Le nombre d’animaux utilisés dans les laboratoires diminue dans plusieurs régions de Belgique. C’est une évolution importante, portée notamment par le développement de méthodes alternatives. Mais compter les animaux ne suffit pas pour mesurer les progrès : il faut aussi regarder la gravité des procédures qu’ils subissent. Et sur ce point, le constat mérite d’être beaucoup plus nuancé.
En recherche médicale, l’expérimentation animale reste utilisée pour comprendre certaines maladies, étudier leur évolution ou tester de nouvelles approches thérapeutiques.
La cancérologie ne fait pas exception.
Avant qu’un nouveau médicament puisse être administré à des patients, les chercheurs doivent notamment essayer de comprendre son efficacité, sa toxicité et ses effets sur l’organisme.
Mais la recherche évolue.
Cultures cellulaires, organoïdes, organes sur puce, modèles informatiques ou intelligence artificielle permettent progressivement de répondre à certaines questions sans recourir systématiquement à un animal vivant.
En parallèle, les statistiques montrent une diminution du nombre d’animaux utilisés dans certains laboratoires belges.
Est-ce pour autant synonyme d’une diminution équivalente de la souffrance animale ?
Pas nécessairement.
En Wallonie, près de 55 000 animaux de moins en un an
Les dernières statistiques wallonnes disponibles portent sur 2024.
Cette année-là, 112 493 animaux ont été utilisés pour la première fois dans des expériences en Wallonie.
C’est 55 108 de moins qu’en 2023.
La diminution concerne principalement :
- les poissons-zèbres ;
- les lapins ;
- les souris.
Mais cette chute doit être interprétée avec prudence.
Pour les poissons-zèbres, une partie importante de la différence s’explique par une particularité de déclaration observée en 2023. Pour les lapins et les souris, les autorités wallonnes indiquent que le développement de méthodes et techniques alternatives peut expliquer une partie de la diminution.
La tendance à la baisse n’est donc pas nécessairement uniforme selon les espèces ou les types de recherche.
À Bruxelles aussi, le nombre d’animaux a fortement diminué
La Région de Bruxelles-Capitale observe également une diminution à plus long terme.
Le nombre d’animaux utilisés est passé de :
86 823 en 2016
à
50 922 en 2023.
Bruxelles Environnement souligne également qu’aucun primate n’y est utilisé depuis 2019 et aucun chien depuis 2017.
Autre élément important : contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre « des souffrances plus intenses », les données bruxelloises indiquent que les interventions légères progressent par rapport aux procédures sévères depuis 2015.
Il faut donc éviter de généraliser cette affirmation à toute la Belgique.
Comment mesure-t-on la souffrance d’un animal de laboratoire ?
Les statistiques européennes ne se contentent justement pas de compter les animaux.
Les procédures sont classées selon leur gravité réelle.
On distingue généralement quatre catégories :
🟢 Sans réveil
L’animal est entièrement anesthésié pendant la procédure et ne reprend pas conscience.
🟡 Légère
La douleur, la souffrance ou l’angoisse attendue reste limitée et de courte durée.
🟠 Modérée
Les effets peuvent être plus importants ou plus prolongés.
🔴 Sévère
La procédure peut provoquer une douleur, une souffrance ou une détresse importante.
C’est cette classification qui permet de comprendre pourquoi une diminution du nombre total d’animaux ne suffit pas, à elle seule, à décrire l’évolution du bien-être animal.
Moins d’animaux peut parfois signifier des expériences plus complexes
Il existe en effet un paradoxe.
Les méthodes modernes permettent parfois de réduire considérablement le nombre d’animaux nécessaires à une étude.
Mais les animaux qui restent utilisés peuvent participer à des protocoles plus spécialisés.
En cancérologie, par exemple, certains modèles animaux servent à étudier :
- la croissance d’une tumeur ;
- les métastases ;
- la réponse immunitaire ;
- les résistances aux traitements ;
- les effets secondaires d’un médicament.
