Alcool et cancer : même un verre augmente-t-il le risque ?

Alcool et cancer : même un verre augmente-t-il le risque ?

Un verre de vin avec le repas.

Une bière entre amis.

Une coupe de champagne pour célébrer un événement.

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Dans notre société, l’alcool est profondément associé à la convivialité et aux moments de plaisir.

Pourtant, son lien avec le cancer reste encore largement sous-estimé.

Beaucoup de personnes savent que l’alcool peut endommager le foie ou provoquer une dépendance.

Beaucoup moins savent qu’il est également une cause démontrée de plusieurs cancers.

Et contrairement à une idée répandue, ce risque ne concerne pas uniquement les consommations importantes.

Pour le risque de cancer, aucun niveau de consommation d’alcool ne peut actuellement être considéré comme totalement sans risque.

Cela ne signifie pas qu’une personne qui boit occasionnellement développera un cancer.

Cela signifie que, statistiquement, le risque commence à augmenter dès les faibles niveaux de consommation et augmente avec la quantité consommée.


L’alcool est-il réellement cancérogène ?

Oui.

Les boissons alcoolisées sont classées comme cancérogènes pour l’être humain – Groupe 1 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC/IARC).

Cette catégorie signifie que les preuves scientifiques montrant que l’exposition peut provoquer des cancers chez l’être humain sont solides.

C’est la même catégorie de niveau de preuve que le tabac ou l’amiante.

Attention toutefois à ne pas mal interpréter cette comparaison :

Être dans la même catégorie ne signifie pas que boire un verre d’alcool présente le même niveau de risque que fumer.

La classification indique le niveau de certitude scientifique concernant la capacité à provoquer un cancer, pas l’importance quantitative du risque pour chaque exposition.

Le CIRC considère qu’une relation causale est établie entre l’alcool et plusieurs localisations cancéreuses.


Quels cancers sont liés à l’alcool ?

La consommation d’alcool est reconnue comme une cause d’au moins sept types de cancer.

1. Cancer de la bouche

L’alcool entre directement en contact avec les muqueuses de la cavité buccale.

Une consommation régulière augmente le risque, particulièrement lorsqu’elle est associée au tabac.

2. Cancer du pharynx

Le pharynx fait partie des voies aérodigestives supérieures.

L’alcool peut contribuer à endommager les cellules qui tapissent cette région.

3. Cancer du larynx

Le risque augmente avec la consommation d’alcool et devient particulièrement important lorsque tabac et alcool sont associés.

4. Cancer de l’œsophage

L’alcool est notamment associé au carcinome épidermoïde de l’œsophage.

5. Cancer du foie

Une consommation importante et prolongée peut provoquer :

inflammation → fibrose → cirrhose → augmentation du risque de cancer du foie.

Mais l’effet cancérogène de l’alcool ne se limite pas à la cirrhose.

6. Cancer colorectal

L’alcool augmente également le risque de cancer :

  • du côlon ;
  • du rectum.

7. Cancer du sein

C’est probablement l’un des liens les moins connus.

Même une consommation relativement faible d’alcool est associée à une augmentation du risque de cancer du sein.

L’alcool peut notamment influencer les concentrations hormonales, dont les œstrogènes, et intervenir dans plusieurs mécanismes biologiques favorisant la carcinogenèse.


Pourquoi l’alcool peut-il provoquer un cancer ?

Plusieurs mécanismes interviennent.

L’acétaldéhyde : une molécule toxique

Lorsque nous buvons de l’alcool, notre organisme transforme l’éthanol.

Une première transformation produit une molécule appelée :

acétaldéhyde.

Cette substance peut endommager :

  • l’ADN ;
  • les protéines ;
  • certains mécanismes de réparation cellulaire.

Le CIRC considère que le métabolisme de l’éthanol en acétaldéhyde constitue l’un des mécanismes les mieux établis expliquant l’effet cancérogène de l’alcool.


L’alcool favorise aussi le stress oxydatif

La transformation de l’alcool dans l’organisme peut produire des molécules réactives capables d’endommager les cellules.

Ce phénomène est appelé stress oxydatif.

À long terme, ces dommages peuvent favoriser des mutations et contribuer au processus de cancérisation.


L’alcool peut modifier certaines hormones

La consommation d’alcool peut notamment augmenter les concentrations d’œstrogènes.

Ces hormones jouent un rôle dans le développement de certains cancers du sein.

Cela contribue à expliquer pourquoi même des consommations relativement faibles peuvent influencer le risque de cancer du sein.


L’alcool peut faciliter l’action d’autres substances cancérogènes

L’alcool peut également modifier les muqueuses et faciliter la pénétration de certaines substances toxiques.

