Pesticides dans l’eau potable : que sait-on réellement du S-métolachlore en Belgique ?

Pesticides dans l’eau potable : que sait-on réellement du S-métolachlore en Belgique ?

La détection au Québec de S-métolachlore dans l’eau potable de plusieurs municipalités relance une question qui concerne aussi la Belgique. Cet herbicide n’est plus autorisé dans l’Union européenne depuis 2024, notamment en raison de préoccupations concernant la contamination des eaux souterraines. En Wallonie, des produits issus de sa dégradation sont effectivement retrouvés dans certaines nappes. Mais cela ne signifie ni que toute l’eau du robinet belge est contaminée, ni que les concentrations détectées représentent automatiquement un danger pour la santé ou un risque de cancer. Pour comprendre la situation, il faut distinguer pesticide, métabolites, eaux souterraines, eau distribuée et seuils réglementaires.

Une information venue du Québec peut sembler inquiétante :

du S-métolachlore, un herbicide agricole, a été détecté dans l’eau potable de plusieurs municipalités.

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Certaines concentrations rapportées dépasseraient même la valeur de 0,1 microgramme par litre (µg/L) utilisée dans l’Union européenne pour certains pesticides dans l’eau destinée à la consommation humaine.

De quoi susciter une question légitime :

🇧🇪 Et en Belgique, retrouve-t-on également ce pesticide dans notre eau ?

La réponse courte est :

oui, le métolachlore et surtout certains de ses produits de dégradation font partie des substances surveillées et retrouvées dans certaines eaux souterraines belges.

Mais cette réponse nécessite immédiatement une précision essentielle :

détecter un pesticide ou l’un de ses métabolites dans une nappe phréatique ne signifie pas que l’eau arrivant au robinet présente un danger pour la santé.

Et encore moins qu’elle provoque un cancer.


🌽 Qu’est-ce que le S-métolachlore ?

Le S-métolachlore est un herbicide qui a notamment été utilisé pour lutter contre certaines mauvaises herbes dans des cultures comme le maïs.

Après son application sur les cultures, la substance ne reste pas nécessairement sous sa forme initiale.

Elle peut être transformée dans l’environnement en plusieurs métabolites, c’est-à-dire des produits de dégradation.

Parmi eux figure notamment :

le métolachlore ESA (CGA354743).

Ces molécules peuvent être plus mobiles que la substance d’origine.

Elles peuvent donc migrer dans le sol et atteindre les eaux souterraines.


🚫 Le S-métolachlore est-il toujours autorisé en Belgique ?

Non.

La Commission européenne a décidé de ne pas renouveler l’autorisation du S-métolachlore.

Les États membres devaient retirer les autorisations des produits phytopharmaceutiques contenant cette substance au plus tard le 23 avril 2024.

Les éventuels délais de grâce devaient prendre fin au plus tard le 23 juillet 2024.

Consulter le règlement européen sur le S-métolachlore

Son utilisation phytopharmaceutique n’est donc plus autorisée dans l’Union européenne.


❓ Pourquoi l’Europe l’a-t-elle retiré ?

C’est ici qu’il faut être précis.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait identifié plusieurs préoccupations importantes lors de la réévaluation du S-métolachlore.

L’une des principales concernait la possibilité que la substance et certains de ses métabolites atteignent les eaux souterraines.

L’EFSA avait notamment constaté que, dans des sites sélectionnés pour représenter des situations vulnérables, le S-métolachlore ou un métabolite herbicide actif pouvaient dépasser la valeur paramétrique de 0,1 µg/L.

Des dépassements avaient également été observés dans les données générales de surveillance de plusieurs pays, dont la Belgique.

Consulter l’évaluation scientifique de l’EFSA

La décision européenne repose donc notamment sur des préoccupations concernant la protection des eaux souterraines et de l’environnement.


⚠️ Cela signifie-t-il que le S-métolachlore est « plus dangereux que le glyphosate » ?

Cette comparaison circule parfois.

Mais elle est trop simplificatrice pour être scientifiquement satisfaisante.

Il n’existe pas une échelle universelle permettant de classer simplement deux pesticides comme « plus dangereux » ou « moins dangereux ».

On peut comparer :

leur toxicité aiguë ;

leur toxicité chronique ;

leur potentiel cancérogène ;

leur mobilité dans les sols ;

leur persistance ;

leur capacité à contaminer les nappes ;

leur toxicité pour les organismes aquatiques ;

leur impact sur la biodiversité ;

ou encore les niveaux auxquels la population est réellement exposée.

