Cancer du sein à Bruxelles : pourquoi si peu de femmes participent-elles au dépistage organisé ?

Cancer du sein à Bruxelles : pourquoi si peu de femmes participent-elles au dépistage organisé ?

En Belgique, les femmes de 50 à 69 ans peuvent bénéficier tous les deux ans d’un dépistage organisé du cancer du sein. Pourtant, à Bruxelles, seule une minorité des femmes concernées emprunte ce circuit. En cause : des habitudes médicales, une préférence pour le dépistage individuel, mais aussi une particularité de la nomenclature INAMI que le directeur médical de BruPrev souhaite aujourd’hui faire évoluer. Derrière ce débat très administratif se cache une question beaucoup plus concrète : comment rendre le dépistage plus simple, plus lisible et plus accessible ?

En Belgique, une femme de 50 à 69 ans sans symptôme particulier et ne présentant pas de risque spécifique de cancer du sein peut être invitée à réaliser gratuitement un Mammotest tous les deux ans.

Le principe paraît simple.

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Pourtant, à Bruxelles, le dépistage organisé peine à convaincre.

Selon le Dr Jean-Benoît Burrion, directeur médical de BruPrev, environ 10 % des Bruxelloises éligibles passent actuellement par le circuit organisé.

En parallèle, environ un tiers recourraient à un dépistage dit « opportuniste », généralement réalisé en dehors du programme organisé, notamment dans le cadre d’un bilan gynécologique.

Cette situation pose une question :

pourquoi choisir une mammographie classique plutôt que le Mammotest ?

La réponse est beaucoup plus complexe qu’une simple question de prix.

Mammotest et mammographie : est-ce le même examen ?

Sur le plan technique, le Mammotest est bien une mammographie.

Des clichés radiographiques des deux seins sont réalisés.

La différence réside surtout dans l’organisation du dépistage.

Le Mammotest fait partie d’un programme destiné aux femmes asymptomatiques de 50 à 69 ans.

Il est :

gratuit ;

réalisé dans un centre agréé ;

effectué tous les deux ans ;

et soumis à un système organisé de contrôle de qualité.

L’une de ses particularités importantes est la double lecture.

Les clichés sont analysés par deux radiologues différents. Une troisième lecture peut être réalisée en cas de désaccord.

Cette organisation vise à maximiser les bénéfices du dépistage tout en limitant ses inconvénients.

Pourquoi parle-t-on alors de « nomenclature » ?

Le mot peut facilement induire en erreur.

Il ne s’agit absolument pas de changer le nom du cancer du sein.

La nomenclature INAMI est le catalogue des actes médicaux remboursés en Belgique.

Chaque prestation possède un code et des conditions précises de remboursement.

La mammographie possède donc elle aussi différentes prestations dans cette nomenclature.

Et c’est là qu’apparaît le problème soulevé par BruPrev.

Une ambiguïté entre dépistage et diagnostic

Le dépistage et le diagnostic ne répondent pas à la même situation.

Le dépistage

Il concerne une personne qui ne présente pas de symptôme.

L’objectif est de rechercher une éventuelle anomalie avant qu’elle ne se manifeste.

Le diagnostic

Il intervient lorsqu’il existe par exemple :

  • une masse dans le sein ;
  • une modification du mamelon ;
  • un écoulement inhabituel ;
  • une anomalie détectée lors d’un autre examen ;
  • ou une autre raison médicale nécessitant une investigation.

Dans ce cas, la mammographie fait partie d’une démarche diagnostique et peut être complétée par une échographie, une IRM ou une biopsie.

Cette distinction est importante.

Le problème dénoncé par BruPrev

Selon le Dr Burrion, il existe aujourd’hui une ambiguïté dans la nomenclature : une prestation prévue pour l’investigation de symptômes mammaires serait utilisée de facto pour réaliser du dépistage chez des femmes asymptomatiques en dehors du programme organisé.

Ce n’est d’ailleurs pas un problème découvert en 2026.

