Toutes les particules fines se valent-elles ? Deux grandes études américaines publiées en septembre 2026 suggèrent que non. À concentration comparable, les particules PM2,5 provenant des feux de forêt ont été associées à davantage d’hospitalisations cardiovasculaires et respiratoires que les PM2,5 provenant d’autres sources. Plus préoccupant encore pour les patients en oncologie : une seconde étude portant sur plus de 400 000 personnes atteintes d’un cancer du poumon associe l’exposition chronique à ces fumées à une moins bonne survie. Des résultats importants, mais qui restent observationnels et ne permettent pas d’affirmer que toute fumée d’incendie est systématiquement « plus toxique » dans toutes les situations.
La pollution de l’air est déjà reconnue comme un enjeu majeur de santé publique.
Mais lorsqu’un incendie de forêt se déclare à des dizaines, voire des centaines de kilomètres, la fumée peut sembler être un problème beaucoup plus ponctuel.
Elle ne l’est pas forcément.
Les fumées peuvent parcourir des milliers de kilomètres et dégrader la qualité de l’air très loin de l’incendie. En juillet 2026, l’Organisation mondiale de la Santé rappelait d’ailleurs que leur impact sanitaire constitue une préoccupation croissante à l’échelle mondiale.
Deux nouvelles études américaines viennent maintenant apporter une information supplémentaire :
la provenance des particules fines pourrait compter autant que leur quantité.
Que contient exactement la fumée d’un feu de forêt ?
La fumée est un mélange extrêmement complexe.
Elle peut contenir :
- des particules fines PM2,5 ;
- des particules ultrafines ;
- du monoxyde de carbone ;
- des oxydes d’azote ;
- des composés organiques volatils ;
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;
- différents métaux et autres substances toxiques.
Selon l’OMS, environ 90 % de la masse des particules émises par les incendies est constituée de particules d’un diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres.
Ces fameuses PM2,5 sont particulièrement surveillées.
Pourquoi les PM2,5 posent-elles problème ?
Le chiffre 2,5 correspond à leur diamètre maximal :
2,5 micromètres.
Elles sont donc beaucoup plus petites que l’épaisseur d’un cheveu.
Leur petite taille leur permet de pénétrer profondément dans les voies respiratoires.
Certaines particules ou leurs composants peuvent également contribuer à des phénomènes inflammatoires et systémiques affectant notamment les poumons et le système cardiovasculaire.
C’est pourquoi une augmentation de la pollution par les PM2,5 est associée depuis longtemps à différents problèmes de santé.
Mais les chercheurs se demandent désormais si une même quantité de PM2,5 peut avoir des effets différents selon son origine.
Et les nouvelles données suggèrent que oui.
Une première étude portant sur des dizaines de millions d’hospitalisations
Une étude publiée le 17 septembre 2026 dans Nature Communications a comparé directement les effets à long terme :
des PM2,5 provenant des feux de forêt
avec ceux :
des PM2,5 provenant d’autres sources.
Les chercheurs ont étudié les données de 20 États américains entre 2006 et 2019. L’analyse portait sur plus de 57 millions d’hospitalisations cardiovasculaires et près de 33 millions d’hospitalisations pour maladies pulmonaires.
Les résultats sont frappants.
À concentration égale, la fumée des incendies était associée à davantage d’hospitalisations
Pour chaque augmentation de 1 µg/m³ de PM2,5 liée aux feux de forêt, les chercheurs ont observé des augmentations du risque d’hospitalisation allant approximativement :
de +10 % pour l’insuffisance cardiaque
à
+16 % pour l’asthme.
Pour une augmentation équivalente des PM2,5 provenant d’autres sources, les associations étaient plus faibles, allant approximativement de +4,7 % à +8,5 % selon les maladies étudiées.
Les pathologies concernées comprenaient notamment :
- l’asthme ;
- la bronchopneumopathie chronique obstructive ;
- les pneumonies ;
- l’insuffisance cardiaque ;
- les maladies cardiaques ischémiques ;
- l’hypertension.
Cela ne signifie pas que chaque personne exposée voit son risque augmenter de 10 ou 16 % après avoir respiré de la fumée pendant quelques heures.
Il s’agit d’associations statistiques concernant l’exposition à long terme dans une population.
Cette distinction est essentielle.
Pourquoi cette fumée pourrait-elle être plus toxique ?
