Cancer de la prostate : une prise de sang détecte 9 cancers agressifs sur 10 et pourrait éviter des examens inutiles

Cancer de la prostate : une prise de sang détecte 9 cancers agressifs sur 10 et pourrait éviter des examens inutiles

Le PSA a profondément changé la détection du cancer de la prostate, mais il possède une faiblesse importante : son taux peut augmenter sans cancer et, inversement, certains cancers agressifs apparaissent malgré un PSA relativement bas. Une étude publiée en 2026 montre qu’un test sanguin plus sophistiqué, Stockholm3, identifie environ 90 % des cancers de la prostate cliniquement significatifs dans la population étudiée. Il pourrait permettre de mieux déterminer quels hommes doivent passer une IRM ou une biopsie — et lesquels pourraient éviter certains de ces examens.

Pendant des décennies, trois lettres ont dominé le dépistage du cancer de la prostate :

PSA.

Le prostate-specific antigen est une protéine produite par la prostate dont on peut mesurer la concentration grâce à une simple prise de sang.

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Lorsqu’elle augmente, elle peut constituer un signal d’alerte.

Mais :

PSA élevé ne signifie pas automatiquement cancer.

Une hypertrophie bénigne de la prostate, une inflammation ou d’autres situations peuvent également augmenter sa concentration.

Et le problème existe aussi dans l’autre sens :

un PSA relativement faible n’exclut pas totalement un cancer agressif.

C’est précisément cette zone d’incertitude que les chercheurs tentent de réduire.

Stockholm3 : beaucoup plus qu’un nouveau dosage du PSA

Stockholm3 est également réalisé à partir d’une prise de sang.

Mais contrairement au PSA utilisé seul, le test combine plusieurs informations.

Il intègre notamment :

  • le PSA ;
  • d’autres protéines sanguines ;
  • des marqueurs génétiques ;
  • l’âge ;
  • et différentes informations cliniques.

Un algorithme combine ensuite ces données afin d’estimer la probabilité qu’un homme présente un cancer de la prostate cliniquement significatif.

Autrement dit, Stockholm3 ne cherche pas seulement à répondre :

« Y a-t-il quelque chose d’anormal dans la prostate ? »

Il tente surtout de déterminer :

« Quelle est la probabilité qu’il existe un cancer suffisamment important pour nécessiter des investigations ? »

C’est une différence essentielle.

Une étude portant sur 12 670 hommes

Une nouvelle analyse du programme suédois Stockholm3-MRI a été publiée en 2026 dans les Annals of Internal Medicine.

Elle concernait 12 670 hommes âgés de 50 à 74 ans ayant réalisé à la fois un dosage du PSA et une évaluation Stockholm3.

Au cours des deux années de suivi :

443 hommes ont reçu un diagnostic de cancer de la prostate cliniquement significatif.

Les chercheurs ont alors comparé la capacité du Stockholm3 et du PSA à identifier ces cancers.

90 % des cancers significatifs détectés

Avec le seuil Stockholm3 étudié, le test présentait une sensibilité de :

🩸 90 %

Cela signifie qu’il identifiait environ 9 cancers cliniquement significatifs sur 10.

À titre de comparaison, avec un PSA ≥3 ng/mL :

PSA : 74 %

La différence est importante.

Sur les 443 cancers cliniquement significatifs finalement diagnostiqués :

43 n’étaient pas identifiés par le seuil Stockholm3, contre 116 avec le seuil PSA ≥3 ng/mL.

La sensibilité était donc de 90 % pour Stockholm3 contre 74 % pour le PSA, avec des spécificités très proches : respectivement 89 % et 90 %.

Mais « 90 % » ne signifie pas 90 % de certitude d’avoir un cancer

Cette distinction est fondamentale.

Lorsque l’on dit que le test possède une sensibilité de 90 %, cela signifie :

parmi les hommes qui avaient réellement un cancer cliniquement significatif dans cette étude, environ 90 % étaient correctement repérés par le test.

Cela ne signifie absolument pas :

« Si votre Stockholm3 est positif, vous avez 90 % de risque d’avoir un cancer agressif. »

Ce sont deux notions statistiques différentes.

Un Stockholm3 élevé n’est donc pas un diagnostic de cancer.

Il indique qu’il peut être pertinent de poursuivre les investigations.

Pourquoi vouloir réduire les IRM ?

L’IRM prostatique est devenue un outil majeur dans le diagnostic moderne.

