Pendant des années, la créatine a surtout été connue comme un complément alimentaire destiné aux sportifs.
Elle est utilisée pour améliorer les performances lors d’efforts courts et intenses, favoriser la récupération musculaire et augmenter la masse musculaire.
Mais depuis quelques mois, elle attire également l’attention des chercheurs en cancérologie.
Pourquoi ?
Parce que plusieurs équipes scientifiques ont découvert que la créatine pourrait jouer un rôle bien plus large que celui d’un simple « carburant » pour les muscles.
Certaines études suggèrent qu’elle pourrait également influencer le fonctionnement de cellules du système immunitaire impliquées dans la lutte contre les tumeurs.
Faut-il y voir une révolution ?
Pas si vite.
La créatine, qu’est-ce que c’est exactement ?
La créatine est une substance naturellement produite par notre organisme, principalement au niveau du foie, des reins et du pancréas.
Elle est également présente dans certains aliments, notamment :
- la viande rouge ;
- le poisson ;
- les fruits de mer.
Une grande partie est stockée dans les muscles, où elle participe à la production rapide d’énergie.
C’est précisément pour cette raison qu’elle est devenue l’un des compléments alimentaires les plus étudiés dans le domaine du sport.
Les données actuelles montrent d’ailleurs que, chez les adultes en bonne santé, une supplémentation en créatine est généralement considérée comme sûre lorsqu’elle est utilisée dans les doses recommandées.
Pourquoi les chercheurs s’intéressent-ils aujourd’hui au cancer ?
Pendant longtemps, les recherches se sont concentrées sur les muscles.
Aujourd’hui, les scientifiques découvrent que la créatine est également utilisée par plusieurs cellules du système immunitaire.
Or, ces cellules jouent un rôle majeur dans la reconnaissance et la destruction des cellules cancéreuses.
La question est donc devenue :
La créatine pourrait-elle aider certaines cellules immunitaires à mieux combattre une tumeur ?
Une piste prometteuse pour l’immunothérapie
En 2025 puis en 2026, plusieurs équipes ont publié des travaux particulièrement intéressants.
Chez l’animal et dans des modèles expérimentaux, la supplémentation en créatine semble augmenter l’activité de certaines cellules immunitaires, notamment les macrophages et les cellules dendritiques.
Ces cellules deviennent alors plus efficaces pour présenter les cellules tumorales au système immunitaire et stimuler les lymphocytes T, véritables soldats de notre défense contre le cancer.
Les chercheurs pensent que la créatine agit en améliorant la disponibilité de l’énergie (ATP) à l’intérieur de ces cellules.
Autrement dit, elle pourrait leur permettre de fonctionner plus efficacement.
Pourquoi cela pourrait-il intéresser l’immunothérapie ?
Depuis plusieurs années, l’immunothérapie a profondément changé la prise en charge de nombreux cancers.
Son objectif est simple :
aider le système immunitaire à reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses.
Mais tous les patients ne répondent pas de la même manière à ces traitements.
Les chercheurs cherchent donc de nouvelles stratégies pour renforcer cette réponse immunitaire.
La créatine pourrait devenir l’une de ces pistes.
Non pas comme traitement du cancer, mais comme complément potentiel destiné à optimiser le fonctionnement des cellules immunitaires.
Pour l’instant, cette hypothèse reste en cours d’évaluation.
Est-ce que cela signifie que la créatine soigne le cancer ?
Non.
C’est probablement le point le plus important.
Aucune étude ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’une personne atteinte d’un cancer peut traiter sa maladie en prenant de la créatine.
Les travaux publiés concernent principalement :
- des modèles animaux ;
- des expériences sur des cellules ;
- des recherches fondamentales sur le fonctionnement du système immunitaire.
Nous sommes encore loin d’une recommandation clinique.
Les chercheurs eux-mêmes insistent sur la nécessité de réaliser des essais cliniques avant d’envisager une utilisation en pratique médicale.
Faut-il prendre de la créatine « au cas où » ?
À l’heure actuelle, la réponse est non.
Même si la créatine est largement utilisée dans le domaine sportif, rien ne démontre qu’une supplémentation chez une personne atteinte d’un cancer améliore son pronostic.
Certaines situations médicales peuvent d’ailleurs nécessiter des précautions particulières.
Comme pour tout complément alimentaire, il est préférable d’en parler avec son médecin ou son oncologue.
Une autre étude intrigue également
Une étude publiée en 2025 à partir des données américaines NHANES a observé qu’une alimentation naturellement plus riche en créatine était associée à une prévalence légèrement plus faible de certains cancers.
Mais il s’agit d’une étude observationnelle.
Elle ne permet pas de conclure que la créatine protège du cancer.
Les personnes consommant davantage de créatine peuvent également avoir d’autres habitudes de vie différentes, ce qui peut influencer les résultats.
Pourquoi cette découverte est-elle malgré tout intéressante ?
Parce qu’elle illustre une évolution majeure de la recherche.
Pendant longtemps, les traitements contre le cancer visaient principalement la cellule cancéreuse.
Aujourd’hui, les scientifiques s’intéressent de plus en plus au microenvironnement tumoral :
- les cellules immunitaires ;
- le métabolisme ;
- les échanges énergétiques ;
- les interactions entre la tumeur et son environnement.
La créatine pourrait s’inscrire dans cette nouvelle approche.
Le message à retenir
La créatine est aujourd’hui bien plus qu’un simple complément utilisé par les sportifs.
Des recherches récentes suggèrent qu’elle pourrait renforcer certaines cellules du système immunitaire impliquées dans la lutte contre le cancer et, à terme, améliorer certaines stratégies d’immunothérapie.
Mais il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’un traitement.
À ce jour :
- la créatine ne prévient pas le cancer ;
- elle ne guérit pas un cancer ;
- elle ne remplace jamais les traitements validés.
En revanche, ces travaux montrent combien la compréhension du métabolisme et du système immunitaire ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche en cancérologie.
Pour aller plus loin
La créatine fait partie des nombreuses pistes actuellement étudiées pour mieux comprendre les interactions entre le métabolisme, le système immunitaire et le cancer. Pour approfondir ces sujets, découvrez également :
- Cancer et système immunitaire : comment notre organisme se défend-il ?
- Nutri-Score et cancer : que peut réellement nous apprendre cet indicateur ?
- Cancer et vaccin contre le Covid : pourquoi certains patients produisent-ils moins d’anticorps ?
- Pollution et cancer : que sait-on réellement des risques environnementaux ?
Sources
- Journal of the International Society of Sports Nutrition – Position Stand 2025 sur la sécurité et l’efficacité de la créatine
- Frontiers in Nutrition – Association entre les apports alimentaires en créatine et la prévalence du cancer (NHANES)
- Nature Communications – La créatine favorise l’activité des macrophages et renforce les réponses antitumorales (2025)
- Nature Communications – Créatine, métabolisme énergétique et immunité antitumorale
- National Cancer Institute – Comprendre l’immunothérapie contre le cancer
- Cancer Research UK – Comment fonctionne l’immunothérapie
- Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) – Informations sur les compléments alimentaires