Toutes les PM2,5 ne possèdent pas exactement la même composition chimique.
Les particules provenant des incendies contiennent notamment davantage de matière carbonée et différents composés organiques.
Des travaux toxicologiques avaient déjà suggéré qu’à dose équivalente, certaines PM2,5 provenant de feux pouvaient provoquer davantage d’effets cardiopulmonaires que des particules issues d’autres sources.
Mais la composition varie énormément.
Un feu de végétation n’est pas chimiquement identique à un incendie qui brûle également :
des maisons, des voitures, des plastiques ou des infrastructures.
Lorsque des structures sont touchées, l’OMS souligne que la fumée et les cendres peuvent contenir davantage de métaux toxiques, d’amiante et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Une étude américaine analysant 27 composants des PM2,5 avait d’ailleurs retrouvé des concentrations plus élevées de cuivre, plomb, zinc et nickel dans les fumées provenant d’incendies ayant brûlé des structures.
Et quel rapport avec le cancer ?
C’est précisément là que le sujet devient particulièrement pertinent pour Oncostar.
La seconde étude publiée en septembre 2026 s’est intéressée non pas au risque de développer un cancer, mais à une population qui en était déjà atteinte.
Elle a été publiée le 15 septembre dans The Lancet Oncology.
Les chercheurs ont étudié :
414 016 personnes âgées de 65 ans ou plus atteintes d’un cancer du poumon.
Les données provenaient de la base américaine SEER-Medicare.
Les chercheurs ont estimé l’exposition à long terme aux PM2,5 à partir du lieu de résidence des patients et ont tenté de distinguer :
les particules provenant des incendies
de
celles provenant des autres sources de pollution.
Une moins bonne survie chez les patients davantage exposés
Les deux types de PM2,5 étaient associésés à une mortalité plus importante après le diagnostic de cancer du poumon.
Mais à augmentation comparable de l’exposition, l’association observée était plus forte avec les PM2,5 provenant des feux de forêt.
Un chiffre permet d’illustrer l’écart.
Dans cette étude, les particules liées aux incendies représentaient seulement environ :
4 % de l’exposition totale aux PM2,5,
mais les chercheurs leur attribuaient environ :
17 % de la mortalité associée à l’exposition totale aux PM2,5.
C’est un signal important.
Mais là encore, il faut comprendre exactement ce qu’il signifie.
La fumée aggrave-t-elle directement le cancer ?
L’étude ne permet pas de l’affirmer.
Il s’agit d’une étude observationnelle.
Elle montre une association entre exposition et survie, pas la preuve que la fumée accélère directement la croissance de la tumeur.
Plusieurs mécanismes pourraient contribuer à cette association :
inflammation pulmonaire ;
stress oxydatif ;
aggravation d’une maladie respiratoire ;
effets cardiovasculaires ;
fragilité accrue chez des patients dont les poumons sont déjà affectés ;
ou éventuellement d’autres mécanismes biologiques.
Mais déterminer leur importance respective nécessite davantage de recherches.
La fumée des incendies provoque-t-elle le cancer ?
C’est encore une autre question.
Et les données sont beaucoup moins solides.
La pollution atmosphérique extérieure et les particules qu’elle contient sont reconnues comme cancérogènes pour l’être humain.
Mais déterminer précisément le risque de cancer attribuable spécifiquement aux fumées des feux de forêt est beaucoup plus difficile.
L’OMS indique en 2026 que les conséquences à long terme de ces fumées, notamment sur différents cancers, font toujours l’objet de recherches.
Une étude publiée en août 2026 a par exemple comparé l’exposition aux PM2,5 provenant des incendies et la prévalence d’antécédents de cancer aux États-Unis.
Elle n’a pas retrouvé d’association globale à l’échelle du pays, même si certaines associations régionales apparaissaient dans le Midwest et le Nord-Est.
Cela illustre bien l’incertitude actuelle.
Mais une autre étude 2026 a envoyé un signal intéressant
Une analyse de la grande cohorte américaine PLCO, présentée au congrès de l’American Association for Cancer Research en 2026, a retrouvé des associations entre l’exposition aux PM2,5 provenant des feux et plusieurs cancers.