Les recommandations européennes préconisent notamment une IRM avant biopsie chez les hommes présentant une suspicion de cancer prostatique localisé.

Elle permet d’identifier les zones suspectes et de mieux cibler les biopsies.

Mais une IRM :

  • mobilise du matériel coûteux ;
  • demande du temps ;
  • nécessite une expertise radiologique ;
  • peut conduire à des investigations supplémentaires ;
  • et n’est pas nécessairement utile chez tous les hommes présentant une légère élévation du PSA.

L’enjeu n’est donc pas de remplacer l’IRM.

L’enjeu est de mieux choisir qui doit en bénéficier.

Une deuxième étude de 2026 apporte justement une réponse

Une étude pragmatique particulièrement intéressante a été publiée en août 2026 dans European Urology Oncology.

Les chercheurs ont étudié l’intégration de Stockholm3 dans un programme organisé de détection du cancer de la prostate dans la région Stockholm-Gotland.

Le principe était simple.

Parcours classique

PSA élevé
⬇️
IRM
⬇️
biopsie éventuelle

Parcours évalué

PSA
⬇️
Stockholm3 chez certains hommes
⬇️
IRM seulement si le risque Stockholm3 était suffisamment élevé
⬇️
biopsie éventuelle

Résultat :

le recours à l’IRM a diminué de 64 %.

Il est passé de 2,7 % des hommes testés à 1,0 %.

Et les biopsies ?

Elles ont également diminué.

Dans cette étude :

0,6 % des hommes du groupe de comparaison ont subi une biopsie,

contre

0,4 % dans le parcours intégrant Stockholm3.

Mais ici, une nuance scientifique est particulièrement importante.

Le nombre de cancers observés était relativement faible et l’étude n’avait pas une puissance statistique suffisante pour démontrer que la nouvelle stratégie ne manquait aucun cancer significatif.

Les auteurs eux-mêmes demandent donc de considérer certains résultats avec prudence.

Nous ne pouvons donc pas écrire :

« Stockholm3 permet d’éviter l’IRM et la biopsie sans aucun risque. »

Ce serait aller au-delà des données.

Pourquoi cherche-t-on justement à éviter certaines biopsies ?

Une biopsie prostatique consiste à prélever plusieurs fragments de la prostate afin qu’ils soient examinés au microscope.

C’est encore l’examen permettant de confirmer histologiquement un cancer.

Mais il s’agit d’un examen invasif.

Selon la technique utilisée, il peut notamment entraîner :

  • douleurs ou inconfort ;
  • saignements ;
  • sang dans les urines ou le sperme ;
  • infection ;
  • rétention urinaire ;
  • anxiété.

Les techniques modernes, notamment la biopsie trans-périnéale, permettent de réduire certains risques.

Mais si une biopsie peut raisonnablement être évitée chez un homme présentant un risque très faible de cancer significatif, c’est évidemment intéressant.

Le véritable problème du PSA : il ne distingue pas suffisamment l’agressivité

Tous les cancers de la prostate ne se comportent pas de la même manière.

Certains évoluent très lentement et peuvent parfois être simplement surveillés pendant des années.

D’autres sont biologiquement beaucoup plus agressifs et nécessitent un traitement.

Le dépistage doit donc trouver un équilibre délicat :

détecter les cancers dangereux suffisamment tôt…

sans

multiplier les diagnostics de cancers qui n’auraient peut-être jamais menacé la vie du patient.

C’est ce que l’on appelle le surdiagnostic.

Stockholm3 est intéressant précisément parce qu’il est conçu pour améliorer cette sélection.

Et les cancers avec un PSA faible ?

C’est peut-être l’un des aspects les plus intéressants du programme de recherche.

Le suivi des études Stockholm3 montre que certains cancers cliniquement importants peuvent être présents chez des hommes dont le PSA reste sous les seuils traditionnellement utilisés pour déclencher des investigations.

Dans la cohorte 2026, Stockholm3 a ainsi présenté moins de faux négatifs que le PSA ≥3 ng/mL.

Cela rappelle une notion importante :

le PSA n’est pas un interrupteur « cancer / pas cancer ».

C’est un biomarqueur.

Son interprétation dépend notamment de l’âge, de son évolution, du volume prostatique, des antécédents familiaux et d’autres facteurs cliniques.

Stockholm3 remplace-t-il l’IRM ?

Non.

Et c’est probablement le point le plus important à retenir.