C’est particulièrement important lorsqu’il est associé au tabac.

Pour certains cancers de :

  • la bouche ;
  • la gorge ;
  • l’œsophage ;

alcool + tabac représentent une association particulièrement défavorable.

Leurs effets peuvent se renforcer mutuellement.


Existe-t-il une quantité d’alcool « sans danger » pour le cancer ?

C’est ici qu’il faut distinguer deux notions.

Les recommandations nationales peuvent proposer des limites de consommation à moindre risque.

Mais « moindre risque » ne signifie pas :

« aucun risque de cancer ».

Selon l’OMS Europe et le CIRC :

Il n’existe pas de seuil de consommation pour lequel on puisse affirmer que le risque de cancer est nul.

Le risque fonctionne plutôt comme une pente :

moins on consomme → plus le risque diminue.

Et inversement :

plus la consommation augmente → plus le risque augmente.


Un seul verre augmente-t-il vraiment le risque ?

La formulation demande de la nuance.

Boire un verre une seule fois ne signifie évidemment pas qu’un cancer va apparaître.

Les études évaluent surtout la consommation répétée au fil du temps.

Une consommation faible mais régulière peut toutefois être associée à une augmentation statistique du risque de certains cancers, notamment celui du sein.

L’OMS Europe souligne qu’une part importante des cancers attribuables à l’alcool survient chez des personnes ayant une consommation considérée comme légère ou modérée.

Le message de prévention n’est donc pas :

« Un verre provoque un cancer. »

Mais plutôt :

Chaque réduction de la consommation contribue à réduire l’exposition à un cancérogène connu.


Le vin rouge est-il meilleur pour la santé ?

C’est probablement l’une des idées reçues les plus persistantes.

Le vin rouge contient certains polyphénols, notamment du resvératrol.

Mais il contient également :

de l’éthanol.

Or c’est précisément l’éthanol et ses métabolites qui sont impliqués dans le risque de cancer.

Les éventuels composés bénéfiques du raisin ne neutralisent donc pas le risque cancérogène lié à l’alcool.

Pour la prévention du cancer :

vin rouge, vin blanc, bière, champagne et spiritueux contiennent tous de l’éthanol et sont donc concernés.

Ce qui compte principalement est la quantité totale d’alcool consommée, et non le prestige, le prix ou la qualité de la boisson.


La bière est-elle moins dangereuse que les alcools forts ?

Pas nécessairement.

Une bière contient généralement une concentration d’alcool plus faible qu’un whisky.

Mais la quantité servie est souvent beaucoup plus importante.

Un « verre standard » cherche précisément à comparer les boissons selon la quantité d’alcool pur qu’elles contiennent.

Ainsi, selon les volumes servis, un verre de bière, de vin ou de spiritueux peut apporter une quantité comparable d’éthanol.

Le risque ne vient donc pas uniquement des « alcools forts ».


Pourquoi le lien entre alcool et cancer est-il encore si peu connu ?

Parce que l’alcool occupe une place particulière dans notre société.

Il est associé :

  • aux repas ;
  • aux fêtes ;
  • aux célébrations ;
  • à la gastronomie ;
  • aux rencontres sociales.

Les messages historiques concernant ses éventuels bénéfices cardiovasculaires ont également contribué à créer une image parfois positive de certaines boissons, notamment du vin.

Pourtant, lorsqu’on parle spécifiquement de prévention du cancer, les données actuelles sont beaucoup plus claires.

L’OMS Europe rappelle que la région européenne possède la consommation d’alcool la plus élevée au monde et que le cancer représente une part majeure des décès attribuables à l’alcool.


Arrêter de boire réduit-il le risque de cancer ?

Oui, réduire ou arrêter sa consommation est bénéfique.

Le risque ne revient pas nécessairement immédiatement au niveau d’une personne qui n’a jamais consommé d’alcool.

Cela peut prendre du temps.

Mais les données évaluées par le CIRC montrent que la réduction ou l’arrêt de la consommation peut diminuer le risque de certains cancers liés à l’alcool.

En 2024, le CIRC a conclu qu’il existe suffisamment de preuves montrant que la réduction ou l’arrêt de l’alcool réduit notamment le risque de certains cancers, en particulier ceux de la cavité buccale et de l’œsophage.

Cela donne un message important :

Il n’est jamais inutile de réduire sa consommation.


Faut-il arrêter complètement l’alcool ?

Pour la prévention du cancer, la logique est simple :

moins on boit, mieux c’est.

Ne pas boire permet d’éviter le risque lié spécifiquement à l’alcool.

Mais la prévention ne doit pas devenir culpabilisante.