Pour chaque augmentation de 1 µg/m³ de l’exposition moyenne sur 36 mois, les chercheurs rapportaient notamment des associations avec les cancers :
- du poumon ;
- colorectal ;
- du sein ;
- de la vessie ;
- et certains cancers hématologiques.
Les auteurs insistent cependant eux-mêmes sur la nécessité de reproduire ces résultats dans d’autres cohortes. Il s’agit à ce stade d’un résumé de congrès et non d’une preuve permettant d’établir un lien causal.
On ne peut donc pas dire aujourd’hui : « respirer la fumée d’un feu de forêt donne le cancer ».
La situation scientifique est beaucoup plus nuancée.
Pourquoi les personnes atteintes d’un cancer peuvent-elles être plus vulnérables ?
Tous les patients en oncologie ne présentent pas la même vulnérabilité.
Mais certaines situations peuvent rendre l’exposition à une pollution intense particulièrement problématique :
- cancer du poumon ;
- métastases pulmonaires ;
- chirurgie pulmonaire antérieure ;
- radiothérapie thoracique ;
- maladie respiratoire préexistante ;
- maladie cardiovasculaire ;
- âge avancé ;
- fragilité générale.
Certains traitements peuvent également diminuer temporairement les réserves physiologiques.
Cela ne signifie pas qu’une personne sous chimiothérapie doit vivre confinée dès qu’un feu survient à plusieurs centaines de kilomètres.
Le niveau réel de pollution de l’air est ce qui compte.
Que faire lorsqu’un épisode de fumée touche sa région ?
L’OMS recommande avant tout de réduire l’exposition lorsque la qualité de l’air est fortement dégradée.
Quelques principes sont utiles.
📱 Vérifier la qualité de l’air
Les concentrations peuvent évoluer rapidement selon le vent et les conditions météorologiques.
Même un incendie très éloigné peut parfois provoquer un épisode important de pollution.
🏠 Limiter l’entrée de fumée dans le logement
Lorsque la pollution extérieure est importante, fermer temporairement les fenêtres peut réduire l’exposition.
Un système de filtration adapté, lorsqu’il est disponible, peut également contribuer à améliorer l’air intérieur.
🏃 Réduire les efforts physiques intenses à l’extérieur
Lors d’un effort, nous respirons davantage d’air.
Nous inhalons donc également davantage de particules.
Reporter une séance sportive extérieure peut être raisonnable pendant un épisode important de fumée.
😷 Et le masque ?
Un masque filtrant correctement ajusté de type FFP2/N95 peut réduire l’inhalation d’une partie des particules fines.
Il ne filtre cependant pas tous les gaz présents dans la fumée.
Les masques chirurgicaux offrent une protection beaucoup plus limitée contre les PM2,5.
🩺 Être attentif aux symptômes
Une consultation peut être nécessaire en présence notamment :
- d’un essoufflement inhabituel ;
- d’une respiration sifflante importante ;
- d’une douleur thoracique ;
- de palpitations ;
- d’une aggravation marquée d’une maladie respiratoire.
Pour une personne suivie pour un cancer du poumon ou présentant une maladie cardiopulmonaire importante, l’équipe médicale peut donner des recommandations plus personnalisées.
Et en Belgique ?
Nous ne sommes évidemment pas exposés aux feux de forêt avec la même fréquence que certaines régions de Californie, du Canada ou du bassin méditerranéen.
Mais cela ne rend pas le problème totalement étranger à la Belgique.
La fumée voyage.
L’OMS rappelle qu’elle peut parcourir des milliers de kilomètres et affecter la qualité de l’air bien au-delà de la zone incendiée.
Les grands incendies européens ou nord-américains peuvent donc ponctuellement influencer la composition de l’air dans des régions éloignées.
Pour le patient, la bonne approche n’est pas de rechercher l’emplacement de chaque incendie dans le monde.
Elle consiste surtout à suivre les informations locales sur la qualité de l’air lorsqu’un épisode de pollution est annoncé.
Ce qu’il faut retenir
🔥 Deux études américaines publiées en septembre 2026 suggèrent qu’à concentration comparable, les PM2,5 provenant des feux de forêt pourraient avoir des effets sanitaires plus importants que les PM2,5 provenant d’autres sources.
🫁 Dans une analyse de dizaines de millions d’hospitalisations, les PM2,5 provenant des incendies étaient associées à des augmentations plus importantes du risque d’hospitalisation cardiovasculaire et respiratoire.
