Cancer de la peau et travail au soleil : quelles professions sont les plus exposées en Belgique ?

Cancer de la peau et travail au soleil : quelles professions sont les plus exposées en Belgique ?

En Belgique, le soleil n’est pas uniquement un risque associé aux vacances ou aux journées passées à la plage. Pour de nombreux travailleurs, l’exposition aux rayons ultraviolets fait partie du quotidien professionnel.

Agriculteurs, couvreurs, ouvriers de voirie, jardiniers ou travailleurs du bâtiment peuvent ainsi accumuler, année après année, une quantité importante de rayonnement UV. Cette exposition répétée augmente le risque de développer certaines lésions précancéreuses et certains cancers de la peau.

Depuis 2024, la Belgique reconnaît d’ailleurs certaines de ces affections comme maladies professionnelles. Une avancée importante, mais encore peu connue.

Le cancer de la peau, un problème croissant en Belgique

Les cancers de la peau sont aujourd’hui les cancers les plus fréquemment diagnostiqués. Leur incidence continue d’augmenter en Belgique, alors qu’une grande partie de ces cancers pourrait être évitée grâce à une meilleure protection contre les rayons UV. En 2026, la Fondation contre le Cancer indiquait qu’environ un cancer diagnostiqué sur trois en Belgique était une forme de cancer de la peau, mélanome ou cancer cutané non mélanome.

Le risque ne concerne pas uniquement les personnes qui s’exposent volontairement au soleil. Les travailleurs en extérieur reçoivent souvent des doses importantes d’UV pendant plusieurs heures par jour, parfois sans protection suffisante.

Selon la Fondation contre le Cancer, environ 25 % des Belges travaillent à l’extérieur. Parmi eux, près d’un sur trois y passerait plus de cinq heures par jour.

Quelles professions sont particulièrement exposées ?

Les métiers les plus concernés sont ceux exercés principalement ou régulièrement à l’extérieur.

En Belgique, la reconnaissance instaurée par Fedris vise notamment plusieurs catégories professionnelles fortement exposées au rayonnement solaire :

  • les agriculteurs, viticulteurs, arboriculteurs et fruiticulteurs ;
  • les jardiniers et paysagistes ;
  • les travailleurs forestiers et les bûcherons ;
  • les pêcheurs ;
  • les couvreurs ;
  • les ouvriers de voirie ;
  • les travailleurs de la construction ;
  • les monteurs de structures métalliques travaillant principalement dehors.

Cette liste repose sur l’importance et la durée habituelle de l’exposition professionnelle au soleil.

D’autres professions peuvent également être concernées par une exposition importante, même lorsqu’elles ne figurent pas automatiquement dans une catégorie ouvrant droit à une reconnaissance :

  • agents communaux ;
  • facteurs et livreurs ;
  • éducateurs sportifs ;
  • maîtres-nageurs ;
  • policiers et agents de sécurité ;
  • travailleurs des ports ;
  • professionnels de l’entretien des routes et des espaces publics ;
  • personnel de l’horeca travaillant régulièrement en terrasse.

Dans ces situations, le risque dépend notamment du nombre d’heures passées à l’extérieur, de la saison, des horaires, du type de peau et des moyens de protection disponibles.

Pourquoi le travail en extérieur augmente-t-il le risque ?

Les rayons ultraviolets endommagent progressivement l’ADN des cellules de la peau. L’organisme peut réparer une partie de ces dégâts, mais cette capacité n’est pas illimitée.

Lorsque les expositions se répètent pendant des années, les dommages peuvent s’accumuler et favoriser l’apparition de cellules anormales.

Les zones particulièrement exposées sont :

  • le visage ;
  • les oreilles ;
  • le cuir chevelu chez les personnes ayant peu de cheveux ;
  • la nuque ;
  • les avant-bras ;
  • le dos des mains.

Le risque dépend davantage de la dose cumulée d’UV reçue au cours de la carrière que de la sensation de chaleur. Il est donc possible d’être exposé à un rayonnement important même lorsqu’il ne fait pas très chaud.

Un risque nettement plus élevé chez les travailleurs extérieurs

D’après les données relayées par la Fondation contre le Cancer, les personnes travaillant régulièrement à l’extérieur présentent, par rapport à la population générale :

  • un risque accru de 77 % de développer un carcinome spinocellulaire ou une kératose actinique ;
  • un risque accru de 43 % de développer un carcinome basocellulaire.