Des documents de l’INAMI montrent qu’une révision de la nomenclature de la mammographie avait déjà été discutée il y a une dizaine d’années.

Une proposition prévoyait notamment de limiter certaines prestations de mammographie aux femmes symptomatiques, tout en maintenant une prestation spécifique pour le dépistage organisé des femmes de 50 à 69 ans.

Le débat actuel s’inscrit donc dans une histoire réglementaire beaucoup plus ancienne.

Pourquoi cela pourrait-il influencer le dépistage ?

Parce qu’en pratique, deux circuits coexistent.

D’un côté :

le dépistage organisé

avec le Mammotest.

De l’autre :

le dépistage individuel ou « opportuniste »

réalisé en dehors du programme organisé.

Pour une patiente, la différence n’est pas toujours évidente.

Elle peut simplement avoir l’impression de réaliser « sa mammographie annuelle » ou « son contrôle chez le gynécologue ».

Selon le Dr Burrion, ce dépistage opportuniste est souvent perçu par les patientes comme plus complet et donc plus rassurant, notamment lorsqu’il s’intègre dans un bilan comprenant plusieurs examens.

Mais davantage d’examens ne signifie pas automatiquement un meilleur dépistage.

Pourquoi ne pas faire systématiquement mammographie + échographie ?

C’est une question fréquente.

On pourrait intuitivement penser :

« Plus on fait d’examens, plus on a de chances de trouver un cancer. »

Mais le dépistage d’une population ne fonctionne pas exactement de cette manière.

Ajouter systématiquement des examens peut également entraîner davantage :

  • de faux positifs ;
  • d’examens complémentaires ;
  • de biopsies finalement bénignes ;
  • d’anxiété ;
  • et de surdiagnostics.

Le but d’un programme organisé n’est donc pas de réaliser le maximum d’examens possible.

Il consiste à obtenir le meilleur équilibre entre :

cancers détectés précocement

et

conséquences indésirables du dépistage.

C’est aussi pourquoi un examen complémentaire est réalisé lorsqu’il existe une indication, plutôt que systématiquement chez toutes les participantes.

Un Mammotest positif signifie-t-il que l’on a un cancer ?

Non.

BruPrev indique qu’environ 10 % des Mammotests nécessitent des investigations complémentaires.

Mais dans la grande majorité de ces situations, celles-ci ne débouchent pas sur un diagnostic de cancer : selon BruPrev, environ 9,5 Mammotests positifs sur 10 ne correspondent finalement pas à un cancer.

Un résultat positif signifie donc essentiellement :

« quelque chose mérite d’être vérifié ».

Cela peut conduire à une échographie et, dans certains cas, à une ponction ou une biopsie.

Pourquoi deux radiologues lisent-ils les images ?

C’est l’une des forces du dépistage organisé.

Un premier radiologue interprète les clichés.

Puis un second les examine indépendamment.

En cas de divergence, une lecture supplémentaire peut être réalisée.

L’objectif est de réduire le risque qu’une anomalie passe inaperçue tout en évitant autant que possible de rappeler inutilement des femmes.

Ce système est beaucoup moins visible pour la patiente qu’une échographie réalisée immédiatement après une mammographie.

Pourtant, il constitue une véritable mesure de qualité.

Pourquoi seulement tous les deux ans ?

Là encore, « plus souvent » ne signifie pas nécessairement « mieux ».

Chez les femmes présentant un risque moyen, le programme belge prévoit une mammographie tous les deux ans entre 50 et 69 ans.

Ce rythme cherche à équilibrer les bénéfices de la détection précoce et les inconvénients du dépistage répété.

Mais cela ne signifie évidemment pas qu’une femme doit attendre son prochain Mammotest si elle remarque quelque chose d’inhabituel.

Une boule dans le sein ? Ce n’est plus du dépistage

Cette distinction est fondamentale.

Le Mammotest concerne des femmes sans symptôme.

