon.
    Radon and health – World Health Organization
  • Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC/IARC)
    Le radon et ses produits de désintégration sont classés comme cancérogènes pour l’être humain.
    IARC Monographs – Identification of Carcinogenic Hazards
  • United States Environmental Protection Agency (EPA)
    Informations scientifiques et pratiques sur le radon résidentiel, sa mesure et les moyens permettant de réduire les concentrations dans les bâtiments.
    Radon – US EPA

📚 Études scientifiques majeures

  • Darby S. et al. – British Medical Journal, 2005
    Analyse collaborative de 13 études européennes portant sur 7 148 personnes atteintes d’un cancer du poumon et 14 208 témoins. Cette étude majeure a montré une augmentation du risque de cancer du poumon avec l’exposition résidentielle au radon.
    Radon in homes and risk of lung cancer: collaborative analysis of individual data from 13 European case-control studies.
    Consulter l’étude dans le British Medical Journal
    DOI : 10.1136/bmj.38308.477650.63
  • Krewski D. et al. – Epidemiology, 2005
    Analyse groupée d’études nord-américaines évaluant l’association entre l’exposition résidentielle au radon et le risque de cancer du poumon.
    Residential radon and risk of lung cancer: a combined analysis of 7 North American case-control studies.
    Consulter l’étude sur PubMed
    DOI : 10.1097/01.ede.0000149596.84802.7e

📖 Glossaire

  • Radon : gaz radioactif naturel provenant principalement de la désintégration de l’uranium présent dans les roches et les sols.
  • Becquerel (Bq) : unité mesurant l’activité radioactive. Un becquerel correspond à une désintégration radioactive par seconde.
  • Bq/m³ : unité utilisée pour exprimer la concentration de radon dans l’air d’un bâtiment.
  • Produits de désintégration : éléments radioactifs produits lorsque le radon se désintègre. Une fois inhalés, certains peuvent se déposer dans les voies respiratoires.
  • Risque relatif : comparaison du risque observé chez un groupe exposé avec celui d’un groupe moins exposé. Une augmentation relative du risque ne correspond pas directement à la probabilité individuelle de développer un cancer.
  • Niveau de référence : concentration à partir de laquelle les autorités recommandent particulièrement d’agir pour réduire l’exposition. En Belgique, le niveau de référence pour les habitations est de 300 Bq/m³.

🔬 Niveau de preuve scientifique

  • ★★★★★ L’exposition prolongée au radon augmente le risque de cancer du poumon.
  • ★★★★★ Le risque augmente avec la concentration de radon et la durée d’exposition.
  • ★★★★★ L’association entre tabagisme et exposition au radon augmente fortement le risque de cancer du poumon.
  • ★★★★★ Le radon peut également provoquer un cancer du poumon chez les personnes qui n’ont jamais fumé.
  • ★★★★★ Mesurer la concentration dans un bâtiment est la seule manière de connaître réellement son niveau d’exposition.
  • ★★★★★ Des interventions sur le bâtiment peuvent réduire efficacement les concentrations élevées de radon.

Important : le niveau de référence belge de 300 Bq/m³ ne constitue pas une frontière entre une exposition « sans danger » et une exposition « dangereuse ». Les études montrent que le risque de cancer du poumon augmente progressivement avec l’exposition au radon.

Dernière mise à jour scientifique : août 2026.

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