Travail devant un écran, déplacements en voiture, soirées dans le canapé… Sans toujours nous en rendre compte, nous passons une grande partie de nos journées en position assise.
Une vaste étude publiée en juillet 2026 dans la revue scientifique PLOS Medicine apporte aujourd’hui de nouveaux éléments inquiétants : les longues périodes de sédentarité ininterrompue seraient associées à une augmentation du risque de mourir d’un cancer.
Mais l’étude apporte aussi un message encourageant : interrompre régulièrement le temps passé assis, même par une activité physique légère, pourrait contribuer à réduire ce risque.
Une étude menée auprès de plus de 91 000 personnes
Les chercheurs ont analysé les données de 91 292 participants de la UK Biobank, une vaste base de données britannique consacrée à la santé.
Contrairement à de nombreuses recherches précédentes, qui reposaient essentiellement sur des questionnaires, les participants ont porté un accéléromètre au poignet.
Cet appareil a permis de mesurer objectivement :
- le temps total passé sans bouger ;
- la durée des périodes assises ou inactives ;
- la fréquence à laquelle ces périodes étaient interrompues ;
- l’intensité des mouvements réalisés au cours de la journée.
Les participants ont ensuite été suivis pendant une durée médiane de plus de 12 ans.
L’objectif était de déterminer si la manière dont la sédentarité est répartie au cours de la journée pouvait influencer l’apparition d’un cancer ou le risque d’en mourir.
Une heure supplémentaire de sédentarité prolongée associée à un risque plus élevé
Les résultats montrent que chaque heure quotidienne supplémentaire passée dans une période prolongée de sédentarité était associée à une hausse d’environ 10 % du risque de décès par cancer.
Cette estimation tient compte de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer les résultats, notamment :
- l’âge ;
- le sexe ;
- le tabagisme ;
- la consommation d’alcool ;
- l’alimentation ;
- le niveau d’activité physique ;
- l’indice de masse corporelle ;
- certaines maladies préexistantes.
Les auteurs ont également observé une différence importante entre deux manières d’être sédentaire.
Une personne peut passer beaucoup de temps assise tout en se levant régulièrement. Une autre peut rester presque immobile pendant plusieurs heures consécutives.
Or, selon l’étude, les périodes de sédentarité fréquemment interrompues étaient associées à un risque de mortalité par cancer plus faible que les longues périodes continues.
Autrement dit, la durée totale passée assis semble importante, mais la manière dont ce temps est réparti pourrait l’être également.
Cela ne signifie pas que rester assis provoque directement un cancer
Il est essentiel d’interpréter correctement ces résultats.
Cette étude est une étude observationnelle. Elle met donc en évidence une association statistique entre la sédentarité prolongée et la mortalité par cancer, mais elle ne démontre pas qu’une longue période assise est, à elle seule, la cause directe d’un cancer.
D’autres facteurs peuvent intervenir.
Les personnes très sédentaires peuvent, par exemple, présenter davantage de problèmes de santé, avoir une alimentation différente, souffrir de limitations physiques ou pratiquer globalement moins d’activité physique.
Les chercheurs ont tenté de tenir compte de nombreux facteurs, mais il reste toujours possible que certains éléments non mesurés influencent les résultats.
L’étude concernait par ailleurs principalement des adultes britanniques d’âge moyen ou plus avancé. Ses conclusions ne peuvent donc pas nécessairement être appliquées de manière identique à l’ensemble de la population.
Sédentarité et inactivité physique : quelle différence ?
La sédentarité et l’inactivité physique sont souvent confondues, mais elles ne désignent pas exactement la même chose.
La sédentarité correspond au temps passé éveillé en position assise, inclinée ou couchée avec une très faible dépense d’énergie.
Cela comprend notamment :
- travailler devant un ordinateur ;
- regarder la télévision ;
- conduire ;
- utiliser son téléphone ou une tablette ;
- rester longtemps assis dans les transports.
L’inactivité physique signifie, quant à elle, ne pas atteindre les recommandations minimales d’activité physique.
Il est donc possible de pratiquer du sport plusieurs fois par semaine tout en restant très sédentaire le reste du temps.
Une personne peut, par exemple, courir pendant 45 minutes le soir, mais passer huit ou neuf heures assise durant sa journée de travail.
