Lorsque l’on pense aux venins de serpents, de scorpions ou d’araignées, on imagine généralement un danger pour l’être humain.
Pourtant, ces substances pourraient un jour contribuer à améliorer la prise en charge de certains cancers.
À travers le projet VENOM2 (Venom-based Exploration for Novel Oncology Molecules), des chercheurs de l’Université de Liège (ULiège) et de l’Université de Namur (UNamur) explorent le potentiel de molécules issues des venins animaux afin d’identifier de nouvelles pistes diagnostiques et thérapeutiques contre des cancers parfois résistants aux traitements actuels.
Une approche innovante qui illustre à quel point la nature peut encore inspirer la médecine moderne.
Pourquoi s’intéresser aux venins ?
Les venins sont de véritables bibliothèques biologiques.
Au cours de millions d’années d’évolution, les serpents, scorpions, araignées ou encore certains animaux marins ont développé des molécules extrêmement spécialisées leur permettant d’agir avec précision sur différents mécanismes biologiques.
Ces molécules, appelées peptides ou toxines, peuvent :
- se fixer sur des cellules spécifiques ;
- bloquer certains récepteurs ;
- modifier l’activité cellulaire ;
- agir sur des mécanismes biologiques complexes.
Cette précision intéresse particulièrement les chercheurs en oncologie.
Le défi des cancers résistants
Les traitements contre le cancer ont considérablement progressé ces dernières décennies.
Cependant, certains cancers développent une résistance aux traitements.
Les cellules tumorales peuvent parfois :
- contourner l’action d’un médicament ;
- s’adapter à certaines thérapies ;
- devenir moins sensibles à la chimiothérapie ;
- réactiver des mécanismes de survie.
Comprendre et contourner ces résistances constitue aujourd’hui l’un des grands défis de la recherche en cancérologie.
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Le projet VENOM2 est porté par :
- le Professeur Loïc Quinton (ULiège) ;
- le Professeur Jean-Pierre Gillet (UNamur) ;
- la doctorante Lou Freuville.
Il bénéficie du soutien du programme régional Win4SpinOff.
L’objectif n’est pas d’utiliser directement les venins comme traitement, mais de rechercher parmi les milliers de molécules qu’ils contiennent celles qui pourraient présenter un intérêt médical.
Les chercheurs analysent différents venins afin d’isoler des peptides prometteurs et d’étudier leurs effets sur des cellules cancéreuses.
Comment les scientifiques procèdent-ils ?
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les chercheurs ne travaillent pas avec du venin brut.
Le processus est beaucoup plus complexe.
Les équipes :
- récoltent et analysent les venins ;
- fractionnent les différentes molécules présentes ;
- identifient les peptides les plus intéressants ;
- testent leur activité sur des cellules cancéreuses et des cellules saines ;
- étudient leur mécanisme d’action.
Cette approche permet d’identifier des candidats potentiels pour de futures applications médicales.
Des applications possibles pour le diagnostic
L’un des aspects les plus prometteurs du projet concerne le diagnostic.
Certaines molécules présentes dans les venins semblent capables de reconnaître des structures particulières présentes à la surface de certaines cellules tumorales.
À terme, ces propriétés pourraient contribuer à :
- améliorer l’imagerie médicale ;
- mieux visualiser certaines tumeurs ;
- détecter plus précisément certaines cellules cancéreuses ;
- guider certains traitements.
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Une piste pour de futurs traitements ?
Les chercheurs explorent également la possibilité que certains peptides puissent influencer des mécanismes impliqués dans :
- la croissance tumorale ;
- l’invasion des tissus ;
- la résistance aux traitements ;
- la communication entre cellules cancéreuses.
Cependant, il est essentiel de rester prudent.
Le projet VENOM2 se situe actuellement dans une phase de recherche précoce.
Aucun traitement issu de ces travaux n’est aujourd’hui disponible pour les patients.
La nature inspire déjà de nombreux médicaments
L’idée de développer des médicaments à partir de substances naturelles n’est pas nouvelle.
De nombreux traitements utilisés aujourd’hui proviennent directement ou indirectement :
- des plantes ;
- des bactéries ;
- des champignons ;
- des organismes marins ;
- des animaux.
Les venins représentent aujourd’hui l’une des plus vastes réserves de molécules encore largement inexplorées.
Des recherches menées partout dans le monde
Le projet VENOM2 s’inscrit dans un mouvement international.
Plusieurs équipes étudient actuellement :
Les venins de scorpions
La chlorotoxine, issue du venin du scorpion jaune israélien, est étudiée pour sa capacité à cibler certaines cellules tumorales, notamment dans les cancers cérébraux.
Les venins de serpents
Certaines molécules pourraient agir sur les mécanismes impliqués dans la formation de nouveaux vaisseaux sanguins nécessaires à la croissance des tumeurs.
Les venins d’araignées
Des recherches explorent leur potentiel dans différents domaines, notamment l’oncologie et la douleur chronique.
Une illustration de la recherche de demain
Le projet VENOM2 montre que les innovations médicales peuvent parfois émerger là où on les attend le moins.
La lutte contre le cancer ne repose pas uniquement sur les technologies numériques, l’intelligence artificielle ou les nouvelles machines.
Elle passe aussi par l’exploration du vivant et par la découverte de molécules présentes dans la nature depuis des millions d’années.
Même si ces recherches sont encore à leurs débuts, elles ouvrent de nouvelles perspectives qui pourraient, à long terme, contribuer au développement d’outils diagnostiques ou thérapeutiques plus précis.
Garder les pieds sur terre
Les résultats observés en laboratoire sont une première étape.
Avant qu’une molécule ne devienne un médicament, plusieurs années de recherche sont généralement nécessaires :
- études précliniques ;
- essais cliniques ;
- évaluations de sécurité ;
- validation réglementaire.
La majorité des molécules étudiées aujourd’hui n’aboutiront jamais à un traitement.
Mais chacune permet d’améliorer nos connaissances sur le cancer et d’explorer de nouvelles pistes.
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La recherche contre le cancer évolue constamment grâce à de nouvelles découvertes scientifiques. Si les venins animaux constituent une piste encore exploratoire, d’autres innovations transforment déjà notre compréhension de la maladie.
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Sources
Les informations présentées dans cet article reposent sur les travaux scientifiques et les communications officielles des institutions impliquées dans le projet VENOM2 ainsi que sur plusieurs références internationales en oncologie.
- Université de Liège (ULiège) – VENOM2 : quand les venins animaux ouvrent de nouvelles pistes contre le cancer
- Université de Namur (UNamur)
- SPW Recherche – Programme Win4SpinOff
- Snake Venom Components in Cancer Therapy (PubMed Central)
- City of Hope – Chlorotoxin and Brain Cancer Research
- Projet européen VENOMICS – European Commission
- National Cancer Institute (NCI)
À retenir
Le projet VENOM2 de l’ULiège et de l’UNamur ne vise pas à utiliser directement des venins comme traitement. Les chercheurs cherchent à identifier des molécules naturellement présentes dans certains venins qui pourraient, à terme, contribuer au diagnostic ou au développement de nouveaux traitements contre certains cancers résistants.
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