Une substance peut donc poser davantage de problèmes qu’une autre pour les eaux souterraines, tout en présentant un profil différent lorsqu’on étudie un autre effet.

Oncostar ne retiendra donc pas l’affirmation selon laquelle le S-métolachlore serait simplement « plus dangereux que le glyphosate ».


🇧🇪 Retrouve-t-on du métolachlore en Belgique ?

Oui.

Et ce n’est pas une découverte récente.

Les autorités wallonnes surveillent depuis plusieurs années différents pesticides et leurs métabolites dans les eaux souterraines.

Le métolachlore ESA fait partie des substances identifiées comme problématiques dans certaines nappes wallonnes.

Consulter les données du SPW sur les pesticides dans les eaux souterraines


💧 Que montrent les données wallonnes ?

Sur la période 2017-2020, lorsque les 18 pesticides et métabolites retenus par l’indicateur environnemental wallon sont pris en compte, au moins l’un d’eux était détectable dans environ :

70 % des sites de contrôle des eaux souterraines.

Mais attention à l’interprétation de ce chiffre.

Il ne signifie pas :

❌ que 70 % de l’eau potable wallonne est dangereuse ;

❌ que 70 % des robinets contiennent du S-métolachlore ;

❌ que les concentrations dépassent partout les normes ;

❌ ni que 70 % de la population est exposée à un risque sanitaire.

Il s’agit d’un indicateur de qualité des eaux souterraines, basé sur des sites de surveillance environnementale et un ensemble de pesticides et métabolites.


🌍 Une nappe phréatique n’est pas la même chose que l’eau de votre robinet

C’est probablement la distinction la plus importante de cet article.

Une analyse environnementale peut être réalisée dans :

une nappe souterraine ;

un puits de surveillance ;

une rivière ;

un captage ;

une eau brute destinée à être traitée ;

ou directement dans l’eau distribuée.

Ces résultats ne sont pas interchangeables.

L’eau destinée à la consommation peut être :

captée à plusieurs endroits ;

mélangée à d’autres ressources ;

traitée ;

contrôlée ;

et, lorsque cela est nécessaire, faire l’objet de mesures correctrices avant distribution.

Une pollution des eaux souterraines constitue donc un véritable problème environnemental et une menace pour les ressources en eau potable.

Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que l’eau du robinet est impropre à la consommation.


🧪 Qu’est-ce que le métolachlore ESA ?

Le métolachlore ESA est un produit de dégradation du métolachlore/S-métolachlore.

C’est important car une analyse peut ne plus retrouver beaucoup de pesticide d’origine, mais retrouver ses métabolites.

Certaines de ces molécules sont particulièrement mobiles.

Elles peuvent donc persister dans les nappes longtemps après la diminution ou l’arrêt de l’utilisation du pesticide.

Le SPW cite le métolachlore ESA parmi les substances responsables d’une dégradation de la qualité de certaines eaux souterraines wallonnes.


🕰️ Comment un pesticide interdit peut-il encore être retrouvé plusieurs années plus tard ?

Parce qu’interdire une substance arrête son utilisation future.

Cela n’efface pas instantanément ce qui se trouve déjà dans l’environnement.

Les molécules peuvent avoir pénétré :

dans les sols ;

dans les nappes ;

dans les sédiments ;

ou dans d’autres compartiments environnementaux.

Certaines mettent beaucoup de temps à disparaître.

Le phénomène est bien connu avec d’autres herbicides.


😮 L’atrazine : un exemple particulièrement parlant en Belgique

L’atrazine est un herbicide dont l’utilisation n’est plus autorisée depuis de nombreuses années.

Pourtant, son principal métabolite, la déséthylatrazine, continue d’être retrouvé dans les eaux souterraines wallonnes.

Le SPW explique cette persistance notamment par la mobilité de ces substances et leur persistance dans les sols et les aquifères.

Cela montre pourquoi :

« pesticide interdit » ne signifie pas « pesticide disparu ».


📏 Que signifie la valeur européenne de 0,1 µg/L ?

C’est ici qu’une grande partie des malentendus peut apparaître.

Pour les pesticides concernés, la réglementation européenne utilise traditionnellement une valeur paramétrique de :

0,1 microgramme par litre.

Cela correspond à :

0,0000001 gramme par litre.

La réglementation prévoit également une valeur pour la somme des pesticides quantifiés.

Mais il faut comprendre la nature de ce seuil.


