Le dépistage du cancer en Belgique : ce rendez-vous qu’on adore remettre à demain

Le dépistage du cancer en Belgique : ce rendez-vous qu’on adore remettre à demain

Il y a des courriers qu’on ouvre immédiatement : une bonne nouvelle, une réservation de vacances, éventuellement le remboursement des impôts. Et puis il y a cette enveloppe qui nous rappelle gentiment qu’à partir d’un certain âge, notre corps mérite lui aussi son petit contrôle technique. Mammotest, Colotest, test HPV… Bienvenue dans le merveilleux monde du dépistage organisé. Promis : c’est généralement moins pénible que de changer de fournisseur d’énergie.

Vous ouvrez votre boîte aux lettres.

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Et soudain :

« Vous êtes invité(e) à participer au dépistage du cancer… »

Votre cerveau, pourtant parfaitement capable de retenir le mot de passe du Wi-Fi de la maison depuis 2017, réagit immédiatement :

« Oui, oui. Je vais faire ça. »

Vous posez soigneusement la lettre sur le meuble de l’entrée.

Puis une autre enveloppe dessus.

Puis les clés.

Puis un sac.

Et six mois plus tard, vous la retrouvez en cherchant les garanties du grille-pain.

Bienvenue dans le dépistage.

🔎 Le dépistage, c’est chercher quelque chose qu’on espère ne pas trouver

Concept étrange, reconnaissons-le.

On se sent bien.

On n’a rien demandé.

Et quelqu’un nous propose de vérifier si, par hasard, quelque chose ne serait pas en train de se développer discrètement.

Instinctivement, beaucoup d’entre nous pensent :

« Puisque je n’ai aucun symptôme, pourquoi chercher ? »

Justement.

Le dépistage s’adresse en principe à des personnes qui ne présentent pas de symptôme.

Son objectif est de repérer certains cancers — ou parfois des lésions précancéreuses — avant qu’ils ne commencent à se manifester.

Parce qu’en cancérologie, attendre que la tumeur envoie une invitation officielle n’est généralement pas la meilleure stratégie.

🇧🇪 En Belgique, nous avons trois grandes vedettes du dépistage organisé

Pas encore de carte de fidélité.

Pas de quatrième examen gratuit après trois dépistages.

Mais trois cancers disposent actuellement de programmes organisés en Belgique :

🎀 le cancer du sein ;

💩 le cancer colorectal ;

🌸 le cancer du col de l’utérus.

Le cancer du poumon fait l’objet de discussions, mais ne fait pas actuellement partie des trois programmes organisés généralisés cités par la Fondation contre le Cancer.

Et comme nous sommes en Belgique, les modalités pratiques dépendent aussi de votre Région.

Parce qu’un sujet administratif belge sans différences régionales aurait probablement créé une faille dans l’espace-temps.

🎀 Le Mammotest : deux minutes où votre poitrine découvre le concept de presse-papier

Pour le cancer du sein, le programme organisé concerne les femmes de 50 à 69 ans à risque moyen et sans symptôme.

Le Mammotest est proposé tous les deux ans. En Wallonie comme à Bruxelles, il est gratuit dans le cadre du programme organisé.

Concrètement, il s’agit d’une mammographie.

Deux clichés par sein.

Et une expérience qui permet de découvrir qu’un sein est manifestement beaucoup plus compressible qu’on ne l’aurait imaginé.

Soyons clairs :

personne ne réserve un Mammotest pour le plaisir.

On ne ressort généralement pas en disant :

« Formidable. Même heure dans quinze jours ? »

Mais l’examen est bref.

Et son intérêt est précisément de pouvoir détecter certaines anomalies avant qu’elles ne soient palpables ou symptomatiques.

Dans le programme organisé, les clichés bénéficient en outre d’une lecture selon une procédure de contrôle de qualité, avec notamment une seconde lecture indépendante.

« Je me palpe les seins, ça suffit ? »

Non.

Connaître sa poitrine et signaler une modification inhabituelle est utile, mais cela ne remplace pas le dépistage recommandé.

Et surtout :

si vous découvrez une boule, une modification du mamelon, une déformation ou une anomalie inhabituelle, vous n’êtes plus dans une situation de dépistage.

Il faut consulter.

Le calendrier peut attendre.

Votre médecin, non.