Si vous découvrez :

  • une nouvelle masse ;
  • une modification inhabituelle du sein ;
  • une rétraction récente du mamelon ;
  • un écoulement inhabituel ;
  • une modification persistante de la peau ;

il ne faut pas attendre l’invitation au dépistage organisé.

Il faut consulter un médecin.

La démarche devient alors diagnostique, avec des examens adaptés à la situation.

Et les femmes présentant un risque élevé ?

Elles constituent également une situation différente.

Les femmes ayant notamment certains risques génétiques ou familiaux peuvent nécessiter une surveillance personnalisée, avec des examens et une fréquence différents.

La nomenclature INAMI prévoit d’ailleurs des prestations spécifiques pour certaines femmes asymptomatiques présentant un risque particulièrement élevé de cancer du sein.

Le Mammotest destiné à la population générale n’est donc pas nécessairement le parcours approprié pour toutes les femmes.

Et après un cancer du sein ?

Là encore, il ne s’agit plus du dépistage organisé destiné à la population générale.

Une femme ayant déjà été traitée pour un cancer du sein bénéficie d’un suivi personnalisé défini par son équipe médicale.

Elle ne doit donc pas remplacer ce suivi par un Mammotest simplement parce qu’elle appartient à la tranche d’âge 50–69 ans.

Pourquoi la participation est-elle particulièrement faible à Bruxelles ?

Il serait trop simple d’en attribuer la responsabilité aux patientes.

Bruxelles possède une population très diverse et un système de soins dans lequel plusieurs circuits de dépistage coexistent.

BruPrev dispose pourtant d’un réseau d’environ 30 unités de mammographie agréées, dont les prestations sont soumises à un contrôle annuel de qualité, selon son directeur médical.

Le Dr Burrion estime que ce réseau reste sous-utilisé.

La question devient alors moins :

« Pourquoi les femmes ne se font-elles pas dépister ? »

que :

« Pourquoi celles qui se font dépister choisissent-elles si souvent un autre circuit ? »

Cette nuance est importante.

Une partie des femmes considérées comme ne participant pas au programme organisé réalise en réalité une mammographie ailleurs.

10 % de participation signifie-t-il que 90 % des Bruxelloises ne sont jamais dépistées ?

Non.

C’est probablement le chiffre qu’il faut interpréter avec le plus de prudence.

Les 10 % évoqués par BruPrev concernent la participation au circuit organisé, et non la proportion totale de femmes bénéficiant d’une mammographie.

Selon le Dr Burrion, environ un tiers des femmes éligibles utiliseraient parallèlement le dépistage opportuniste.

Les deux notions ne doivent donc pas être confondues :

participation au Mammotestcouverture totale par mammographie.

C’est précisément cette coexistence de deux circuits qui alimente le débat actuel.

Une réforme de la nomenclature suffirait-elle ?

Probablement pas à elle seule.

Le Dr Burrion considère qu’une clarification de la nomenclature pourrait lever une ambiguïté et renforcer le programme organisé. Il s’agit toutefois d’une proposition défendue par BruPrev, et non d’une réforme déjà décidée ou dont l’effet sur la participation serait démontré.

D’autres éléments interviennent vraisemblablement :

l’information donnée aux femmes ;

le rôle du médecin généraliste et du gynécologue ;

l’accessibilité des centres ;

la compréhension du Mammotest ;

la perception de la qualité ;

les habitudes médicales ;

les barrières linguistiques ou sociales ;

et la confiance dans le programme.

Modifier un code INAMI peut donc faire partie de la solution envisagée.

Mais améliorer la participation au dépistage est avant tout une question d’organisation des soins, d’accessibilité et de confiance.

Ce qu’il faut retenir

🎀 En Belgique, les femmes de 50 à 69 ans à risque moyen peuvent bénéficier gratuitement d’un Mammotest tous les deux ans dans le cadre du dépistage organisé.

📉 À Bruxelles, environ 10 % des femmes éligibles utiliseraient ce circuit organisé, tandis qu’environ un tiers passeraient par un dépistage opportuniste, selon le directeur médical de BruPrev.