⚠️ 0,1 µg/L n’est pas une « dose toxique »

Un dépassement de 0,1 µg/L ne signifie pas :

« au-dessus de cette concentration, l’eau provoque un cancer ».

Ce serait scientifiquement incorrect.

Cette valeur réglementaire européenne est historiquement très protectrice et ne correspond pas, substance par substance, à un seuil toxicologique universel à partir duquel un effet sanitaire apparaîtrait.

Elle sert notamment à maintenir une très forte protection des ressources destinées à l’alimentation en eau.

Norme réglementaire et seuil toxicologique ne sont donc pas synonymes.

Cette distinction est indispensable lorsqu’on compare les résultats québécois à la réglementation européenne.


🧪 Et les métabolites ?

Tous les produits de dégradation d’un pesticide n’ont pas nécessairement la même toxicité que la substance d’origine.

Les autorités distinguent notamment les métabolites considérés comme pertinents et ceux considérés comme non pertinents du point de vue sanitaire et réglementaire.

Dans le nouveau cadre fédéral belge applicable aux eaux relevant de sa compétence, une valeur indicative de :

4,5 µg/L

est prévue pour chaque métabolite de pesticide considéré comme non pertinent.

Consulter les explications du SPF Santé publique

Cela montre pourquoi il serait incorrect d’appliquer automatiquement la limite de 0,1 µg/L à n’importe quel métabolite, sans examiner son statut réglementaire.


🇧🇪 Les règles sont-elles identiques partout en Belgique ?

La situation institutionnelle belge nécessite également une nuance.

Pour l’eau du robinet distribuée aux consommateurs, une partie importante du contrôle et de la réglementation relève des Régions.

Le cadre européen fixe des exigences communes, qui sont ensuite transposées et mises en œuvre dans les différentes réglementations.

Pour certaines catégories d’eau — notamment l’eau conditionnée et l’eau utilisée dans certaines entreprises alimentaires — le SPF Santé publique exerce des compétences fédérales.

Il faut donc toujours vérifier de quel type d’eau et de quelle Région on parle avant de comparer deux valeurs.


🚰 L’eau du robinet belge est-elle contrôlée ?

Oui.

Les distributeurs et autorités mettent en œuvre des programmes de surveillance.

À Bruxelles, par exemple, VIVAQUA assure le contrôle des eaux distribuées dans le cadre de programmes approuvés par Bruxelles Environnement.

Consulter les informations de Bruxelles Environnement sur l’eau du robinet

En Wallonie, les distributeurs publient également des informations sur la qualité de l’eau distribuée.

Les résultats peuvent varier selon la zone de distribution, car l’eau n’a pas partout la même origine.


🏠 Comment savoir ce qu’il y a dans l’eau de son propre robinet ?

C’est une question plus utile que de demander :

« L’eau belge contient-elle des pesticides ? »

Il n’existe pas une seule « eau belge ».

L’eau distribuée à Arlon n’a pas nécessairement la même origine que celle de Bruxelles, Liège, Mons ou Anvers.

Le consommateur peut consulter les données de son distributeur pour sa zone de distribution.

En Wallonie, la SWDE permet notamment de consulter la composition et la qualité de l’eau selon l’adresse ou la zone concernée.

À Bruxelles, VIVAQUA fournit également des informations sur la qualité de l’eau distribuée.


🧴 Faut-il acheter de l’eau en bouteille à cause du S-métolachlore ?

Les données disponibles ne justifient pas une recommandation générale de ce type.

La présence de pesticides dans certaines nappes ne constitue pas, à elle seule, une raison pour abandonner l’eau du robinet en Belgique.

L’eau en bouteille n’est d’ailleurs pas une eau « sans substances chimiques » par définition.

Elle répond à son propre cadre réglementaire et peut elle aussi contenir naturellement ou accidentellement différentes substances à l’état de traces.

Changer systématiquement pour de l’eau embouteillée entraînerait également :

des dépenses supplémentaires ;

davantage de déchets ;

du transport ;

et une exposition potentielle à d’autres contaminants qui font eux aussi l’objet d’une surveillance.


🧽 Une carafe filtrante élimine-t-elle les pesticides ?

Pas nécessairement.

L’efficacité dépend :

du type de filtre ;

de la molécule ;

de la concentration ;

de l’entretien du dispositif ;

et de la fréquence de remplacement de la cartouche.

Une carafe domestique ne doit donc pas être considérée comme une garantie universelle d’élimination des pesticides.

Et un filtre mal entretenu peut poser d’autres problèmes, notamment microbiologiques.


