Nutri-Score et cancer : peut-on vraiment se fier aux lettres A, B, C, D et E ?

Nutri-Score et cancer : peut-on vraiment se fier aux lettres A, B, C, D et E ?

Le Nutri-Score peut-il aider à réduire son risque de cancer ? Des études européennes suggèrent qu’une alimentation globalement composée de produits de meilleure qualité nutritionnelle est associée à de meilleurs résultats de santé. Mais attention : une lettre verte ne rend pas un aliment « anti-cancer », et une lettre rouge ne signifie pas qu’il est cancérigène.

Dans les rayons des supermarchés, le Nutri-Score semble offrir une réponse simple.

Un A vert foncé paraît rassurant.

Un E orange foncé peut au contraire donner envie de reposer immédiatement le produit.

Lorsqu’on s’intéresse à la prévention du cancer, la tentation est alors grande de résumer les choses ainsi :

A et B seraient les bons aliments. D et E seraient les mauvais.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

Le Nutri-Score peut être un outil utile pour comparer certains aliments et améliorer progressivement ses choix alimentaires.

Mais il ne dit pas si un aliment « donne le cancer ».

Il ne permet pas non plus de savoir si un aliment protège, à lui seul, contre la maladie.

Alors, que peut réellement nous apprendre le Nutri-Score sur l’alimentation et le risque de cancer ?

Que mesure réellement le Nutri-Score ?

Le Nutri-Score est un logo placé sur la face avant de certains emballages.

Il classe les produits de A à E, avec un code couleur allant du vert foncé à l’orange foncé.

Son objectif est de traduire rapidement certaines informations nutritionnelles parfois difficiles à interpréter lorsqu’on lit uniquement le tableau présent au dos de l’emballage.

Le calcul prend en compte différents éléments de la composition du produit.

Certains peuvent dégrader le score, notamment :

  • une densité énergétique élevée ;
  • une teneur importante en sucres ;
  • les acides gras saturés ;
  • le sel.

D’autres éléments peuvent améliorer le classement, notamment :

  • les fibres ;
  • les protéines ;
  • la présence de fruits, de légumes ou de légumineuses ;
  • certains ingrédients dont le profil nutritionnel est considéré comme favorable.

L’algorithme du Nutri-Score a d’ailleurs été actualisé afin de mieux correspondre aux recommandations alimentaires actuelles et de mieux différencier certains produits. La Belgique fait partie des pays engagés dans cette gouvernance européenne du système.

Le Nutri-Score répond donc essentiellement à cette question :

Quel est le profil nutritionnel global de ce produit ?

Mais il ne répond pas directement à celle-ci :

Cet aliment augmente-t-il ou diminue-t-il mon risque personnel de cancer ?

Un Nutri-Score E ne signifie pas « cancérigène »

C’est probablement la confusion la plus importante à éviter.

Un produit classé D ou E n’est pas automatiquement cancérigène.

Le Nutri-Score n’est pas un classement du danger.

Il n’évalue pas si un aliment provoque un cancer.

Un aliment peut obtenir un score défavorable parce qu’il contient beaucoup de sel, de sucres, d’énergie ou de graisses saturées.

Cela ne signifie pas qu’une portion de cet aliment va provoquer une maladie.

À l’inverse, un produit classé A ne devient pas pour autant un aliment « anti-cancer ».

Aucun aliment consommé isolément ne peut garantir une protection contre le cancer.

Le risque de cancer dépend de nombreux facteurs : l’âge, les prédispositions génétiques, le tabac, l’alcool, l’activité physique, le poids corporel, certaines infections, les expositions environnementales et professionnelles, mais aussi les habitudes alimentaires dans leur ensemble.

C’est donc l’alimentation globale et répétée dans le temps qui est beaucoup plus intéressante à étudier qu’un produit pris isolément.

Cette nuance rejoint un principe important lorsqu’on parle de sucre et cancer : attention aux idées reçues et aux raccourcis. Un aliment ou un nutriment ne peut généralement pas être isolé de l’ensemble du mode de vie pour expliquer, à lui seul, le développement d’un cancer.

Pourquoi les chercheurs s’intéressent-ils alors au Nutri-Score et au cancer ?

Parce que le système utilisé pour calculer le Nutri-Score peut aussi servir aux chercheurs à évaluer la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation de milliers de personnes.

La grande cohorte européenne EPIC a permis d’étudier les habitudes alimentaires de populations vivant dans plusieurs pays européens.

Une étude publiée en 2018 a observé que les personnes consommant globalement davantage d’aliments ayant un profil nutritionnel moins favorable selon le système sous-jacent au Nutri-Score présentaient un risque plus élevé de développer un cancer.