Le sport reste bénéfique, mais il ne supprimerait pas nécessairement tous les effets d’une sédentarité très prolongée.
Quels cancers sont concernés ?
La nouvelle étude s’est principalement intéressée à l’incidence globale des cancers et à la mortalité par cancer. Elle ne permet pas d’attribuer précisément l’augmentation observée à un type de cancer particulier.
D’autres travaux scientifiques ont toutefois déjà établi des liens entre activité physique, sédentarité et certains cancers.
Le World Cancer Research Fund considère que des preuves solides indiquent qu’une activité physique régulière contribue à réduire le risque de :
- cancer du côlon ;
- cancer du sein, notamment après la ménopause ;
- cancer de l’endomètre.
La sédentarité pourrait également agir indirectement en favorisant le surpoids et l’obésité, eux-mêmes associés à un risque accru de plusieurs cancers.
Pourquoi la sédentarité pourrait-elle influencer le risque de cancer ?
Plusieurs mécanismes biologiques sont envisagés.
Une moins bonne régulation du sucre dans le sang
Lorsque les muscles restent longtemps inactifs, ils utilisent moins de glucose.
À long terme, cela peut contribuer à une moins bonne sensibilité à l’insuline et à des taux plus élevés d’insuline dans le sang.
Or, l’insuline et certains facteurs de croissance associés peuvent participer à des mécanismes favorisant la multiplication cellulaire.
Une inflammation chronique
Une sédentarité importante est associée à une inflammation chronique de faible intensité.
Cette inflammation persistante peut modifier l’environnement biologique des cellules et participer à plusieurs maladies chroniques, dont certains cancers.
Une prise de poids facilitée
Rester longtemps assis réduit la dépense énergétique quotidienne.
Lorsque cette faible dépense n’est pas compensée, elle peut favoriser progressivement une prise de poids.
Le tissu graisseux n’est pas un simple lieu de stockage. Il produit également des hormones et des substances inflammatoires susceptibles d’influencer certains cancers.
Des effets hormonaux
L’activité physique et le poids corporel influencent plusieurs hormones, notamment les œstrogènes.
Des taux élevés d’œstrogènes après la ménopause sont notamment associés à une augmentation du risque de certains cancers du sein et de l’endomètre.
Qu’en est-il en Belgique ?
En Belgique, Sciensano considère également la sédentarité comme un enjeu de santé publique.
Selon les données belges, le comportement sédentaire est associé à une augmentation du risque de :
- mortalité prématurée ;
- maladies cardiovasculaires ;
- diabète de type 2 ;
- certains cancers, notamment le cancer du côlon.
L’Enquête nationale de santé de 2018 estimait que les Belges âgés de 15 ans et plus passaient en moyenne près de 5,8 heures par jour assis ou couchés pendant leurs heures d’éveil.
Cette moyenne peut être nettement plus élevée chez les personnes qui travaillent dans un bureau, étudient, conduisent beaucoup ou passent une grande partie de leur temps devant des écrans.
Les données plus récentes de Sciensano confirment que la sédentarité reste très présente dans la population adulte belge.
Combien faut-il bouger ?
L’Organisation mondiale de la Santé recommande aux adultes de pratiquer chaque semaine :
- entre 150 et 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée ;
ou
- entre 75 et 150 minutes d’activité physique intense ;
ou une combinaison équivalente des deux.
L’OMS recommande également de limiter le temps passé en position sédentaire et de remplacer une partie de ce temps par une activité physique, quelle qu’en soit l’intensité.
Il ne s’agit donc pas uniquement de pratiquer un sport intensif.
Marcher, jardiner, monter les escaliers, effectuer des tâches ménagères, se rendre à pied dans un commerce ou se lever régulièrement pendant le travail comptent également comme des mouvements bénéfiques.
Faut-il se lever toutes les 30 minutes ?
L’étude ne permet pas de définir une fréquence universelle à respecter.
Elle suggère néanmoins que les longues périodes ininterrompues sont moins favorables que les périodes assises régulièrement entrecoupées de mouvement.