Stockholm3 est avant tout un outil de stratification du risque.

Un résultat élevé peut conduire à une IRM.

Si l’IRM montre une lésion suspecte, une biopsie ciblée peut ensuite être proposée.

Le parcours devient donc potentiellement :

prise de sang → estimation personnalisée du risque → IRM si nécessaire → biopsie si nécessaire.

Plutôt que d’envoyer un grand nombre d’hommes vers les mêmes examens sur la seule base d’un seuil de PSA.

Les recommandations européennes restent actuellement très claires : lorsqu’un cancer prostatique localisé est suspecté et qu’une biopsie est envisagée, l’IRM pré-biopsique conserve une place centrale.

Et une biopsie peut-elle réellement être évitée ?

Dans certaines situations, oui.

Des travaux antérieurs sur Stockholm3 avaient déjà montré qu’une combinaison du test sanguin et de l’IRM pouvait réduire le nombre de biopsies.

Une étude publiée dans European Urology Focus a notamment étudié des hommes ayant un Stockholm3 positif mais une IRM négative.

Selon les critères utilisés, omettre certaines biopsies aurait permis d’éviter environ 42 % des biopsies, au prix d’un petit nombre de cancers significatifs non diagnostiqués immédiatement.

Encore une fois :

éviter une biopsie n’est acceptable que lorsque le risque de manquer un cancer important est suffisamment faible.

La décision reste donc médicale et individualisée.

Ce test va-t-il remplacer le PSA ?

Pas demain matin.

Le PSA possède plusieurs avantages considérables :

il est simple ;

peu coûteux ;

largement disponible ;

et nous disposons de décennies de recul.

Stockholm3 nécessite davantage d’analyses biologiques et génétiques ainsi qu’un algorithme spécifique.

Il faut également démontrer que son utilisation est pertinente et économiquement viable lorsqu’elle est déployée à grande échelle.

L’étude suédoise de 2026 sur l’organisation du dépistage montre toutefois que cette stratégie pourrait fortement réduire le nombre d’IRM nécessaires.

Et en Belgique ?

C’est ici qu’il faut distinguer une découverte scientifique prometteuse d’un parcours actuellement accessible à tous les patients belges.

Stockholm3 a surtout été développé et évalué en Scandinavie et dans plusieurs autres populations.

Les résultats de 2026 sont particulièrement intéressants, mais ils ne signifient pas que Stockholm3 remplace actuellement le PSA, l’IRM ou la biopsie dans le parcours diagnostique standard belge.

Pour un homme belge présentant un PSA élevé, la conduite à tenir dépend notamment :

  • du niveau exact de PSA ;
  • de son évolution ;
  • de l’âge ;
  • du volume de la prostate ;
  • du toucher rectal lorsqu’il est indiqué ;
  • des antécédents familiaux ;
  • de l’IRM ;
  • et de l’évaluation de l’urologue.

Il ne faut donc surtout pas renoncer à une IRM ou une biopsie prescrite sous prétexte qu’un nouveau test sanguin existe.

Une évolution vers un dépistage plus personnalisé

C’est probablement là que cette recherche est la plus intéressante.

Pendant longtemps, le dépistage du cancer de la prostate reposait largement sur une valeur :

le PSA.

Nous nous dirigeons progressivement vers une approche combinant :

🩸 biomarqueurs sanguins ;

🧬 données génétiques ;

👨 caractéristiques individuelles ;

📈 évolution du PSA ;

🖥️ IRM multiparamétrique ;

🔬 biopsie ciblée lorsqu’elle est nécessaire.

L’objectif n’est plus simplement de détecter davantage de cancers.

Il est de détecter davantage de cancers qui comptent, tout en évitant autant que possible les examens et diagnostics inutiles.

Ce qu’il faut retenir

🩸 Stockholm3 est un test sanguin combinant plusieurs protéines, des marqueurs génétiques et des données cliniques.

🎯 Dans une étude portant sur 12 670 hommes, il a identifié 90 % des cancers de la prostate cliniquement significatifs, contre 74 % avec un seuil PSA ≥3 ng/mL.

⚠️ 90 % de sensibilité ne signifie pas 90 % de certitude d’avoir un cancer en cas de test positif.

🖥️ Dans une étude d’implémentation publiée en août 2026, l’ajout de Stockholm3 après le PSA a été associé à une réduction de 64 % du nombre d’IRM réalisées.