♨️ Faire bouillir l’eau élimine-t-il le métolachlore ?

Faire bouillir l’eau est utile contre de nombreux micro-organismes lorsqu’une autorité sanitaire le recommande.

Mais :

faire bouillir l’eau n’est pas une méthode générale permettant d’éliminer les pesticides.

L’ébullition ne doit donc pas être présentée comme une solution domestique à une contamination chimique.

En cas de problème identifié dans une zone de distribution, ce sont les recommandations du distributeur et des autorités sanitaires qui doivent être suivies.


🧑‍⚕️ Et pour les personnes atteintes d’un cancer ?

Aucune recommandation générale ne justifie que les personnes atteintes d’un cancer cessent de boire l’eau du robinet belge en raison du S-métolachlore.

Une personne immunodéprimée peut recevoir des recommandations particulières concernant l’eau ou l’alimentation, mais celles-ci concernent souvent avant tout le risque microbiologique et dépendent du traitement reçu.

En cas de consigne spécifique donnée par l’équipe d’oncologie, celle-ci doit naturellement être suivie.


🧬 Le S-métolachlore provoque-t-il le cancer chez l’être humain ?

Il faut ici être particulièrement prudent.

La présence d’un pesticide dans l’environnement ne suffit pas à démontrer qu’il provoque des cancers chez l’être humain aux concentrations rencontrées dans l’eau potable.

L’évaluation européenne ayant conduit au non-renouvellement du S-métolachlore a notamment identifié des préoccupations environnementales importantes concernant les eaux souterraines et certains risques pour les mammifères. L’évaluation toxicologique comporte également des incertitudes et des questions concernant certains composés et métabolites.

Mais cela ne permet pas d’affirmer que :

« boire de l’eau contenant une trace de S-métolachlore provoque un cancer ».

Une telle conclusion nécessiterait des données démontrant un risque pour l’être humain aux niveaux réels d’exposition.


🔬 Pourquoi alors appliquer des normes aussi strictes ?

Parce que la prévention environnementale fonctionne différemment de la médecine clinique.

Lorsqu’une ressource fournit de l’eau potable à des milliers ou des millions de personnes pendant des décennies, l’objectif est de limiter autant que raisonnablement possible la présence de contaminants.

Il faut aussi protéger les nappes avant qu’elles ne deviennent difficiles ou coûteuses à traiter.

Une norme environnementale stricte sert donc aussi à empêcher la pollution de s’installer durablement.

Elle ne doit pas être interprétée uniquement comme une frontière entre « sans danger » et « toxique ».


🌱 Le véritable problème pourrait être sous nos pieds

L’enjeu le plus important du S-métolachlore n’est peut-être pas une alerte immédiate sur l’eau du robinet.

C’est la contamination durable de certaines ressources en eau souterraine.

En Wallonie, les pesticides représentent, après les nitrates, un facteur important de dégradation de la qualité des nappes.

Sur la période 2017-2020, 12 des 34 masses d’eau souterraine wallonnes présentaient, selon l’indicateur utilisé et pour les pesticides étudiés, une qualité allant de moyenne à mauvaise.

C’est un problème environnemental réel.

Et protéger ces nappes aujourd’hui, c’est aussi protéger l’eau potable de demain.


🛡️ Quelles protections existent en Belgique ?

Plusieurs niveaux de protection se superposent.

🚫 Retrait des substances problématiques

Le S-métolachlore n’est plus approuvé dans l’Union européenne.

🌊 Surveillance des nappes

Les Régions contrôlent la présence de pesticides et de métabolites dans les eaux souterraines.

🚰 Contrôle de l’eau distribuée

Les distributeurs réalisent des analyses dans le cadre de programmes réglementés.

🌱 Protection des captages

Des restrictions particulières peuvent s’appliquer autour des zones utilisées pour produire de l’eau potable.

À Bruxelles, par exemple, l’utilisation de pesticides est interdite dans les zones de protection des captages concernés.

🇪🇺 Valeurs réglementaires

La réglementation européenne et les réglementations belges imposent des valeurs permettant de déclencher surveillance et actions lorsque cela est nécessaire.


👶 Et les enfants ou les femmes enceintes ?

Les enfants et le développement fœtal justifient naturellement une attention particulière lorsqu’on évalue l’exposition chronique à des substances chimiques.

Mais les données actuellement disponibles ne permettent pas de recommander à toutes les femmes enceintes ou à tous les parents belges d’éviter l’eau du robinet en raison du S-métolachlore.