Une autre étude, publiée en 2020 dans le British Medical Journal, a observé une association entre une alimentation de moins bonne qualité nutritionnelle et une mortalité plus élevée, notamment par cancer.

Ces résultats sont importants.

Mais ils doivent être correctement interprétés.

Ils montrent une association à l’échelle d’une alimentation globale.

Ils ne démontrent pas qu’un produit classé E provoque un cancer.

Et ils ne signifient pas non plus qu’une personne mangeant principalement des produits A ne développera jamais la maladie.

Association ne veut pas dire certitude individuelle

Les études nutritionnelles sont particulièrement complexes.

Les personnes qui ont une alimentation globalement plus favorable peuvent également avoir d’autres habitudes de vie différentes.

Elles peuvent, par exemple :

  • pratiquer davantage d’activité physique ;
  • fumer moins ;
  • consommer moins d’alcool ;
  • avoir un poids différent ;
  • bénéficier d’un accès différent à la prévention et aux soins.

Les chercheurs essaient de tenir compte de ces facteurs dans leurs analyses.

Mais aucune grande étude observationnelle ne peut transformer une association statistique en certitude individuelle.

Le message scientifique n’est donc pas :

« Mangez des aliments A et vous éviterez le cancer. »

Il est plutôt :

Une alimentation globalement de meilleure qualité nutritionnelle fait partie des habitudes associées à une meilleure santé et peut contribuer à la prévention de plusieurs maladies chroniques, dont certains cancers.

Peut-on comparer tous les aliments entre eux ?

C’est une autre erreur fréquente.

Le Nutri-Score est surtout utile lorsqu’il permet de comparer des produits qui peuvent occuper une place similaire dans l’alimentation.

Par exemple :

  • deux céréales pour le petit-déjeuner ;
  • deux pains ;
  • deux plats préparés ;
  • deux sauces ;
  • deux desserts.

Comparer directement une huile d’olive avec un yaourt ou des légumes surgelés a beaucoup moins de sens.

Ces aliments n’ont ni la même fonction, ni les mêmes portions, ni la même place dans l’alimentation.

L’huile d’olive illustre particulièrement bien les limites d’une lecture trop simpliste. Un aliment riche en énergie n’est pas automatiquement un « mauvais aliment », et sa relation avec la santé ne peut pas être résumée à une seule lettre.

Nous avons d’ailleurs déjà expliqué sur Oncostar pourquoi il faut être prudent lorsqu’une étude semble soudain transformer l’huile d’olive en aliment potentiellement favorable ou défavorable face au cancer.

Le contexte, la quantité et l’ensemble de l’alimentation comptent.

Le Nutri-Score ne dit pas tout sur un aliment

Le Nutri-Score synthétise plusieurs caractéristiques nutritionnelles.

C’est à la fois sa force et sa limite.

Une seule lettre ne peut pas raconter toute l’histoire d’un aliment.

Le Nutri-Score ne permet notamment pas, à lui seul, de connaître :

  • la taille de la portion réellement consommée ;
  • la fréquence de consommation ;
  • la place du produit dans l’alimentation globale ;
  • toutes les caractéristiques de sa transformation ;
  • la situation médicale de la personne qui le consomme.

Un produit peut donc avoir un profil nutritionnel relativement favorable tout en étant très transformé.

À l’inverse, un aliment riche en énergie peut avoir une place parfaitement cohérente dans certaines habitudes alimentaires.

Une étude publiée dans le BMJ a d’ailleurs montré que qualité nutritionnelle et degré de transformation ne sont pas exactement la même chose et peuvent être associés à la santé par des mécanismes qui ne se confondent pas entièrement.

Le Nutri-Score est donc un indicateur.

Pas un jugement définitif.

Et les aliments ultra-transformés ?

C’est une question importante, car Nutri-Score et transformation des aliments sont souvent confondus.

Le degré de transformation d’un aliment est généralement étudié avec d’autres systèmes, comme la classification NOVA.

Ces outils ne répondent pas exactement à la même question.

Le Nutri-Score s’intéresse principalement au profil nutritionnel.

La classification NOVA s’intéresse au degré et à la nature de la transformation industrielle.

Un produit peut donc être ultra-transformé et obtenir un Nutri-Score relativement favorable.

Cela ne signifie pas que le Nutri-Score est nécessairement inutile.

Cela signifie simplement qu’une seule information ne suffit pas toujours pour comprendre un aliment dans toute sa complexité.

Pour faire ses choix au quotidien, il peut être utile de regarder à la fois :

  • le Nutri-Score ;
  • la liste des ingrédients ;
  • la fréquence de consommation ;
  • la portion ;
  • et surtout l’équilibre général de l’alimentation.

Le Nutri-Score peut-il aider à prévenir le cancer ?

À lui seul, non.