🔬 Cette approche pourrait également permettre d’éviter certaines biopsies, mais elle ne supprime ni l’IRM ni la biopsie lorsqu’elles sont médicalement nécessaires.

🇧🇪 Ces résultats ne signifient pas que le parcours diagnostique belge vient d’être remplacé par une simple prise de sang.

À retenir : Stockholm3 illustre surtout une évolution majeure du dépistage du cancer de la prostate : passer d’un seuil de PSA relativement simple à une estimation beaucoup plus personnalisée du risque, afin de trouver davantage de cancers agressifs tout en évitant des examens inutiles.

Pour aller plus loin

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Sources scientifiques et références

📚 Étude majeure 2026

Stockholm3–Magnetic Resonance Imaging Population-Based Prostate Cancer Screening Study: Two-Year Follow-up — Annals of Internal Medicine, 2026

12 670 hommes ; 443 cancers cliniquement significatifs ; sensibilité Stockholm3 de 90 % contre 74 % pour PSA ≥3 ng/mL.

Consulter l’étude dans Annals of Internal Medicine

Consulter le résumé de l’Institut national du cancer français

🖥️ Stockholm3 et réduction des IRM — 2026

Reducing MRI Use in Organized Prostate Cancer Testing Using Blood-based Biomarkers: The OPT Stockholm3 Study — European Urology Oncology, 2026

L’intégration de Stockholm3 comme test réflexe après le PSA a été associée à une réduction de 64 % des IRM dans ce programme organisé.

Consulter l’étude sur PubMed

📚 Stockholm3, IRM et biopsie

Prostate Biopsies Can Be Omitted in Most Patients with a Positive Stockholm3 Test and Negative Prostate Magnetic Resonance Imaging — European Urology Focus

Cette étude explore dans quelles situations une biopsie pourrait être évitée après combinaison de Stockholm3 et de l’IRM.

Consulter l’étude sur PubMed

🇪🇺 Recommandations européennes

European Association of Urology — Prostate Cancer Guidelines

Les recommandations européennes détaillent actuellement la place du PSA, de l’IRM et de la biopsie dans le diagnostic du cancer prostatique.

Consulter les recommandations EAU

📖 Glossaire

PSA : protéine produite par la prostate et mesurable dans le sang. Une augmentation peut être liée à un cancer mais également à des maladies bénignes.

Stockholm3 : test sanguin combinant biomarqueurs protéiques, données génétiques et informations cliniques afin d’estimer le risque de cancer prostatique cliniquement significatif.

Cancer cliniquement significatif : dans ces études, cancer généralement classé Grade Group ≥2, considéré comme davantage susceptible de nécessiter une prise en charge qu’un cancer de très faible risque.

Sensibilité : capacité d’un test à identifier correctement les personnes qui présentent réellement la maladie recherchée.

Faux négatif : résultat considéré comme rassurant alors qu’un cancer est réellement présent.

IRM multiparamétrique : examen d’imagerie permettant d’identifier et de caractériser des zones suspectes dans la prostate.

Biopsie : prélèvement de tissus permettant de confirmer au microscope la présence et les caractéristiques d’un cancer.

🔬 Niveau de preuve scientifique

★★★★★ Le PSA seul possède des limites pour distinguer les cancers prostatiques significatifs des situations bénignes.

★★★★☆ Stockholm3 présente une meilleure sensibilité que le PSA seul pour détecter les cancers cliniquement significatifs dans la cohorte étudiée en 2026.

★★★★☆ Stockholm3 peut réduire le recours aux IRM dans certains parcours organisés, avec des résultats d’implémentation particulièrement encourageants en Suède.

★★★☆☆ L’utilisation de Stockholm3 pourrait permettre d’éviter certaines biopsies, mais la stratégie optimale dépend du risque individuel et des résultats de l’IRM.

★★☆☆☆ Stockholm3 remplacera le PSA, l’IRM et la biopsie : non démontré et ce n’est pas son rôle actuel.

☆☆☆☆☆ « Une simple prise de sang diagnostique 9 cancers agressifs sur 10 et rend la biopsie inutile » : formulation trompeuse.

Dernière mise à jour scientifique : septembre 2026.

Cet article fournit une information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Un résultat de PSA ou d’un autre biomarqueur doit être interprété dans son contexte clinique. Une IRM ou une biopsie recommandée par un urologue ne doit pas être annulée sur la seule base de l’existence d’un nouveau test.

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