« Vous avez fumé ? »
C’est souvent l’une des premières questions posées lorsqu’une personne annonce un cancer du poumon.
Pourtant, toutes les personnes touchées n’ont pas fumé.
À l’occasion de la Journée mondiale du cancer du poumon, le 1er août, il est important de rappeler une réalité encore trop méconnue : oui, il est possible de développer un cancer du poumon sans avoir jamais fumé.
Le tabac reste de très loin le principal facteur de risque. Le nier serait faux et dangereux. Mais réduire systématiquement le cancer du poumon au tabagisme peut aussi avoir des conséquences : incompréhension, culpabilité, stigmatisation et parfois banalisation de symptômes chez une personne qui ne se considère pas « à risque ».
En Belgique, le cancer du poumon reste un enjeu majeur de santé publique. Le Registre belge du Cancer prévoit que le nombre annuel de nouveaux diagnostics pourrait passer d’environ 9 500 cas en 2023 à plus de 11 400 en 2035.
Le tabac reste le principal facteur de risque
Il faut commencer par le rappeler clairement : fumer augmente fortement le risque de développer un cancer du poumon.
La fumée du tabac contient de nombreuses substances toxiques et cancérogènes. Le risque dépend notamment de la durée du tabagisme, de la quantité fumée et de l’âge auquel une personne a commencé à fumer.
Mais « principal facteur de risque » ne signifie pas « seule cause possible ».
L’Organisation mondiale de la Santé cite également le tabagisme passif, la pollution de l’air, certaines expositions professionnelles, le radon, certaines maladies pulmonaires chroniques et la susceptibilité génétique parmi les autres facteurs de risque connus ou étudiés.
Oui, une personne qui n’a jamais fumé peut développer un cancer du poumon
Cette réalité est parfois difficile à comprendre, précisément parce que le lien entre tabac et cancer du poumon est très présent dans l’imaginaire collectif.
Lorsqu’une personne non-fumeuse reçoit ce diagnostic, elle peut entendre :
« Mais tu n’as jamais fumé… comment est-ce possible ? »
La réponse est qu’un cancer résulte rarement d’une explication simple et unique.
Chez les personnes qui n’ont jamais fumé, plusieurs facteurs peuvent être impliqués. Dans certains cas, aucune cause précise ne pourra être identifiée.
Le radon, un risque invisible dans les habitations
Le radon est un gaz radioactif naturel. Il peut s’accumuler dans certains bâtiments, principalement en fonction de la nature du sol et des caractéristiques de l’habitation.
Il est invisible, inodore et impossible à détecter sans mesure spécifique.
Lorsqu’il est inhalé, ses produits de désintégration peuvent se déposer dans les voies respiratoires et endommager les cellules. L’OMS estime que le radon pourrait être impliqué dans 3 à 14 % des cancers du poumon, selon les niveaux d’exposition et la prévalence du tabagisme dans les populations étudiées.
Le risque est particulièrement important lorsque l’exposition au radon est associée au tabagisme.
C’est un sujet particulièrement intéressant pour Oncostar, car il montre que la prévention du cancer ne concerne pas uniquement les comportements individuels. Notre environnement de vie peut également jouer un rôle.
Le tabagisme passif n’est pas anodin
Vivre ou travailler régulièrement dans un environnement enfumé expose également à des substances cancérogènes.
Une personne peut donc n’avoir jamais fumé elle-même tout en ayant été exposée pendant des années à la fumée des autres, à la maison, dans un véhicule ou sur un lieu de travail.
L’exposition à la fumée de tabac environnementale est reconnue comme un facteur de risque du cancer du poumon.
La pollution de l’air
La pollution atmosphérique est également associée au risque de cancer du poumon.
Les particules fines et d’autres polluants peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Le risque individuel reste difficile à mesurer précisément, car il dépend du niveau et de la durée de l’exposition, mais la pollution de l’air fait partie des facteurs environnementaux pris en compte dans la prévention du cancer.
Cela ne signifie évidemment pas que toute personne vivant en ville développera un cancer du poumon.
Comme souvent en matière de cancer, on parle de risque, pas de certitude.
Certaines expositions professionnelles
Certains environnements de travail peuvent exposer à des substances cancérogènes pour les poumons.
Parmi les expositions reconnues ou particulièrement surveillées figurent notamment :
- l’amiante ;
- la silice ;
- les gaz d’échappement diesel ;
- certaines poussières et substances chimiques.