Dans la vie quotidienne, quelques habitudes simples peuvent aider :
- se lever régulièrement pour marcher quelques minutes ;
- téléphoner debout ;
- placer l’imprimante ou la poubelle à distance du bureau ;
- utiliser les escaliers lorsque cela est possible ;
- marcher pendant la pause de midi ;
- alterner le travail assis et debout ;
- descendre un arrêt plus tôt dans les transports ;
- effectuer quelques mouvements pendant les publicités ou entre deux épisodes ;
- éviter d’enchaîner plusieurs heures assis sans interruption.
Il ne faut pas nécessairement transformer chaque pause en séance de sport.
Quelques minutes de marche ou de mouvement léger sont déjà préférables à une immobilité continue.
Et pendant ou après un cancer ?
Pendant et après un traitement contre le cancer, l’activité physique peut apporter de nombreux bénéfices, notamment sur :
- la fatigue ;
- la force musculaire ;
- la mobilité ;
- la santé cardiovasculaire ;
- l’anxiété ;
- la qualité de vie ;
- le maintien de l’autonomie.
Cependant, chaque situation est différente.
Une personne en traitement, très fatiguée, anémiée, souffrant de douleurs, de neuropathies, de métastases osseuses ou ayant récemment subi une intervention chirurgicale doit demander conseil à son équipe médicale avant de modifier fortement son niveau d’activité.
L’objectif n’est pas de culpabiliser les personnes qui ne peuvent pas bouger davantage.
Dans certains cas, se lever quelques minutes, effectuer des mouvements doux ou marcher sur une courte distance peut déjà constituer une étape importante.
Un médecin, un kinésithérapeute ou un professionnel formé à l’activité physique adaptée en oncologie pourra proposer un accompagnement sécurisé et progressif.
Le message principal : bouger plus, mais aussi rester assis moins longtemps
Cette vaste étude renforce une idée importante : la prévention ne repose pas uniquement sur la pratique d’un sport plusieurs fois par semaine.
La manière dont nous organisons le reste de notre journée compte également.
Faire une séance d’exercice ne rend pas inutiles les pauses actives au travail, tout comme se lever régulièrement ne remplace pas totalement une activité physique suffisante.
Ces deux approches sont complémentaires :
- pratiquer régulièrement une activité physique ;
- limiter les longues périodes passées assis ;
- interrompre la sédentarité aussi souvent que possible.
Il n’est pas nécessaire de devenir un grand sportif du jour au lendemain.
Marcher quelques minutes, prendre les escaliers, travailler ponctuellement debout ou simplement se lever plus souvent sont des gestes accessibles qui, répétés chaque jour, peuvent contribuer à une meilleure santé.
À retenir
Une étude publiée en juillet 2026 et menée auprès de plus de 91 000 personnes associe chaque heure supplémentaire de sédentarité prolongée à une augmentation d’environ 10 % du risque de décès par cancer.
Il s’agit d’une association et non de la preuve que rester assis provoque directement un cancer.
Les périodes assises régulièrement interrompues semblent moins défavorables que les longues périodes continues.
En Belgique, Sciensano recommande également de limiter la sédentarité et de pratiquer régulièrement une activité physique.
Bouger davantage est important, mais rompre les longues périodes d’immobilité pourrait l’être tout autant.
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un professionnel de santé.
Pour aller plus loin
- Découvrir Béatrice Soumillion, professionnelle du pôle activité physique
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- Kinésithérapie oncologique et activité physique adaptée
- Cancer du sein : statistiques mondiales, facteurs de risque et projections
- Trouver un professionnel de l’activité physique sur Oncostar
Sources
- Zhou Z. et al. Accelerometry-measured prolonged and interrupted sedentary behavior and cancer incidence and mortality: a cohort study of 91,292 UK Biobank participants. PLOS Medicine, juillet 2026.
- Référence de l’étude dans PubMed – National Library of Medicine.
- Sciensano – Sédentarité chez les adultes âgés de 18 à 64 ans.
- Sciensano – Comportement sédentaire et conséquences pour la santé.
- Sciensano – Rapport belge sur la pratique d’activités physiques.
- Organisation mondiale de la Santé – Recommandations relatives à l’activité physique.
- OMS – Lignes directrices sur l’activité physique et les comportements sédentaires.
- World Cancer Research Fund – Activité physique et prévention du cancer.