Certaines de ces expériences peuvent relever de catégories de gravité modérée ou sévère.
Cela ne signifie cependant pas que la réduction du nombre d’animaux provoque mécaniquement une augmentation de leur souffrance.
Les deux indicateurs doivent être analysés séparément.
Une limite importante des statistiques
Il existe également une réalité peu connue du grand public :
tous les animaux élevés pour la recherche ne figurent pas nécessairement dans le nombre d’animaux utilisés dans les expériences.
À Bruxelles, par exemple, les statistiques supplémentaires de 2024 indiquent que 116 978 animaux élevés pour des procédures scientifiques ont été tués ou sont morts sans avoir été utilisés dans une procédure expérimentale.
Près de 90 % étaient des souris.
Pourquoi ?
Certains étaient des reproducteurs, d’autres ne possédaient pas le sexe ou le profil génétique recherché, tandis que certains étaient destinés à fournir des organes ou des tissus.
Ce chiffre illustre une distinction essentielle :
« animaux utilisés dans des expériences » et « animaux élevés dans le système de recherche » ne désignent pas exactement la même population.
La règle des 3R : remplacer, réduire, raffiner
La réglementation repose sur un principe fondamental appelé les 3R.
1. Remplacement
Utiliser une méthode ne nécessitant pas d’animal lorsque cela est scientifiquement possible.
2. Réduction
Utiliser le nombre minimal d’animaux nécessaire pour obtenir un résultat scientifiquement valable.
3. Raffinement
Modifier les procédures afin de diminuer autant que possible :
- la douleur ;
- le stress ;
- l’angoisse ;
- les dommages durables.
En Wallonie, les établissements utilisant des animaux doivent être agréés et les projets doivent être évalués par des commissions d’éthique. Le principe des 3R doit être appliqué.
La législation wallonne interdit par ailleurs les expériences impliquant une douleur, une souffrance ou une angoisse intense susceptible de se prolonger sans rémission possible.
Peut-on réellement remplacer les animaux ?
Dans certains domaines, oui.
Et les possibilités se multiplient rapidement.
🧫 Les organoïdes
À partir de cellules humaines, les chercheurs peuvent créer de petites structures tridimensionnelles reproduisant certaines caractéristiques d’un organe ou d’une tumeur.
En cancérologie, des organoïdes tumoraux peuvent notamment être utilisés pour étudier la réponse à différents médicaments.
🔬 Les cultures cellulaires 3D
Elles permettent de reproduire plus fidèlement l’environnement d’une tumeur que les cultures cellulaires classiques.
🧩 Les organes sur puce
Ces dispositifs miniaturisés tentent de reproduire certaines fonctions biologiques d’un organe humain.
Plusieurs organes peuvent même être connectés afin d’étudier la circulation et la toxicité d’une substance.
💻 La modélisation informatique
Des modèles mathématiques et informatiques permettent de simuler certains mécanismes biologiques ou pharmacologiques.
🤖 L’intelligence artificielle
L’IA peut analyser de grandes quantités de données biologiques, identifier des molécules candidates ou contribuer à prévoir certaines interactions.
Ces technologies ne remplacent cependant pas encore l’animal dans toutes les situations.
Un organisme vivant possède des interactions extrêmement complexes entre système immunitaire, hormones, métabolisme, microbiote, organes et circulation sanguine qu’un modèle isolé ne reproduit pas toujours entièrement.
Pourquoi la cancérologie est-elle particulièrement concernée ?
Le cancer n’est pas simplement un amas de cellules tumorales.
Une tumeur interagit en permanence avec :
- les cellules immunitaires ;
- les vaisseaux sanguins ;
- les tissus environnants ;
- le métabolisme ;
- parfois plusieurs organes lorsqu’elle forme des métastases.
C’est l’une des raisons pour lesquelles certains modèles animaux restent utilisés.
Mais les modèles animaux possèdent eux-mêmes une limite fondamentale :
une souris n’est pas un être humain.