Ces chiffres décrivent une augmentation relative du risque. Ils ne signifient donc pas que 77 % des travailleurs extérieurs développeront un cancer.

Ils montrent cependant que l’exposition professionnelle au soleil doit être considérée comme un véritable risque pour la santé, au même titre que d’autres agents présents sur le lieu de travail.

Quelles maladies peuvent être reconnues comme professionnelles en Belgique ?

Depuis février 2024, deux affections liées à une exposition professionnelle prolongée au rayonnement solaire ont été ajoutées à la liste belge des maladies professionnelles sous le code 1.610 :

  • les kératoses actiniques multiples ;
  • le carcinome spinocellulaire, également appelé carcinome épidermoïde.

Cette reconnaissance permet, lorsque les conditions sont remplies, d’introduire une demande auprès de Fedris, l’Agence fédérale des risques professionnels.

La reconnaissance n’est toutefois pas automatique. Le dossier doit démontrer une exposition professionnelle suffisante et répondre aux critères médicaux et professionnels fixés par Fedris.

La kératose actinique est-elle déjà un cancer ?

La kératose actinique est une lésion cutanée provoquée par l’accumulation des dommages liés aux UV.

Elle se présente souvent sous la forme :

  • d’une petite plaque rugueuse ;
  • d’une zone rosée, rougeâtre ou brunâtre ;
  • d’une croûte qui revient ;
  • d’une surface qui ressemble à du papier de verre au toucher.

Elle apparaît généralement sur les parties du corps régulièrement exposées au soleil.

Une kératose actinique n’est pas nécessairement un cancer invasif, mais elle est considérée comme une lésion précancéreuse. Certaines lésions peuvent évoluer vers un carcinome spinocellulaire. Elles doivent donc être examinées et, si nécessaire, traitées.

Le carcinome spinocellulaire

Le carcinome spinocellulaire est un cancer de la peau associé notamment à l’exposition solaire cumulative.

Il peut prendre différentes formes :

  • une plaque rouge et squameuse ;
  • une bosse dure ;
  • une croûte persistante ;
  • une plaie qui ne cicatrise pas ;
  • une lésion qui saigne facilement.

Lorsqu’il est détecté tôt, il se traite généralement bien. Mais il peut devenir plus agressif et se propager s’il n’est pas pris en charge.

Qu’en est-il du carcinome basocellulaire ?

Le carcinome basocellulaire est le cancer de la peau le plus fréquent. Il est lui aussi étroitement lié aux UV, mais il évolue généralement lentement et donne très rarement des métastases.

Il peut néanmoins devenir localement destructeur s’il n’est pas traité.

À ce jour, le carcinome basocellulaire n’est pas repris de la même manière que les kératoses actiniques multiples et le carcinome spinocellulaire dans la nouvelle reconnaissance belge liée à l’exposition solaire professionnelle.

Et le mélanome ?

Le mélanome est une forme moins fréquente, mais potentiellement plus grave, de cancer de la peau.

Son développement est davantage associé aux expositions intenses et intermittentes ainsi qu’aux coups de soleil, notamment pendant l’enfance et l’adolescence. Le lien avec une exposition professionnelle chronique est moins direct que pour les carcinomes spinocellulaires.

Cela ne signifie pas qu’un travailleur extérieur ne peut pas développer de mélanome. Toute modification inhabituelle d’un grain de beauté ou toute nouvelle lésion pigmentée doit être examinée.

En Belgique, les nuages ne protègent pas suffisamment

L’un des mythes les plus fréquents consiste à croire que le risque disparaît lorsque le ciel est couvert ou que les températures restent modérées.

Or, une partie importante des rayons UV traverse les nuages. Le risque dépend également de la réflexion des UV par certaines surfaces :

  • l’eau ;
  • le béton ;
  • le sable ;
  • les surfaces métalliques ;
  • la neige.

Un travailleur peut donc être exposé même lorsqu’il ne ressent pas une chaleur importante ou lorsqu’il travaille à proximité d’une surface réfléchissante.