💩 Le dépistage colorectal : oui, nous allons parler de caca

Il fallait bien y arriver.

Le cancer colorectal possède probablement le dépistage qui remporte le prix du :

« Je le ferai demain. »

En Belgique, le programme concerne les hommes et les femmes de 50 à 74 ans, généralement tous les deux ans pour les personnes à risque moyen et sans symptôme.

Et contrairement à ce que certains imaginent :

non, le dépistage ne commence pas par une coloscopie.

Il repose sur un test immunologique réalisé à domicile qui recherche des traces microscopiques de sang dans les selles.

Autrement dit :

vous allez recevoir un petit kit.

Vous allez lire les instructions.

Vous allez regarder le kit.

Le kit va vous regarder.

Et vous allez probablement vous demander comment votre vie en est arrivée là.

Puis vous réaliserez le prélèvement.

Et quelques minutes plus tard, ce sera terminé.

À Bruxelles, le Colotest est gratuit pour les personnes de 50 à 74 ans et peut notamment être obtenu en pharmacie lorsque les critères du programme sont remplis. En Wallonie, le kit peut notamment être commandé via le programme de dépistage.

« Et si le test est positif ? »

Respirez.

Positif ne signifie pas cancer.

Cela signifie que du sang a été détecté et qu’une exploration supplémentaire, généralement une coloscopie, est nécessaire pour comprendre pourquoi.

Il peut s’agir d’un polype, d’une autre cause de saignement ou, parfois, d’un cancer.

Le cancer colorectal peut évoluer pendant longtemps sans provoquer de symptômes. Il se développe souvent à partir de polypes, dont certains peuvent être repérés et retirés avant leur transformation en cancer.

Quelques minutes d’intimité avec un petit bâtonnet deviennent alors nettement plus intéressantes.

🌸 Le col de l’utérus : « Mais j’ai déjà fait un frottis… en… attendez… »

Question classique chez le gynécologue :

« Votre dernier frottis date de quand ? »

Réponse :

« Oh, récemment. »

Silence.

« Deux ans ? »

Nouveau silence.

« Peut-être quatre. »

Regard vers le plafond.

« Attendez… c’était avant le Covid. »

Depuis le 1er janvier 2025, le dépistage belge du cancer du col a changé.

Pour les personnes à risque moyen et sans symptôme :

👩 25 à 29 ans

La cytologie reste recommandée tous les trois ans.

👩 30 à 64 ans

Le test HPV est devenu l’examen de dépistage primaire et est généralement réalisé tous les cinq ans.

Pourquoi cinq ans ?

Non, ce n’est pas parce que la Belgique a décidé de faire des économies de coton-tiges.

Le test HPV recherche directement certains papillomavirus à haut risque et permet d’espacer davantage les examens lorsque le résultat est rassurant. Cette évolution repose sur les données scientifiques disponibles.

« HPV positif ? Donc j’ai un cancer ? »

Non.

Et c’est vraiment important.

HPV positif ≠ cancer.

Cela signifie qu’un papillomavirus à risque a été détecté.

Les infections HPV sont extrêmement fréquentes et beaucoup disparaissent spontanément. Certains HPV peuvent cependant persister et provoquer progressivement des lésions précancéreuses.

C’est précisément pour cela qu’on les recherche.

🤔 « Mais docteur, je vais très bien ! »

Excellent.

C’est même exactement le public recherché.

Un programme de dépistage organisé s’adresse principalement à des personnes :

sans symptôme,

dans une certaine tranche d’âge,

et sans risque particulier nécessitant une surveillance différente.

Si vous avez des symptômes, le raisonnement change.

Et c’est probablement LA phrase à retenir de cet article :

⚠️ Un symptôme ne doit jamais attendre le prochain dépistage

Vous avez reçu une lettre indiquant :

« Prochain test dans deux ans » ?

Très bien.

Mais si entre-temps vous constatez :

  • du sang dans les selles ;
  • un changement intestinal inhabituel persistant ;
  • une boule dans un sein ;
  • une modification inhabituelle du mamelon ou de la peau du sein ;
  • des saignements vaginaux inhabituels ;
  • des saignements après un rapport sexuel ;
  • des saignements après la ménopause ;

la réponse n’est pas :

« Rendez-vous en 2028 ! »

C’est :

parlez-en à votre médecin.