Un traitement très efficace chez l’animal peut échouer chez l’être humain.
À l’inverse, une toxicité ou une réponse observée dans une espèce ne se reproduit pas nécessairement de la même manière chez les patients.
Le développement de modèles reposant directement sur la biologie humaine représente donc à la fois un enjeu éthique et scientifique.
Moins d’animaux ne doit donc pas être le seul objectif
Une recherche plus respectueuse du bien-être animal ne peut pas être évaluée uniquement avec un compteur.
Il faut regarder simultanément :
combien d’animaux sont utilisés ;
quelles espèces sont concernées ;
quelle est la gravité réelle des procédures ;
combien d’animaux sont élevés mais finalement non utilisés ;
quelles alternatives existent ;
et si les expériences apportent réellement des connaissances impossibles à obtenir autrement.
C’est précisément toute la philosophie des 3R.
Ce qu’il faut retenir
🐭 Le nombre d’animaux utilisés dans certaines régions belges diminue. En Wallonie, 112 493 animaux ont été utilisés pour la première fois en 2024, soit 55 108 de moins qu’en 2023.
📉 À Bruxelles, la baisse s’inscrit dans la durée, avec 86 823 animaux utilisés en 2016 contre 50 922 en 2023.
⚠️ Une diminution du nombre d’animaux ne signifie pas automatiquement une diminution proportionnelle de leur souffrance. Il faut également analyser la gravité des procédures.
🔎 Mais on ne peut pas non plus affirmer globalement que les souffrances deviennent plus intenses. À Bruxelles, les données officielles signalent au contraire une progression des interventions légères par rapport aux sévères depuis 2015.
🧫 Organoïdes, cultures 3D, organes sur puce et modèles informatiques offrent des alternatives de plus en plus performantes, notamment en recherche sur le cancer.
À retenir : la véritable évolution ne consiste pas seulement à utiliser moins d’animaux. L’objectif est de les remplacer lorsque c’est possible, d’en réduire le nombre lorsque leur utilisation reste nécessaire et de diminuer au maximum leur souffrance.
Sources et références
🇧🇪 Références belges
Service public de Wallonie – Statistiques 2024 sur l’utilisation des animaux d’expérience
Consulter le rapport officiel 2024
Service public de Wallonie – Animaux d’expérience et principe des 3R
Bruxelles Environnement – Rapport annuel et expérimentation animale
Consulter les informations de Bruxelles Environnement
📖 Glossaire
Expérimentation animale : utilisation d’animaux vivants dans des procédures scientifiques réglementées.
3R : principe visant à remplacer l’animal lorsque c’est possible, réduire le nombre utilisé et raffiner les procédures pour limiter la souffrance.
Organoïde : structure tridimensionnelle développée à partir de cellules et reproduisant certaines caractéristiques d’un tissu ou d’un organe.
Organe sur puce : dispositif miniature reproduisant certaines fonctions d’un organe afin d’étudier des mécanismes biologiques ou des médicaments.
Gravité : classification de l’impact réel d’une procédure sur le bien-être de l’animal.
🔬 Niveau de preuve
★★★★★ Le nombre d’animaux utilisés a diminué en Wallonie en 2024 et sur le long terme à Bruxelles. Données administratives officielles.
★★★★★ La réglementation impose les principes de remplacement, réduction et raffinement.
★★★★☆ Les méthodes non animales permettent déjà de remplacer certains modèles expérimentaux, mais leur capacité dépend fortement de la question scientifique étudiée.
★☆☆☆☆ « Moins d’animaux signifie que ceux qui restent souffrent davantage » : cette conclusion générale n’est pas démontrée par les données belges disponibles et ne doit pas être déduite de la seule baisse du nombre d’animaux.
Dernière mise à jour : septembre 2026.
Cet article présente les données disponibles sur l’expérimentation animale et les méthodes alternatives. Les statistiques doivent être interprétées en tenant compte des différences de définition, d’espèce, de procédure et de période de déclaration.