🎗️ Chez 414 016 patients âgés atteints d’un cancer du poumon, une exposition chronique plus importante aux PM2,5 provenant des incendies était associée à une moins bonne survie.
⚠️ Ces études sont observationnelles. Elles établissent des associations et ne permettent pas de conclure que toute particule provenant d’un incendie est intrinsèquement plus dangereuse dans toutes les circonstances.
🧬 Concernant le risque de développer un cancer, les données spécifiques aux feux de forêt restent beaucoup plus limitées et parfois contradictoires.
😷 Lors d’un épisode important de fumée, réduire l’exposition, limiter les efforts extérieurs et surveiller la qualité de l’air sont particulièrement pertinents pour les personnes souffrant d’une maladie respiratoire ou cardiovasculaire et potentiellement pour certains patients en oncologie.
À retenir : les nouvelles recherches remettent en question l’idée selon laquelle toutes les PM2,5 seraient équivalentes. La quantité de pollution reste essentielle, mais sa source et sa composition pourraient également déterminer sa toxicité. Pour les patients atteints d’un cancer du poumon, les premières données de grande ampleur justifient une attention particulière aux épisodes de fumée, sans pour autant conclure qu’ils aggravent directement la tumeur.
Pour aller plus loin
Trouver un professionnel de santé spécialisé en oncologie
Sources scientifiques et références
📚 Les deux nouvelles études américaines
The Lancet Oncology — 15 septembre 2026
Long-term exposure to wildfire-related PM2.5 and overall survival of older patients with lung cancer: a retrospective, registry-based cohort study.
Consulter l’étude dans The Lancet Oncology
Nature Communications — 17 septembre 2026
Cardiopulmonary hospitalization risks from wildfire-specific and non-wildfire PM2.5 in 20 US states.
Consulter l’étude dans Nature Communications
🌍 Organisation mondiale de la Santé
OMS — Incendies de forêt et santé — mise à jour du 31 juillet 2026
Composition des fumées, PM2,5, populations vulnérables et recommandations de protection.
🧬 Fumée des incendies et cancer
Cancer Epidemiology — 2026
Wildfire smoke PM2.5 and cancer history prevalence in the contiguous United States.
AACR Annual Meeting 2026 — PLCO Trial
Wildfire smoke and cancer risk in the United States.
Consulter le résumé scientifique
🧪 Composition chimique des fumées
Environmental Science & Technology
The Influence of Wildfire Smoke on Ambient PM2.5 Chemical Species Concentrations in the Contiguous US.
📖 Glossaire
PM2,5 : particules en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur ou égal à 2,5 micromètres.
Particules ultrafines : particules encore plus petites, généralement inférieures à 0,1 micromètre.
HAP : hydrocarbures aromatiques polycycliques, famille de composés dont certains possèdent des propriétés cancérogènes.
Étude observationnelle : étude analysant ce qui se produit dans une population sans attribuer aléatoirement les participants à une exposition. Elle peut mettre en évidence une association, mais démontrer une causalité demande davantage d’éléments.
🔬 Niveau de preuve scientifique
★★★★★ La fumée des feux de forêt contient des PM2,5 et de nombreux autres polluants pouvant affecter la santé respiratoire et cardiovasculaire.
★★★★☆ À concentration comparable, les PM2,5 provenant des feux de forêt pourraient être associées à davantage d’effets cardiopulmonaires que celles provenant d’autres sources. La nouvelle étude américaine est de très grande ampleur, mais reste observationnelle.
★★★★☆ L’exposition chronique aux PM2,5 provenant des incendies est associée à une moins bonne survie chez les personnes âgées atteintes d’un cancer du poumon. Association démontrée dans une vaste cohorte ; causalité non établie.
★★☆☆☆ La fumée des feux de forêt augmente directement le risque de développer plusieurs cancers : des signaux émergent, mais les données spécifiques restent insuffisantes pour établir des relations causales pour chaque cancer.
☆☆☆☆☆ « Respirer une fois de la fumée de feu de forêt donne le cancer » : aucune donnée ne permet une telle conclusion.
Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un avis médical. Une personne atteinte d’un cancer, notamment pulmonaire, qui présente une aggravation de son essoufflement ou des symptômes inhabituels lors d’un épisode important de pollution doit demander conseil à son équipe soignante.