Les programmes eux-mêmes rappellent qu’en présence de symptômes, il faut consulter plutôt que simplement effectuer le test de dépistage prévu.

🧬 « Dans ma famille, nous avons beaucoup de cancers. Je fais juste le dépistage normal ? »

Pas nécessairement.

Les programmes organisés concernent principalement les personnes présentant un risque moyen.

Certaines situations nécessitent une surveillance personnalisée :

  • antécédent personnel de cancer ;
  • plusieurs cancers dans la famille ;
  • cancer survenu très jeune chez un proche ;
  • mutation génétique connue ;
  • certaines maladies prédisposantes ;
  • antécédents de polypes importants ;
  • risque mammaire élevé.

Dans ces situations, le médecin peut proposer :

un autre examen,

un âge de début différent,

ou

une fréquence différente.

Autrement dit, si votre médecin vous a établi un programme personnalisé, ne remplacez pas celui-ci par :

« Mais Oncostar disait tous les deux ans ! »

Oncostar aimerait éviter cette conversation avec votre oncologue.

😬 Pourquoi repoussons-nous autant le dépistage ?

Parce que nous sommes humains.

Et que notre cerveau possède une remarquable capacité à négocier avec lui-même.

Excuse n°1 : « Je n’ai rien. »

C’est le principe du dépistage.

Excuse n°2 : « Je suis trop jeune pour avoir un cancer. »

Les programmes commencent à certains âges parce que le rapport entre bénéfices et inconvénients du dépistage varie selon l’âge et le cancer.

Mais un symptôme inhabituel mérite une consultation quel que soit votre âge.

Excuse n°3 : « Je préfère ne pas savoir. »

Celle-ci est profondément humaine.

La peur du résultat est une vraie barrière.

Mais un diagnostic ne crée pas la maladie.

Il permet de la découvrir.

Et lorsqu’un cancer est détecté plus tôt, les possibilités thérapeutiques sont souvent meilleures.

Excuse n°4 : « Je n’ai pas le temps. »

Nous avons parfois passé 47 minutes à choisir une série Netflix que nous n’avons finalement pas regardée.

Le Colotest mérite peut-être sa chance.

Excuse n°5 : « C’est gênant. »

Oui.

Mettre ses seins entre deux plaques, effectuer un prélèvement cervical ou prélever un morceau de selle ne figurera probablement jamais dans le catalogue Smartbox « Instants d’exception ».

Les professionnels de santé, eux, font cela quotidiennement.

Pour eux, votre col, votre poitrine et votre côlon ne constituent pas un événement mondain.

🩺 Le dépistage n’est pas parfait

Et il est important de le dire.

Un test de dépistage peut :

rater une maladie ;

détecter une anomalie finalement bénigne ;

entraîner des examens complémentaires ;

provoquer de l’anxiété ;

et, pour certains dépistages, identifier des cancers qui n’auraient peut-être jamais causé de problème au cours de la vie — ce qu’on appelle le surdiagnostic.

Le programme wallon de dépistage du sein mentionne explicitement ce risque, tout en indiquant que la majorité des experts considèrent que, entre 50 et 69 ans, les bénéfices du dépistage organisé l’emportent sur ses inconvénients.

Voilà pourquoi on ne dépiste pas tout le monde pour tous les cancers tous les six mois « au cas où ».

Un bon dépistage doit avoir démontré que ses bénéfices dépassent suffisamment ses risques et ses inconvénients dans une population donnée.

🧪 « Alors pourquoi ne fait-on pas une grosse prise de sang pour tous les cancers ? »

Parce que nous aimerions énormément que cela fonctionne ainsi.

Une prise de sang.

Une petite étoile à côté de :

« Cancer : négatif »

et rendez-vous l’année prochaine.

La recherche travaille effectivement sur des tests sanguins capables de détecter plusieurs cancers à partir notamment de fragments d’ADN tumoral.

Mais en 2026, ces technologies ne remplacent pas les programmes belges validés de dépistage dans la population générale.

Pour qu’un test devienne un bon dépistage, il ne suffit pas qu’il détecte quelque chose.

Il faut notamment savoir :

combien de cancers il détecte réellement ;

combien il en manque ;

combien de personnes sans cancer il inquiète inutilement ;

quels examens il déclenche ensuite ;

et surtout :

s’il améliore réellement la santé de la population dépistée.

