Cancer en Belgique : beaucoup d’essais cliniques, mais tous les patients y ont-ils réellement accès ?

Cancer en Belgique : beaucoup d’essais cliniques, mais tous les patients y ont-ils réellement accès ?

La Belgique fait partie des pays européens les plus actifs dans la recherche clinique et l’oncologie y occupe une place importante. Pour certains patients atteints d’un cancer, participer à un essai clinique peut permettre d’accéder à un traitement innovant plusieurs années avant son éventuelle commercialisation. Mais encore faut-il savoir que l’essai existe, être soigné dans un centre qui le propose et répondre à des critères d’inclusion parfois très précis.

Lorsqu’un nouveau traitement contre le cancer fait parler de lui, une question revient souvent :

« Peut-on déjà y avoir accès en Belgique ? »

La réponse passe parfois par un essai clinique.

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Avant qu’un nouveau médicament puisse devenir un traitement standard, il doit généralement franchir plusieurs étapes permettant de déterminer :

s’il est suffisamment sûr ;

s’il fonctionne réellement ;

pour quels patients ;

à quelle dose ;

avec quels effets indésirables ;

et s’il apporte un avantage par rapport aux traitements déjà disponibles.

La Belgique joue depuis longtemps un rôle important dans cette recherche.


🇧🇪 La Belgique, petit pays mais grande terre d’essais cliniques

Rapportée à sa population, la Belgique reste parmi les leaders européens pour le nombre d’essais cliniques autorisés.

Les données présentées en 2026 montrent qu’après deux années de recul, le nombre d’essais autorisés a de nouveau augmenté en 2024 pour retrouver un niveau proche de celui observé en 2022.

Cette position s’explique notamment par la présence :

de nombreux hôpitaux universitaires ;

de centres spécialisés ;

d’équipes médicales expérimentées ;

d’une importante industrie pharmaceutique et biotechnologique ;

et d’une longue tradition de recherche clinique.

En oncologie, cet écosystème est particulièrement développé.

Mais cette position n’est pas acquise.

Une analyse publiée en 2026 souligne une diminution d’environ 1,1 % du nombre d’autorisations sur huit ans, tandis que d’autres pays européens renforcent leur activité.


🔬 Pourquoi l’oncologie occupe-t-elle une place aussi importante ?

Parce que les traitements du cancer évoluent extrêmement rapidement.

Ces dernières années ont notamment vu se développer :

les immunothérapies ;

les thérapies ciblées ;

les anticorps conjugués ;

les anticorps bispécifiques ;

les thérapies cellulaires ;

les traitements guidés par des biomarqueurs ;

et certaines formes de médecine personnalisée.

Avant de rejoindre la pratique quotidienne, ces traitements doivent être évalués.

Et cela nécessite des patients volontaires pour participer aux essais.


🧪 Un essai clinique, ce n’est pas forcément « le dernier recours »

C’est une idée très répandue.

On imagine parfois qu’un essai clinique n’est proposé que lorsque tous les traitements habituels ont échoué.

Ce n’est pas toujours le cas.

Des essais existent à pratiquement toutes les étapes de la maladie.

Ils peuvent concerner :

un cancer nouvellement diagnostiqué ;

un traitement avant une chirurgie ;

un traitement après une chirurgie ;

un cancer métastatique ;

une récidive ;

la prévention d’une rechute ;

ou encore les soins de support.

Certains comparent même deux stratégies déjà utilisées afin de déterminer laquelle fonctionne le mieux dans la vie réelle.


🧬 Certains essais cherchent des patients extrêmement précis

C’est l’une des grandes transformations de l’oncologie moderne.

Autrefois, un essai pouvait rechercher assez largement des personnes atteintes d’un cancer du poumon ou d’un cancer du sein.

Aujourd’hui, certains protocoles recherchent par exemple :

un cancer du poumon ;

à un stade particulier ;

avec une mutation particulière ;

après un traitement précis ;

sans certaines maladies associées ;

et avec des paramètres biologiques répondant à des limites définies.

Deux patients ayant apparemment le même cancer peuvent donc ne pas être éligibles au même essai.

C’est particulièrement vrai avec le développement de la médecine de précision.


🎯 Participer à un essai signifie-t-il recevoir forcément un traitement expérimental ?

Non.

Cela dépend du protocole.

Dans certains essais, tous les participants reçoivent le nouveau traitement.

Dans d’autres, le nouveau traitement est comparé au traitement de référence.

Les participants peuvent alors être répartis entre différents groupes.

Cette répartition est parfois réalisée par tirage au sort : c’est ce que l’on appelle la randomisation.