En l’absence d’alerte locale officielle, il n’existe pas de raison générale de modifier la consommation d’eau sur cette seule base.

En cas de dépassement identifié dans une zone particulière, les recommandations des autorités sanitaires et du distributeur priment.


🧪 Détecter des traces : une mauvaise nouvelle… et aussi le signe que nous savons mieux mesurer

Les techniques analytiques modernes permettent aujourd’hui de détecter des substances à des concentrations extrêmement faibles.

C’est une avancée majeure.

Mais elle crée aussi un nouveau défi pour l’information du public.

« Détectable » ne signifie pas nécessairement « dangereux ».

Inversement :

« concentration faible » ne signifie pas qu’il faut ignorer la pollution.

Il faut donc poser quatre questions :

Quelle substance ?

À quelle concentration ?

Dans quel type d’eau ?

Par rapport à quelle valeur sanitaire ou réglementaire ?

Sans ces quatre informations, un chiffre isolé peut être très trompeur.


🇨🇦 Que nous apprend finalement l’alerte venue du Québec ?

Elle rappelle qu’un pesticide utilisé pendant des années peut finir par contaminer les ressources en eau.

Elle rappelle aussi que les décisions prises aujourd’hui en agriculture peuvent avoir des conséquences mesurables plusieurs années plus tard.

Mais comparer directement une concentration québécoise à la valeur européenne de 0,1 µg/L sans expliquer la nature de cette valeur peut conduire à une conclusion exagérément alarmiste.

Et transposer automatiquement la situation québécoise à la Belgique serait également incorrect.


🇧🇪 La bonne question n’est donc pas « notre eau est-elle empoisonnée ? »

Une formulation plus utile serait :

« Comment empêcher les pesticides et leurs métabolites de contaminer durablement les ressources dont dépend notre eau potable ? »

Car le problème environnemental existe réellement.

En Wallonie, des substances utilisées aujourd’hui ou autrefois sont encore détectées dans certaines nappes.

L’interdiction d’un pesticide peut empêcher de nouvelles utilisations.

Mais la restauration d’une nappe souterraine peut prendre beaucoup plus longtemps.


Ce qu’il faut retenir

💧 Le métolachlore et certains de ses métabolites sont effectivement retrouvés dans certaines eaux souterraines en Belgique, notamment en Wallonie.

🚫 Le S-métolachlore n’est plus approuvé comme substance active phytopharmaceutique dans l’Union européenne ; les autorisations nationales devaient être retirées en 2024.

🌽 Le métolachlore ESA est un produit de dégradation particulièrement mobile qui peut persister dans les nappes.

⚠️ Présence dans une eau souterraine ne signifie pas automatiquement présence au même niveau dans l’eau distribuée au robinet.

📏 La valeur de 0,1 µg/L utilisée pour les pesticides concernés est une valeur réglementaire très protectrice ; elle ne correspond pas à une dose à partir de laquelle un cancer apparaîtrait.

🧪 Les métabolites considérés comme non pertinents peuvent être soumis à des valeurs de gestion différentes.

🚰 Les données disponibles ne justifient pas de recommander à la population belge d’abandonner l’eau du robinet à cause du S-métolachlore.

🧬 On ne peut pas conclure que les traces environnementales de S-métolachlore mesurées dans l’eau provoquent des cancers chez l’être humain.

🌱 La contamination des nappes reste néanmoins un problème environnemental important, car celles-ci constituent une ressource essentielle pour l’eau potable.

❤️ Pour les personnes atteintes d’un cancer, aucune recommandation générale ne justifie d’éviter l’eau du robinet belge à cause de cette substance en l’absence d’une consigne locale ou médicale spécifique.

À retenir : le S-métolachlore constitue un véritable sujet de protection des ressources en eau, suffisamment préoccupant pour que son autorisation n’ait pas été renouvelée dans l’Union européenne. Mais transformer ce constat environnemental en affirmation selon laquelle « l’eau du robinet belge est dangereuse » ou « provoque le cancer » ne serait pas soutenu par les données disponibles. La bonne approche consiste à surveiller les nappes, contrôler l’eau distribuée, réduire les contaminations à la source et informer précisément la population lorsque des dépassements sont constatés.

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Sources scientifiques et références

🇧🇪 Wallonie — pesticides dans les eaux souterraines

Le Service public de Wallonie documente la présence de pesticides et de leurs métabolites dans les nappes, notamment le métolachlore ESA.