Pour une personne qui consomme régulièrement, plusieurs changements peuvent déjà réduire l’exposition :

  • diminuer le nombre de jours où l’on boit ;
  • réduire les quantités ;
  • alterner avec des boissons sans alcool ;
  • éviter les consommations importantes en une seule occasion ;
  • choisir davantage d’occasions totalement sans alcool.

Chaque réduction compte.


Et après un diagnostic de cancer ?

La situation doit être individualisée.

L’alcool peut parfois :

  • interagir avec certains médicaments ;
  • accentuer certains effets secondaires ;
  • irriter la bouche ou les muqueuses digestives ;
  • aggraver certaines atteintes du foie ;
  • compliquer l’état nutritionnel.

Selon le cancer et le traitement, l’équipe médicale peut recommander de limiter fortement ou d’éviter complètement l’alcool.

Il est donc préférable d’en discuter avec :

  • l’oncologue ;
  • le médecin traitant ;
  • le pharmacien ;
  • ou un diététicien spécialisé en oncologie.

Peut-on boire occasionnellement après un cancer ?

Il n’existe pas une réponse identique pour tous les patients.

Cela dépend notamment :

  • du type de cancer ;
  • des traitements reçus ;
  • des médicaments actuels ;
  • de l’état du foie ;
  • du risque de récidive ;
  • de l’état nutritionnel.

Pour certains cancers directement associés à l’alcool, réduire ou arrêter la consommation est particulièrement important.

Dans tous les cas, il ne faut pas considérer l’alcool comme bénéfique pour prévenir une récidive.


Le message de prévention doit rester proportionné

Parler du risque lié à l’alcool ne signifie pas dire :

« Toute personne qui boit développera un cancer. »

Le cancer est une maladie multifactorielle.

Il dépend notamment :

  • de l’âge ;
  • de la génétique ;
  • du tabac ;
  • de l’alimentation ;
  • de l’activité physique ;
  • de certaines infections ;
  • de facteurs environnementaux ;
  • et parfois simplement du hasard biologique lié aux mutations cellulaires.

L’alcool constitue un facteur de risque modifiable parmi d’autres.

La différence est que nous disposons aujourd’hui de preuves solides montrant qu’en réduire la consommation permet de diminuer l’exposition à un cancérogène évitable.


À retenir

L’alcool est une cause démontrée de cancer.

Il est associé à au moins sept localisations :

  • bouche ;
  • pharynx ;
  • larynx ;
  • œsophage ;
  • foie ;
  • côlon et rectum ;
  • sein.

Toutes les boissons alcoolisées sont concernées :

🍷 vin
🍺 bière
🥂 champagne
🥃 spiritueux.

Ce n’est pas le type de boisson qui protège ou expose : c’est principalement l’éthanol qu’elle contient.

Et concernant le cancer :

Il n’existe pas de quantité d’alcool dont on puisse affirmer qu’elle est totalement sans risque.

Cela ne signifie pas qu’un verre occasionnel provoquera un cancer.

Le risque est progressif et dépend notamment de la quantité et de la durée d’exposition.

La meilleure manière de résumer les connaissances actuelles est donc simple :

Moins on consomme d’alcool, plus on réduit son risque. Et ne pas en consommer évite entièrement le risque de cancer attribuable à l’alcool.

Le CIRC souligne désormais également un point encourageant : réduire ou arrêter sa consommation peut réellement diminuer le risque de certains cancers.

Pour aller plus loin

L’alcool fait partie des facteurs de risque de cancer sur lesquels il est possible d’agir. La prévention ne repose toutefois jamais sur un seul comportement : alimentation, activité physique, tabac, vaccination, dépistage et connaissance des signaux d’alarme jouent également un rôle important.

À retenir : lorsqu’on parle de prévention du cancer, « boire avec modération » ne signifie pas « sans risque ». Le risque augmente avec la quantité d’alcool consommée : moins on boit, plus on réduit son exposition. Une personne qui ne boit pas n’a aucune raison de commencer à consommer de l’alcool pour un éventuel bénéfice pour la santé.

Sources scientifiques

Le lien entre consommation d’alcool et cancer repose sur plusieurs décennies de recherches épidémiologiques et biologiques. Les organismes internationaux de référence reconnaissent aujourd’hui l’alcool comme une cause établie de plusieurs cancers.

Important : le classement de l’alcool parmi les cancérogènes du groupe 1 signifie que les preuves de sa capacité à provoquer des cancers chez l’être humain sont établies. Cela ne signifie pas que toutes les substances classées dans ce groupe présentent le même niveau de risque. Le risque individuel dépend notamment de la quantité consommée, de la fréquence et de la durée d’exposition, ainsi que d’autres facteurs comme le tabagisme.

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