Le patient doit recevoir une information détaillée avant de décider s’il souhaite participer.


📝 Peut-on refuser ?

Oui.

Participer à un essai clinique est volontaire.

Le patient doit donner son consentement après avoir reçu les informations nécessaires sur :

l’objectif de l’étude ;

le traitement proposé ;

les alternatives ;

les contraintes ;

les risques connus ;

les effets indésirables possibles ;

et les examens supplémentaires éventuels.

Il peut également décider de quitter l’étude selon les conditions prévues par le protocole, sans perdre son droit aux soins habituels.


🚪 Alors pourquoi parle-t-on d’un accès inégal ?

Parce qu’avoir beaucoup d’essais cliniques dans un pays ne signifie pas automatiquement que chaque patient dispose des mêmes possibilités d’y participer.

Plusieurs obstacles peuvent intervenir.


🏥 1. Tous les hôpitaux ne proposent pas les mêmes essais

Un essai clinique est réalisé dans des centres sélectionnés.

Pour un même cancer, un essai peut être disponible à Bruxelles mais pas à Arlon.

À Leuven mais pas dans un hôpital plus proche du domicile.

À Liège mais pas nécessairement dans chaque établissement wallon.

Cela ne signifie pas que les soins proposés ailleurs sont moins bons.

Mais l’offre de recherche clinique peut être différente.


🗺️ 2. La distance peut devenir un véritable obstacle

Participer à un essai peut nécessiter :

des consultations supplémentaires ;

des prises de sang ;

des scanners ;

des biopsies ;

des questionnaires ;

ou des visites plus fréquentes à l’hôpital.

Pour une personne vivant loin du centre investigateur, cela peut représenter :

des heures de déplacement ;

des frais ;

une organisation familiale ;

des absences professionnelles ;

et une fatigue supplémentaire.

L’accès théorique à un essai n’est donc pas toujours synonyme d’accès pratique.


🧑‍⚕️ 3. Encore faut-il savoir que l’essai existe

C’est probablement l’un des enjeux les plus importants.

Un patient dépend souvent de son équipe médicale pour savoir si un essai clinique pourrait correspondre à sa situation.

Or aucun oncologue ne peut connaître de mémoire tous les essais ouverts en Belgique et en Europe.

L’AFMPS recommande d’ailleurs aux patients intéressés d’en discuter avec leur médecin généraliste ou leur spécialiste.

Elle renvoie également vers les bases permettant de rechercher les essais ouverts en Belgique.


🔎 Peut-on chercher soi-même un essai clinique en Belgique ?

Oui.

L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé met à disposition des informations sur les essais cliniques.

L’Agence européenne des médicaments propose également une base publique CTIS — Clinical Trials Information System ainsi qu’une carte permettant de rechercher les essais menés dans l’Union européenne.

Mais pour un patient, la lecture peut être difficile.

Les protocoles utilisent un vocabulaire extrêmement technique :

mutation ;

biomarqueur ;

ligne thérapeutique ;

ECOG ;

critères d’inclusion ;

critères d’exclusion ;

phase I, II ou III…

Trouver un essai sur Internet ne signifie donc pas que l’on peut y participer.

L’éligibilité doit être évaluée médicalement.


❓ Une question simple à poser à son oncologue

Lors d’une consultation, un patient peut parfaitement demander :

« Existe-t-il actuellement un essai clinique qui pourrait correspondre à mon cancer et à ma situation ? »

Et éventuellement :

« Y en a-t-il dans un autre centre belge ? »

Poser cette question ne signifie pas remettre en cause son oncologue.

Elle peut simplement ouvrir la discussion sur les différentes possibilités thérapeutiques.


🏥 Peut-on être envoyé dans un autre hôpital uniquement pour participer à un essai ?

Dans certaines situations, oui.

Un patient peut être évalué par un autre centre disposant d’un protocole particulier.

La prise en charge peut alors nécessiter une collaboration entre plusieurs équipes.

Cela rejoint une évolution plus générale de l’oncologie :

tous les soins ne doivent pas nécessairement être réalisés au même endroit.

Une expertise très spécialisée peut être centralisée tandis qu’une partie du suivi reste organisée plus près du domicile.


🧪 Phase I, II, III : quelle différence ?

Tous les essais ne répondent pas à la même question.

Phase I

Il s’agit généralement des premières évaluations du traitement chez l’être humain ou dans une indication donnée.

L’objectif porte notamment sur :

la sécurité ;

la dose ;

et les effets indésirables.

En oncologie, ces études peuvent néanmoins déjà inclure des personnes atteintes de cancer.