Comme outil parmi d’autres, oui.

Le Centre international de Recherche sur le Cancer considère que les données scientifiques soutiennent l’utilisation du Nutri-Score pour aider les consommateurs à s’orienter vers des choix alimentaires de meilleure qualité nutritionnelle.

L’objectif est collectif : si une population consomme progressivement une alimentation plus favorable, cela peut contribuer à réduire le risque de plusieurs maladies chroniques.

Mais la prévention du cancer ne se résume jamais à une lettre sur un emballage.

Elle s’inscrit dans un ensemble d’habitudes : ne pas fumer, limiter l’alcool, maintenir une activité physique, éviter l’excès de poids et adopter une alimentation variée donnant une place importante aux aliments végétaux.

Le Nutri-Score peut faciliter certains choix.

Il ne remplace pas l’ensemble de ces recommandations.

Et pour une personne qui vit avec un cancer ?

C’est ici que la plus grande prudence est nécessaire.

Le Nutri-Score a été conçu comme un outil d’information nutritionnelle pour la population générale.

Il n’a pas été conçu pour déterminer ce qu’une personne atteinte de cancer devrait ou ne devrait pas manger pendant ses traitements.

Les priorités peuvent être très différentes.

Une personne peut être confrontée à :

  • une perte de poids ;
  • une dénutrition ;
  • un manque d’appétit ;
  • des nausées ;
  • des troubles du goût ;
  • des difficultés à mâcher ou à avaler ;
  • des diarrhées ou une constipation ;
  • une fatigue importante.

Dans certaines situations, l’objectif prioritaire n’est pas de choisir systématiquement les aliments ayant le meilleur Nutri-Score.

Il peut être nécessaire d’augmenter les apports en énergie ou en protéines.

Un aliment classé D ou E peut alors avoir une utilité dans une stratégie alimentaire adaptée à la situation de la personne.

C’est pourquoi il est important de distinguer trois notions.

L’alimentation concerne les habitudes alimentaires générales, les choix quotidiens et la prévention.

La nutrition concerne notamment les nutriments, les besoins de l’organisme et les mécanismes biologiques.

La diététique permet d’adapter concrètement l’alimentation à la situation particulière d’une personne.

Pendant un cancer, surtout en cas de perte de poids, de dénutrition ou de difficultés importantes à manger, un accompagnement personnalisé par un professionnel de santé peut être plus pertinent que l’application rigide d’un classement général.

Faut-il alors regarder le Nutri-Score ?

Oui, mais pour ce qu’il est.

Le Nutri-Score peut aider à comparer rapidement certains produits et à faire évoluer progressivement ses habitudes alimentaires.

Il peut être particulièrement utile lorsqu’on hésite entre plusieurs produits comparables.

Mais il ne faut pas lui demander ce qu’il ne peut pas dire.

Un A ne signifie pas :

« Cet aliment protège du cancer. »

Un E ne signifie pas :

« Cet aliment provoque le cancer. »

Et aucune lettre ne peut remplacer le contexte, les quantités, la fréquence de consommation et l’ensemble de l’alimentation.

Le meilleur Nutri-Score n’est parfois… aucun Nutri-Score

Il existe enfin un paradoxe intéressant.

De nombreux aliments qui ont toute leur place dans une alimentation favorable à la santé ne portent pas forcément de Nutri-Score.

Les fruits et légumes frais, les légumineuses vendues en vrac ou certains aliments peu transformés n’ont pas toujours besoin d’un logo pour être de bons choix alimentaires.

Le Nutri-Score est surtout utile dans l’univers des produits emballés que l’on souhaite comparer.

Il ne doit pas faire oublier une idée beaucoup plus simple :

la qualité de l’alimentation ne se construit pas produit par produit, mais repas après repas, habitude après habitude.

Ce qu’il faut retenir

Le Nutri-Score n’est ni un détecteur de cancer ni un classement des aliments « bons » et « mauvais ».

Les études européennes montrent qu’une alimentation globalement composée de produits de meilleure qualité nutritionnelle est associée à un risque et à une mortalité plus faibles pour plusieurs maladies chroniques, dont certains cancers.

Mais ces résultats concernent des habitudes alimentaires globales.

Ils ne permettent pas d’accuser ou d’innocenter un aliment isolé.

Pour la population générale, le Nutri-Score peut être un outil simple pour mieux comparer certains produits.

Pour une personne atteinte de cancer, les besoins peuvent être différents et nécessiter des adaptations personnalisées.

La bonne question n’est donc probablement pas :

« Quelle lettre dois-je absolument manger ? »

Mais plutôt :

« Quelle place cet aliment occupe-t-il dans mon alimentation, et est-il adapté à ma situation ? »


Pour aller plus loin sur Oncostar

Sources

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