La prévention est aussi une responsabilité de l’employeur

La protection solaire ne doit pas reposer uniquement sur la bonne volonté du travailleur.

En Belgique, l’employeur doit analyser les risques liés aux conditions de travail et mettre en place des mesures destinées à réduire l’exposition. Les travailleurs occupés régulièrement à l’extérieur doivent également bénéficier d’une surveillance de santé appropriée.

Les mesures possibles comprennent :

Adapter l’organisation du travail

Lorsque cela est possible, les tâches les plus exposées peuvent être organisées en dehors des heures où le rayonnement UV est le plus intense.

En Belgique, cette intensité est généralement plus élevée autour du milieu de la journée, notamment entre 12 heures et 15 heures.

Installer des zones d’ombre

Les pauses devraient pouvoir être prises dans un endroit couvert ou ombragé.

Les zones de travail fixes peuvent également être équipées de bâches, d’auvents ou d’abris temporaires.

Fournir des vêtements adaptés

Les vêtements constituent une protection plus fiable que la crème solaire lorsqu’ils couvrent correctement la peau.

Il est conseillé de prévoir :

  • des vêtements légers à manches longues ;
  • un pantalon couvrant ;
  • un chapeau à large bord ou une protection de la nuque ;
  • des lunettes filtrant les rayons UV.

Mettre de la crème solaire à disposition

Une crème solaire à large spectre et avec un indice élevé doit être appliquée en quantité suffisante sur les zones qui ne peuvent pas être couvertes.

Elle doit être renouvelée régulièrement, notamment après une transpiration importante.

La crème solaire reste toutefois une protection complémentaire. Elle ne remplace ni l’ombre, ni les vêtements, ni l’adaptation des horaires.

Informer les équipes

Les travailleurs devraient être sensibilisés :

  • à l’indice UV ;
  • aux bons gestes de protection ;
  • aux signes précoces des cancers cutanés ;
  • à l’importance d’examiner régulièrement leur peau.

Quand faut-il consulter ?

Une consultation chez le médecin généraliste ou le dermatologue est recommandée lorsqu’une lésion :

  • ne guérit pas après plusieurs semaines ;
  • forme régulièrement une croûte ;
  • saigne sans raison apparente ;
  • augmente de taille ;
  • devient douloureuse ;
  • change de couleur ou de forme ;
  • présente une surface rugueuse persistante.

Pour les grains de beauté, la méthode ABCDE peut aider à repérer certains changements :

  • A comme asymétrie ;
  • B comme bords irréguliers ;
  • C comme couleurs multiples ou inhabituelles ;
  • D comme diamètre qui augmente ;
  • E comme évolution.

Une lésion suspecte n’est pas nécessairement un cancer. Mais plus un cancer de la peau est détecté tôt, plus son traitement est généralement simple.

Comment demander une reconnaissance auprès de Fedris ?

Un travailleur ou un ancien travailleur qui présente des kératoses actiniques multiples ou un carcinome spinocellulaire potentiellement lié à son activité professionnelle peut se renseigner auprès de :

  • son médecin du travail ;
  • son dermatologue ;
  • son médecin généraliste ;
  • son syndicat ;
  • son service externe de prévention ;
  • Fedris.

Le dossier devra notamment documenter la profession exercée, la durée de l’exposition et le diagnostic médical.

Il est important de rappeler qu’une personne peut introduire une demande même après avoir quitté la profession concernée, puisque ces lésions apparaissent parfois plusieurs années après l’exposition.

Ce qu’il faut retenir

Le travail en extérieur peut entraîner une exposition importante et répétée aux rayons UV.

En Belgique :

  • certains travailleurs présentent un risque nettement supérieur de cancer de la peau ;
  • les kératoses actiniques multiples et le carcinome spinocellulaire liés à l’exposition professionnelle au soleil sont reconnus comme maladies professionnelles depuis 2024 ;
  • la prévention relève à la fois du travailleur et de l’employeur ;
  • le risque existe également lorsque le ciel est couvert ou que la température reste modérée ;
  • une lésion persistante ou qui évolue doit être montrée à un médecin.

Travailler dehors ne signifie pas qu’un cancer de la peau est inévitable. Mais le soleil doit être considéré comme un risque professionnel réel, qui mérite une prévention organisée tout au long de l’année.

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