Phase II

On cherche davantage à déterminer si le traitement montre une activité suffisante contre le cancer étudié.

Phase III

Le traitement expérimental est généralement comparé à la stratégie de référence chez un nombre beaucoup plus important de patients.

Ces essais peuvent être déterminants pour une future autorisation.


💊 Essai clinique = meilleur traitement ?

Pas nécessairement.

C’est une nuance fondamentale.

Un nouveau médicament est testé précisément parce qu’on ne sait pas encore avec certitude s’il sera meilleur.

Il peut :

être plus efficace ;

être équivalent mais mieux toléré ;

ne pas apporter de bénéfice ;

ou provoquer des effets indésirables inattendus.

Participer à un essai offre un accès à la recherche, pas une garantie de meilleur résultat.


💰 Qui paie les essais cliniques ?

Il existe plusieurs modèles.

Une grande partie des essais évaluant de nouveaux médicaments est financée par l’industrie pharmaceutique.

Mais il existe également une recherche clinique non commerciale.

En Belgique, le programme public KCE Trials finance notamment des études cliniques pragmatiques répondant à des questions importantes pour les patients et le système de santé, sans objectif commercial direct.

En 2026, son budget destiné aux différents appels nationaux s’élève à 8 millions d’euros, avec l’objectif de financer environ quatre à sept études.

Et depuis le lancement du programme, plus de 34 000 participants ont déjà été recrutés dans l’ensemble des essais financés par KCE Trials — toutes pathologies confondues.

Ce chiffre est important car il montre aussi pourquoi il faut être prudent avec les statistiques de participation :

tous les participants à des essais cliniques en Belgique ne sont pas des patients atteints de cancer.


🔬 Pourquoi la recherche publique est-elle importante ?

Une entreprise pharmaceutique a logiquement intérêt à étudier un nouveau produit qu’elle développe.

Mais certaines questions essentielles pour les patients n’ont pas nécessairement de modèle commercial évident.

Par exemple :

Peut-on utiliser moins longtemps un traitement ?

Une dose plus faible est-elle aussi efficace ?

Deux traitements déjà commercialisés sont-ils réellement équivalents ?

Une intervention non médicamenteuse améliore-t-elle les résultats ?

Peut-on réutiliser un ancien médicament dans une nouvelle indication ?

Ces questions peuvent pourtant avoir un impact considérable sur la qualité des soins et les dépenses de santé.

C’est notamment pour cela qu’une recherche clinique publique indépendante est nécessaire.


📉 La position belge est-elle menacée ?

C’est une inquiétude exprimée par le secteur pharmaceutique.

Les données publiées en 2026 montrent que la Belgique reste très bien placée en Europe lorsqu’on rapporte le nombre d’essais à la population, mais que son avance se réduit et que certains pays progressent.

Il faut toutefois garder en tête que pharma.be représente l’industrie pharmaceutique.

Ses analyses concernant l’attractivité économique de la Belgique doivent donc être identifiées comme la position et l’analyse du secteur.

Les données réglementaires de l’AFMPS permettent, elles, de suivre officiellement les essais autorisés en Belgique. Son tableau de bord est actualisé chaque trimestre.


❤️ Et pour le patient, quel est le véritable enjeu ?

Le nombre total d’essais est important.

Mais il ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Pour un patient atteint d’un cancer, la question essentielle est plutôt :

« Si un essai pertinent existe pour moi, ai-je réellement une chance d’en être informé et d’y accéder ? »

Cela suppose :

une information accessible ;

des bases de données utilisables ;

une bonne circulation de l’information entre hôpitaux ;

des possibilités de deuxième avis ;

des collaborations entre centres ;

et une attention aux obstacles géographiques, financiers et organisationnels.


🇧🇪 La Belgique dispose d’un atout considérable

Avoir un écosystème de recherche clinique aussi dense dans un pays de la taille de la Belgique constitue une véritable opportunité.

Cela permet aux équipes belges de contribuer au développement de traitements qui pourront ensuite être utilisés dans le monde entier.

Et pour certains patients, cela peut permettre d’accéder plus tôt à une innovation prometteuse.

Mais le prochain défi pourrait être moins quantitatif que qualitatif :

faire en sorte que le bon patient puisse trouver le bon essai au bon moment.


Ce qu’il faut retenir

🇧🇪 La Belgique reste parmi les pays européens les plus actifs en matière d’essais cliniques rapportés à sa population.

🎗️ L’oncologie constitue un domaine majeur de la recherche clinique belge.

⚠️ Je n’ai pas trouvé de donnée officielle récente permettant d’affirmer que 65 000 patients atteints de cancer participent à des essais cliniques en Belgique.