🔎 Le Mammotest bénéficie d’une double lecture indépendante des clichés, avec une lecture supplémentaire si nécessaire.

🩺 Dépistage et diagnostic ne sont pas synonymes. Une femme présentant un symptôme mammaire doit consulter et suivre un parcours diagnostique adapté plutôt que d’attendre son prochain Mammotest.

⚖️ BruPrev souhaite une clarification de la nomenclature INAMI afin de mieux distinguer les prestations diagnostiques du dépistage réalisé chez des femmes asymptomatiques. Cette modification est actuellement une proposition, pas une réforme acquise.

À retenir : derrière cette discussion très technique sur la nomenclature se trouve un enjeu beaucoup plus concret : rendre le parcours de dépistage du cancer du sein plus clair pour les femmes. Le Mammotest n’est pas une mammographie « au rabais » : c’est une mammographie intégrée dans un programme organisé, avec des critères précis et une double lecture. En revanche, une femme présentant des symptômes, un risque élevé ou ayant déjà eu un cancer du sein nécessite un parcours différent et personnalisé.

Pour aller plus loin

Cancer du sein : le meilleur dépistage est celui auquel on participe

Trouver un professionnel de santé spécialisé en oncologie

Sources et références

🇧🇪 Références belges

Le Spécialiste — Cancer du sein : « Il faut changer la nomenclature ! » — 17 septembre 2026

Entretien avec le Dr Jean-Benoît Burrion, directeur médical de BruPrev, à l’origine du débat actuel.

Consulter l’article

BruPrev — Le Mammotest

Informations pratiques concernant l’organisation du dépistage à Bruxelles.

Consulter les informations de BruPrev

INAMI — Détection précoce du cancer du sein

L’INAMI rappelle que les entités fédérées organisent le dépistage de masse et que les femmes de 50 à 69 ans sont invitées à effectuer une mammographie tous les deux ans.

Consulter la page de l’INAMI

INAMI — Nomenclature des prestations de santé

La nomenclature reprend les prestations donnant lieu à un remboursement total ou partiel par l’assurance soins de santé.

Consulter la nomenclature INAMI

Fondation contre le Cancer — Examens de dépistage du cancer du sein

Consulter les recommandations destinées au public

📖 Glossaire

Mammotest : mammographie réalisée dans le cadre du programme organisé de dépistage du cancer du sein.

Dépistage organisé : programme proposé à une population définie, sans symptômes, avec des critères de qualité et un parcours standardisé.

Dépistage opportuniste : dépistage réalisé individuellement en dehors du programme organisé.

Nomenclature INAMI : liste officielle des prestations de santé remboursées par l’assurance maladie belge, avec leurs codes et conditions.

Double lecture : interprétation indépendante des mammographies par deux radiologues.

Faux positif : résultat de dépistage considéré comme suspect et nécessitant des examens complémentaires, mais qui ne correspond finalement pas à un cancer.

🔬 Niveau de preuve

★★★★★ Le Mammotest est le programme organisé belge de dépistage destiné aux femmes de 50 à 69 ans à risque moyen et sans symptômes.

★★★★★ Le programme comprend une double lecture des mammographies.

★★★★☆ Le dépistage organisé vise à équilibrer détection précoce, faux positifs, examens inutiles et autres inconvénients du dépistage.

★★☆☆☆ Modifier la nomenclature INAMI augmentera la participation au Mammotest : c’est une hypothèse de politique de santé défendue notamment par BruPrev, mais son effet réel ne peut pas être considéré comme démontré à ce stade.

Dernière mise à jour : septembre 2026.

Cet article concerne le dépistage des femmes asymptomatiques à risque moyen. Une masse, une modification récente du sein ou tout autre symptôme nécessite un avis médical et une démarche diagnostique adaptée. Les femmes à risque élevé ou ayant déjà été traitées pour un cancer du sein doivent suivre les recommandations personnalisées de leur équipe médicale.

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