Consulter l’État de l’environnement wallon — Pesticides dans les eaux souterraines

🇧🇪 Belgique — réglementation de l’eau

Le nouveau cadre fédéral distingue notamment les pesticides et certains métabolites non pertinents, pour lesquels une valeur indicative de 4,5 µg/L est prévue dans les eaux relevant de cette réglementation.

Consulter les explications du SPF Santé publique

🇧🇪 Bruxelles — surveillance de l’eau potable

Bruxelles Environnement décrit l’origine de l’eau distribuée, les mesures de protection des captages et la surveillance assurée avec VIVAQUA.

Consulter les informations de Bruxelles Environnement

🇪🇺 Union européenne — interdiction du S-métolachlore

La Commission européenne a décidé de ne pas renouveler l’approbation de cette substance active. Les autorisations nationales devaient être retirées au plus tard le 23 avril 2024 et les délais de grâce prendre fin au plus tard le 23 juillet 2024.

Consulter le règlement européen 2024/20

🔬 EFSA — évaluation scientifique du S-métolachlore

L’EFSA a identifié plusieurs préoccupations critiques, notamment concernant la contamination potentielle des eaux souterraines et certains risques environnementaux.

Consulter l’évaluation scientifique complète

📖 Glossaire

S-métolachlore : herbicide anciennement utilisé notamment dans certaines cultures de maïs et de tournesol et dont l’approbation européenne n’a pas été renouvelée.

Métabolite : substance produite lorsqu’une molécule est transformée ou dégradée dans l’environnement ou dans un organisme.

Métolachlore ESA : l’un des principaux produits de dégradation du métolachlore/S-métolachlore, retrouvé dans certaines eaux souterraines.

Eau souterraine : eau présente sous la surface du sol, notamment dans les nappes et aquifères.

Eau brute : eau prélevée dans l’environnement avant son éventuel traitement pour la consommation.

Eau distribuée : eau qui a été préparée et acheminée dans le réseau destiné aux consommateurs.

Valeur paramétrique : valeur réglementaire utilisée pour évaluer la conformité ou déclencher des mesures de gestion. Elle ne correspond pas nécessairement à un seuil toxicologique.

Métabolite pertinent : produit de dégradation considéré comme devant être pris en compte selon des critères réglementaires liés notamment à ses propriétés toxicologiques ou à son activité.

Métabolite non pertinent : métabolite qui, après évaluation, ne répond pas aux critères le faisant considérer comme pertinent ; il peut néanmoins faire l’objet d’une surveillance et d’une valeur de gestion.

🔬 Niveau de preuve scientifique

★★★★★ Le S-métolachlore et certains de ses métabolites présentent un potentiel de contamination des eaux souterraines. Ce constat a été documenté par l’EFSA et fait partie des préoccupations ayant conduit au non-renouvellement européen.

★★★★★ Le métolachlore ESA est retrouvé dans certaines eaux souterraines wallonnes. Les données officielles du SPW le documentent.

★★★★★ L’approbation européenne du S-métolachlore n’a pas été renouvelée et les autorisations de produits phytopharmaceutiques le contenant devaient être retirées en 2024.

★★★★★ Une concentration supérieure à 0,1 µg/L ne doit pas être interprétée automatiquement comme un seuil à partir duquel apparaîtrait un cancer ou une intoxication. Valeur réglementaire et seuil toxicologique sont deux notions différentes.

★★★★☆ Les conséquences sanitaires d’une exposition chronique dépendent de la substance, du métabolite, de la concentration, de la durée d’exposition et de la toxicologie propre à chaque composé.

★★☆☆☆ Il n’existe pas de base scientifique suffisante pour affirmer que les traces de S-métolachlore ou de ses métabolites rencontrées dans l’eau potable belge provoquent des cancers dans la population.

★☆☆☆☆ L’affirmation générale selon laquelle le S-métolachlore serait simplement « plus dangereux pour la santé que le glyphosate » n’est pas une comparaison scientifique suffisamment précise pour informer correctement le public.

Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.

Cet article a une vocation d’information générale et environnementale. Il ne permet pas d’évaluer la qualité de l’eau à une adresse précise. Les concentrations peuvent varier selon la ressource et la zone de distribution. En cas d’alerte concernant l’eau potable dans votre commune, suivez les recommandations du distributeur et des autorités sanitaires compétentes. Les informations sur les risques de cancer décrivent l’état actuel des connaissances et ne permettent pas d’établir un risque individuel à partir de la seule détection d’une substance.

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