🧪 Un essai clinique peut être proposé à différentes étapes d’un cancer et pas uniquement lorsque tous les traitements ont échoué.

🧬 Les critères d’éligibilité sont parfois extrêmement précis, notamment avec le développement de la médecine de précision.

🏥 Tous les essais ne sont pas disponibles dans tous les hôpitaux.

🗺️ Distance, déplacements, critères médicaux et circulation de l’information peuvent influencer l’accès réel à un protocole.

🔎 Les patients peuvent demander à leur oncologue si un essai clinique correspond à leur situation, y compris dans un autre centre.

💊 Participer à un essai ne garantit pas de recevoir un meilleur traitement : c’est précisément l’étude qui doit déterminer le bénéfice et les risques de la stratégie expérimentale.

À retenir : la Belgique dispose d’un écosystème exceptionnellement dense de recherche clinique. Mais compter les essais ne suffit pas. Pour les patients atteints d’un cancer, le véritable enjeu est de pouvoir identifier rapidement les études correspondant à leur maladie, comprendre leurs possibilités et être orientés vers le centre approprié lorsque cela est pertinent.

Pour aller plus loin

🏥 Cancer en Belgique : quand faut-il être orienté vers un centre spécialisé ?

🧬 EGFR, ALK, KRAS… pourquoi l’analyse moléculaire de la tumeur peut modifier le traitement

🌏 World Cancer Congress 2026 : les innovations qui pourraient transformer les traitements

Sources et références

🇧🇪 AFMPS — essais cliniques en Belgique

L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé propose un tableau de bord officiel des essais cliniques ainsi que des informations destinées aux patients.

Consulter le tableau de bord des essais cliniques de l’AFMPS

Comment participer à un essai clinique en Belgique ?

🇪🇺 CTIS — Clinical Trials Information System

La base publique européenne permet de rechercher les essais cliniques enregistrés dans l’Union européenne.

Accéder au portail public CTIS

🇧🇪 KCE Trials

KCE Trials finance en Belgique des essais cliniques non commerciaux portant sur des questions présentant un intérêt important pour les patients et le système de santé.

Découvrir le programme KCE Trials

En juillet 2026, le KCE indiquait que plus de 34 000 participants avaient été recrutés depuis le lancement de ses essais financés — toutes pathologies confondues.

Consulter le bilan KCE Trials 2026

🧪 Recherche clinique oncologique en Belgique

Pharma.be, représentant l’industrie pharmaceutique belge, souligne que la Belgique demeure parmi les leaders européens des essais cliniques par habitant et considère l’oncologie comme un secteur particulièrement important de cet écosystème.

Consulter l’analyse consacrée aux essais cliniques en oncologie

📖 Glossaire

Essai clinique : étude réalisée chez des participants afin d’évaluer notamment l’efficacité, la sécurité ou l’utilisation d’un traitement ou d’une intervention.

Protocole : document définissant précisément comment l’étude doit être réalisée.

Critères d’inclusion : caractéristiques qu’un patient doit présenter pour pouvoir participer à un essai.

Critères d’exclusion : situations empêchant la participation à l’étude.

Randomisation : attribution aléatoire des participants aux différents groupes d’une étude.

Biomarqueur : caractéristique biologique pouvant notamment permettre de sélectionner certains traitements ou certains essais.

Investigateur : médecin ou chercheur responsable de la conduite d’un essai dans un centre.

Consentement éclairé : accord volontaire donné après avoir reçu les informations nécessaires pour comprendre l’étude, ses contraintes, ses bénéfices potentiels et ses risques.

🔬 Niveau de preuve / fiabilité des informations

★★★★★ La Belgique dispose d’un important écosystème d’essais cliniques et reste parmi les pays européens les mieux positionnés par habitant.

★★★★★ La participation à un essai est volontaire et dépend de critères d’inclusion et d’exclusion définis dans le protocole.

★★★★★ Les essais disponibles en Belgique peuvent être recherchés dans les bases réglementaires officielles, notamment CTIS.

★★★★☆ L’accès réel peut dépendre du centre où le patient est suivi, de son éligibilité et de contraintes pratiques ; l’ampleur exacte des inégalités d’accès en oncologie belge nécessiterait des données nationales spécifiques pour être quantifiée.

Dernière mise à jour : septembre 2026.

Cet article fournit une information générale. L’existence d’un essai clinique ne signifie pas qu’il convient à une situation particulière. L’éligibilité et l’intérêt éventuel d’une participation doivent être discutés avec l’équipe médicale.

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