Ces expositions peuvent concerner ou avoir concerné certains travailleurs du bâtiment, de l’industrie, des mines, des transports ou d’autres secteurs professionnels.
Le délai entre une exposition et l’apparition d’une maladie peut parfois être très long. Une exposition professionnelle ancienne peut donc rester pertinente dans l’histoire médicale d’une personne.
Et la génétique ?
Le cancer du poumon n’est généralement pas considéré comme un cancer héréditaire au même titre que certains cancers liés à des prédispositions génétiques bien identifiées.
Mais la susceptibilité individuelle peut jouer un rôle.
Surtout, il est important de distinguer une mutation héréditaire d’une altération moléculaire présente dans la tumeur.
Aujourd’hui, l’analyse de certaines tumeurs permet de rechercher des anomalies moléculaires susceptibles d’orienter le traitement. Chez certains patients, ces analyses peuvent permettre l’utilisation de thérapies ciblées.
C’est l’une des raisons pour lesquelles deux personnes atteintes d’un « cancer du poumon » peuvent recevoir des traitements très différents.
Le problème de la culpabilité
Le cancer du poumon reste l’un des cancers les plus fortement associés à un comportement dans l’opinion publique.
La question :
« Est-ce qu’il ou elle fumait ? »
arrive parfois avant :
« Comment va-t-il ? Comment va-t-elle ? »
Cette réaction peut être douloureuse.
Une personne qui n’a jamais fumé peut avoir le sentiment de devoir justifier sa maladie. Une personne qui a fumé peut, elle, se sentir responsable de son cancer.
Mais face à une maladie, la première question ne devrait pas être de chercher un coupable.
Une personne atteinte d’un cancer du poumon mérite les mêmes soins, la même écoute et le même soutien, qu’elle ait fumé ou non.
La lutte contre le tabagisme est essentielle pour la prévention. Elle ne doit pas devenir une source de jugement envers les personnes malades.
Quels symptômes doivent amener à consulter ?
Les symptômes d’un cancer du poumon peuvent avoir de nombreuses autres causes. Leur présence ne signifie donc pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer.
Mais certains signes persistants méritent un avis médical, notamment :
- une toux qui persiste ou change ;
- un essoufflement inhabituel ;
- des douleurs dans la poitrine ;
- des infections respiratoires qui se répètent ;
- du sang dans les expectorations ;
- une fatigue inhabituelle ;
- une perte de poids inexpliquée.
Le point important est souvent la persistance ou le changement inhabituel d’un symptôme.
Une personne qui n’a jamais fumé ne devrait pas hésiter à consulter sous prétexte qu’elle pense ne pas pouvoir être concernée par un cancer du poumon.
Pourquoi le diagnostic peut-il être tardif ?
Le cancer du poumon peut évoluer sans provoquer immédiatement de symptômes spécifiques.
Une toux peut être attribuée à une infection. Un essoufflement au manque de condition physique. Une fatigue au stress ou au travail.
Chez une personne non-fumeuse, le cancer du poumon peut aussi être moins spontanément envisagé, précisément parce que la maladie reste fortement associée au tabac.
Cela ne signifie pas que chaque toux nécessite des examens lourds. Mais un symptôme inhabituel qui persiste mérite d’être discuté avec un professionnel de santé.
Ce qu’il faut retenir
Le tabac reste le principal facteur de risque du cancer du poumon et arrêter de fumer réduit le risque.
Mais le cancer du poumon peut également toucher des personnes qui n’ont jamais fumé.
Radon, tabagisme passif, pollution de l’air, expositions professionnelles et susceptibilité individuelle peuvent notamment intervenir. Et parfois, aucune cause précise ne peut être identifiée.
Le 1er août, à l’occasion de la Journée mondiale du cancer du poumon, rappelons surtout ceci :
Un cancer du poumon n’est pas un verdict sur le mode de vie d’une personne.
Derrière chaque diagnostic, il y a une personne qui a besoin de soins, d’informations, d’écoute et de soutien.
Pour aller plus loin
- Pollution et cancer : que sait-on vraiment des risques environnementaux ?
- Cancer chez les jeunes : une augmentation de 80 % en 30 ans
- Trouver un professionnel pour vous accompagner face au cancer
Sources
- Organisation mondiale de la Santé (OMS) – Cancer du poumon
- Organisation mondiale de la Santé (OMS) – Radon et santé
- Registre belge du Cancer – Cancer Fact Sheet : Lung Cancer 2023
- Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC/IARC) – Cancer du poumon
- International Association for the Study of Lung Cancer (IASLC) – Ressources pour les patients