La médecine adore les innovations.

Mais elle aime encore davantage les preuves.

🇧🇪 Le petit mémo belge à garder quelque part

Pour une personne sans symptôme et à risque moyen, les principaux repères sont :

🎀 SEIN

Femmes de 50 à 69 ans

➡️ Mammotest

➡️ généralement tous les 2 ans.

💩 COLORECTAL

Femmes et hommes de 50 à 74 ans

➡️ recherche de sang occulte dans les selles par test immunologique

➡️ généralement tous les 2 ans.

🌸 COL DE L’UTÉRUS

25 à 29 ans

➡️ cytologie

➡️ généralement tous les 3 ans

30 à 64 ans

➡️ test HPV primaire

➡️ généralement tous les 5 ans.

Et répétons la petite ligne écrite en très gros caractères invisibles :

ces calendriers concernent le dépistage.

Symptômes ou risque particulier = parlez-en au médecin sans attendre le prochain test.

❤️ Le dépistage n’est pas une convocation au cancer

Recevoir une invitation peut être anxiogène.

On peut avoir peur.

Peur du test.

Peur du résultat.

Peur qu’en cherchant quelque chose, on finisse par le trouver.

Mais l’objectif d’un programme de dépistage n’est pas de transformer des personnes en bonne santé en patients.

C’est exactement l’inverse :

intervenir lorsqu’une maladie est encore silencieuse et potentiellement plus simple à traiter — voire, pour certaines lésions précancéreuses, avant qu’un cancer n’existe.

Alors, la prochaine fois qu’une invitation arrive dans votre boîte aux lettres, vous avez parfaitement le droit de :

la regarder avec méfiance,

soupirer,

dire « oh non… »,

la poser sur la table,

boire un café…

puis prendre rendez-vous ou faire le test.

On ne vous demande pas d’aimer le dépistage.

Juste de ne pas le laisser vivre six mois sous les clés de voiture.

Ce qu’il faut retenir

😅 Non, personne ne se lève le samedi matin en criant : « Chouette, aujourd’hui je fais mon Colotest ! »

Mais le dépistage permet de rechercher certains cancers ou lésions précancéreuses avant l’apparition de symptômes.

🇧🇪 En Belgique, les trois principaux programmes organisés concernent actuellement le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer du col de l’utérus.

⚠️ Le dépistage ne remplace jamais une consultation lorsqu’un symptôme apparaît.

🧬 Les personnes présentant un risque élevé peuvent avoir besoin d’une surveillance différente de celle proposée à la population générale.

🔬 Un test positif n’est pas automatiquement synonyme de cancer. Il signifie généralement que des examens supplémentaires sont nécessaires.

❤️ Et surtout : un test de dépistage n’est pas là pour vous faire peur. Il est là pour essayer de prendre de vitesse une maladie qui, elle, ne prévient pas toujours de son arrivée.

Pour aller plus loin

Cancer du col de l’utérus : 4 cancers sur 10 encore détectés à un stade avancé

Cancer du sein : le meilleur dépistage est celui auquel on participe

Mammotest à Bruxelles : pourquoi si peu de femmes y participent ?

Trouver un professionnel de santé sur Oncostar

Sources et informations officielles

🇧🇪 Fondation contre le Cancer

La Fondation rappelle que la Belgique dispose de programmes organisés concernant les cancers du sein, colorectal et du col de l’utérus.

Consulter les informations sur le dépistage

🇧🇪 Wallonie — CCRef

Le Centre de Coordination et de Référence pilote en Wallonie les programmes de dépistage du sein, colorectal et du col de l’utérus.

Consulter les programmes de dépistage en Wallonie

🇧🇪 Bruxelles — BruPrev

Informations sur le Mammotest

Informations sur le Colotest

🇧🇪 Sciensano — dépistage du cancer du col

Depuis janvier 2025, le test HPV primaire est recommandé tous les cinq ans entre 30 et 64 ans.

Consulter les nouvelles recommandations belges

Dernière mise à jour : septembre 2026.

Cet article utilise volontairement l’humour pour parler du dépistage, mais les recommandations médicales sont sérieuses. Les âges et intervalles indiqués concernent principalement les personnes asymptomatiques à risque moyen. En présence d’un symptôme ou d’un risque particulier, demandez conseil à votre médecin.

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